‹ Un moine et un savant, Dom Jean Mabillon [microform]: religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-MaurChapitre 32 sur 43 · CHAPITRE XIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIÏI

Les affaires des Chanoines de Bourgogne et des Chanoinesses de Remiremont

DEVENU une sorte d'avocat consultant quand il n'est pas un avocat plaidant, Dom Mabillon se trouva mêlé à deux litiges monastiques, d'une part celui des Chanoines réguliers de Saint-Augustin de Bourgogne à propos de la préséance aux États de la province qu'ils contestaient aux Bénédictins, d'autre part celui des Chanoinesses de Remiremont au sujet de la réforme de leur maison en procès avec leur abbesse. Ils n'ont ni l'un ni l'autre une grande importance, mais ils sont curieux au point de vue des mœurs du temps, et par ailleurs, au seul point de vue de l'érudition, ils donnent une fois de plus une idée de la science profonde de l'inégalable érudit.

Aux États de Bourgogne, le Clergé, la Noblesse et le Tiers- État siègent séparément, et dans chaque ordre chacun est à la place que lui assigne le protocole. Ainsi dans l'ordre du Clergé, du côté des Réguliers les Bénédictins s'asseyaient à l'aile gauche immédiatement après Messieurs les Abbés.

Mais quelle audace de la part des Chanoines réguliers de la province de Bourgogne, dont les collégiales ni par le nombre ni par l'importance ne sont comparables aux abbayes

de Saint-Benoît ! Les Bénédictins sont plus anciens de cinq cents ans que les Chanoines réguliers admis seulement il y a environ vingt-cinq ans, et cela sur les instances mêmes des Bénédictins. Ces nouveaux venus n'en prétendent pas moins avoir le pas sur leurs aînés. Les raisons ne leur manquent pas quand on les lit. Seulement, elles sont mauvaises.

A croire ces ambitieux, ils dateraient du temps des Apôtres, alors qu'en réalité ils ne sont miême pas du temps de saint Augustin. Les premiers chanoines réguliers n'ont fait, en effet, leur apparition qu'au XP siècle, alors que les disciples de saint Benoît remontent à 63o.

A défaut du droit de l'ancienneté qu'ils invoquent, il y aurait même, ajoutent-ils, un autre droit, celui de la situation personnelle. C'est une plaisanterie qui mènerait loin si on la prenait au sérieux. Quand il s'agit de personnes de condition inégale comme un bourgeois et un gentilhomme, un laïque et un prêtre, des moines et des chanoines réguliers, l'ancienneté est non avenue. Seule compte la supériorité, allègue- t-on. « Mais si cela était, il faudrait dire qu'il n'y aurait ni Magistrats, ni Princes, ni Rois même au dessus du dernier de tous les Clercs. » C'est insoutenable parce que c'est absurde. Quant à l'ancienneté : (c Existe-t-il un docteur, même Gerson que l'on appelle à la rescousse, qui puisse persuader que les Apôtres ont formé la première communauté de Chanoines réguliers sous l'autorité de Jésus-Christ leur abbé, sub ahbate Chi^isto? w Les Bénédictins pourraient tout aussi bien arguer que « leurs premiers chefs sont antérieurs aux Apôtres, que ce sont Élie et Elisée et que les enfants des prophètes sont leurs capitaines ».

Alors interviennent en masse, avec citations, analyses et commentaires, les canons de l'Église, les bulles des papes, les décisions des conciles, qui tous conduisent à la même conclusion : l'irrecevabilité des ambitieuses revendications des chanoines.

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