ÉDITION BÉNÉDICTINE DES ŒUVRES DE SAINT AUGUSTIN
leurs que sa science même dans toute la sûreté de sa méthode et la sincérité de sa conscience. Grâce à lui les tomes, du premier au dixième, se succédèrent sans se heurter à des contradictions, mais à l'occasion du dixième éclata un petit orage.
En tête d'un traité de saint Augustin De correptione et gratia, avait été insérée en guise d'introduction une analyse de cet ouvrage due à la plume d'Arnauld... 11 ne fallait que le nom pour faire jaillir l'éclair en attendant la foudre.
« J'ai, écrivait un abbé D. (l'auteur d'une lettre imprimée à Cologne à moins que ce ne fût à Paris même à l'adresse des RR. PP. Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur), deux vérités à avancer contre vous, mes Pères; elles sont terribles, mais elles sont incontestables. Vous n'avez rien fait dans votre édition de ce qu'auraient fait dans les circonstances des catholiques qui sont convaincus que la condamnation de Jansénius est juste, que ses sectateurs sont de vrais hérétiques et que saint Augustin n'a jamais enseigné leurs erreurs. Vous avez fait, au contraire, ce qu'auraient pu faire des esprits artificieux résolus d'appuyer le Jansénisme sans dire toutefois ouvertement : On a tort de condamner Jansénius et on ne devrait pas le regarder comme un auteur qui s'est éloigné des principes et de la doctrine de saint Augustin. »
Où trouver un avocat dont l'autorité serait assez indiscutable pour n'être pas discutée? A Saint-Germain des Prés on pensa à Bossuet. Mabillon était de ses amis et les sympathies personnelles ont toujours facilité les négociations diplomatiques. Ce fut donc lui qui, avec son confrère Dom Ruinart, fut député auprès de l'évêque de Meaux. L'entretien entre eux et lui a été fidèlement rapporté :
« Nous avons besoin d'un protecteur, dit Dom Jean, et comme c'est à saint Augustin que l'on en veut, nous espérons que Votre Grandeur ne nous abandonnera pas, ou plutôt, ne
l'abandonnera pas... Nul n'était infaillible dans la congrégation et l'on était prêt à se corriger lorsqu'on ferait voir que Ton avait manqué ; mais il paraissait qu'il s'agissait là d'une cabale contre la doctrine de saint Augustin qu'on ne pouvait pas abandonner. »
Bossuet donna de sa personne. Il intervint et son intervention fut efficace. Sans retard il se rendit à Versailles, obtint du roi une audience, le mit au courant de l'affaire et ne sortit de son cabinet qu'avec les assurances les plus favorables à la Congrégation de Saint-Maur et à son œuvre : « Nul, lui avait déclaré Louis XIV, n'était moins prévenu contre les Bénédictins. » Nul plus que lui ne désirait délivrer le royaume de l'avalanche des libelles, mais pour en faire un public autodafé, un arrêt du Parlement serait nécessaire. Et le Parlement?
Tout cela se passait en France et ce n'étaient là que de simples escarmouches. La vraie bataille s'engagea ailleurs, plus loin, et plus haut aussi en un sens, puisqu'il s'agissait d'une bataille doctrinale livrée à Rome. Le Saint-Office avait été saisi et ce fut devant lui que Mabillon, toujours au premier rang, eut à défendre à la fois et sa propre personne et la Congrégation. Il n'était pas la Congrégation de Saint-Maur, mais il en était la tête et c'était la tête que l'on voulait abattre.
Son plaidoyer, sous le titre modeste d'esquisse de préface générale, « spécimen praefationis generalis », composé en quelques jours, renfermait dans ses quarante pages in-quarto les déclarations les plus nettes d'une absolue orthodoxie. Aujourd'hui, nous avons quelque peine à en saisir toute la force, mais en 1699, pas une ligne n'était hors de sa place, ne s'éloignait du but et ne manquait de vertu démonstrative. La conclusion dans une élévation de ton n'était pas loin de l'éloquence.
« Voilà ce que nous avions à dire, lisait-on, pour guérir les soupçons qu'avaient pu concevoir imprudemment contre