‹ Un moine et un savant, Dom Jean Mabillon [microform]: religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-MaurChapitre 34 sur 43 · LES AFFAIRES DES CHANOINES DE BOURGOGNE I2Q · texte numérisé non relu

LES AFFAIRES DES CHANOINES DE BOURGOGNE I2Q

argument décisif dans la balance de Thémis. Mis personnellement en cause, Mabillon dut intervenir. Il le fit par une lettre qui est un mémoire scientifique en bonne forme.

Documents en mains, il démontra alors que l'abbaye de Remiremont n'avait été nullement fondée pour des Chanoinesses qui n'étaient point des religieuses, mais pour de véritables moniales, que la règle de Saint-Benoît y avait été en vigueur durant plusieurs siècles et que si des Chanoinesses séculières telles que les actuelles Chanoinesses avaient pris la place de ces dernières, c'était par abus.

Nous allons apprendre à cette occasion, chemin faisant, que lors de sa fondation en 620 par saint Romaric assisté de saint Amé, tous deux religieux de Luxeuil, la règle établie par les fondateurs pour le monastère des Vierges de Remiremont était la règle de saint Golomban, « assurément trop austère pour des Chanoinesses séculières ». La psalmodie ne cessait ni jour ni nuit sans aucune interruption. Les moniales étaient divisées en sept « bandes », chacune composée de douze membres. « Elles vivaient dans une observance et une soumission si exacte qu'une d'elles ayant mangé une pomme sans la permission de la Supérieure, elle fut punie d'une manière visible. »... « On aurait bien de la peine à voir une telle dépendance et une telle régularité dans des chanoinesses séculières qu'elles n'osassent manger non pas même une pomme sans la permission de leur abbesse. »

Ces moniales, d'après les statues anciennes à l'entrée de l'église — preuve incontestable —, portaient le même habit que les religieuses de Saint-Benoît. De plus, elles étaient voilées, et nul n'ignore « que le voile ne s'accorde qu'à celles qui ont fait vœu de virginité ». L'existence du voile est prouvée par des faits indéniables minutieusement relatés.

Ces vraies religieuses étaient donc des bénédictines. Les documents surabondent. Jusque dans le missel en usage chez elles, la fête de saint Benoît n'est-elle pas marquée en

l3o DOM JEAN MABILLON

lettres rouges par un signe particulier? Dans les Litanies, ne s'adresse-t-on pas spécialement à lui comme au très authentique fondateur?

La lettre-mémoire se termine par l'édifiante narration de la création, à la fin du XV® siècle, des prébendes canoniales par ces Dames les Ghanoinesses à l'usage de leurs nièces destinées à leur succéder. On mène alors une vie de plus en plus séculière, tellement séculière que Dom Mabillon, qui est discret, se tait sur pas mal de détails qu'on peut lire ailleurs. Mais à aucun moment, sans se départir de sa gravité d'érudit, il ne perd le sourire, un sourire narquois que l'on devine aisément par-dessus son amas de diplômes et de parchemins.

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