‹ Un moine et un savant, Dom Jean Mabillon [microform]: religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-MaurChapitre 39 sur 43 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Dans la tombe

EN un siècle où les honneurs, d'ailleurs éphémères, des entrées au Panthéon, des funérailles nationales, de l'immortalité académique, d'une réputation mondiale ne vont pas toujours à ceux auxquels ils devraient aller, c'est un grand sujet d'élonnement de voir un simple érudit, qui se trouve être de plus un humble religieux, connaître de son temps une renommée presque égale, égale même en son genre, à celle d'un Corneille, d'un Racine ou d'un Molière. Cette renommée, Dom Mabillon l'a perdue, à vrai dire, auprès de nos contemporains; mais si elle est morte ailleurs que dans un monde aussi restreint qu'ignoré, c'est que l'Histoire elle-même est en train de mourir auprès d'eux.

L'auteur de la Diplomatique, des Acta Sanctorum, des Analectes, de tous ces in-folio plus lourds encore de science érudite que de papier, que seuls sont capables de soulever de robustes bras, à quarante ans était déjà une célébrité non seulement à Paris mais en France, non pas seulement en France mais dans l'Europe entière. Il était un génie, le génie de la patience à toute épreuve, de l'infatigable labeur, de la lucidité, de la méthode, de l'impartialité (de l'infaillibilité même), au service du Passé.

Page 1