LES AFFAIRES DES CHANOINES DE BOURGOGNE I
L'histoire nous apprend que c'est seulement sous Louis le Débonnaire qu'il a été fait une ébauche des Collégiales des Chanoines réguliers et que ces chanoines ont été transformés beaucoup plus tard, au XP siècle, en Ordre véritable... C'est en effet seulement à cette époque qu'ils ont commencé à faire profession des trois vœux qui leur sont communs avec les moines. Et à qui ont-ils emprunté les cérémonies de leur profession, leur discipline? Aux Bénédictins. La cause doit être entendue.
Les conflits de ce genre n'étaient pas rares. La Cour de Rome, pour les trancher, avait parfois des procédés ingénieux. Ainsi, à Rennes, où Monsieur l'iV-bbé voulait marcher avant Madame l'Abbesse, elle reconnut à Monsieur l'Abbé le droit de préséance mais lui interdit d'en user.
Au début du XVII® siècle, dès 1610, le chapitre noble des Ghanoinesses de Remiremont, dont le nombre ne devait pas dépasser soixante-douze et qui pour être admises devaient apporter la preuve de quatre degrés de noblesse tant du côté paternel que du côté maternel, avaient à leur tête comme abbesse Catherine de Lorraine. Fille du duc de Lorraine Charles III, d'après un de ses biographes, elle était « de taille moyenne mais bien faite au physique, au moral d'un courage viril, d'une grandeur d'âme et d'une intrépidité au-dessus de son sexe, sachant à la fois prévenir les difficultés, et, quand elle n'avait pu les empêcher de naître, ferme et ingénieuse à les surmonter, d'un jugement juste, solide et pénétrant ».
Les partis les plus avantageux au point de vue de la fortune et de la naissance ne lui avaient pas manqué et elle avait même été demandée par l'empereur Charles V pour l'archiduc son fils. Attirée de bonne heure vers le cloître, elle avait refusé, s'était décidée à se faire capucine et, à cet effet, avait même construit à ses frais à Nancy un couvent de l'Ordre. Les circonstances l'avaient empêchée d'y entrer, mais
elle avait cependant satisfait ses besoins mystiques en assemblant dans un hôtel de la ville une demi-douzaine de jeunes filles. Sous le nom de dames et de demoiselles d'honneur, c'étaient comme des religieuses.
Sur ces entrefaites lui fut attribuée l'abbaye des Ghanoinesses de Remiremont. Dès son entrée en fonctions, elle entreprit d'y introduire avec elle la réforme pour remédier à nombre d'abus dont elle avait constaté de ses propres yeux l'existence.
Elle se heurta à une résistance insurmontable et elle échoua. Bénédictine par sa profession, elle avait voulu faire des Bénédictines de ses Ghanoinesses qui, jalouses d'une liberté voisine de la licence, avaient refusé d'accepter la règle austère de Saint-Benoît. Elle alla mener ailleurs l'existence de son choix, tout en conservant la commendede son abbaye.
A sa mort en 1648, la lourde crosse abbatiale, toujours sous le régime de la commende, passa entre les mains, ou pour mieux dire, entre les menottes de la petite-nièce de la défunte, alors âgée de deux ans. Une dispense d'âge était nécessaire, mais elle fut obtenue sans difficulté. Naturellement il ne fut plus question de réforme. La minuscule abbesse, qui mourut à treize ans, était haut apparentée. Elle s'appelait Elisabeth-Marguerite d'Alençon et était la fille de Gaston de France, duc d'Orléans, frère puîné de Louis XIV, Elle fat remplacée par Dorothée-Marie de Salin, enlevée par la mort en 1702 à 5i ans.
Ce fut Marie-Dorothée de Salin qui reprit les projets réformateurs abandonnés. Il en résulta comme une petite révolution, et cette révolution portée devant les juges amena d'une façon imprévue une intervention de Dom Mabillon.
Dans son De Re Diplomatica, qui faisait alors autorité, le savant Bénédictin avait écrit une phrase que les Ghanoinesses antiréformatrices avaient mal comprise ou avaient fait semblant de mal comprendre et qu'elles jetaient comme un