‹ Un moine et un savant, Dom Jean Mabillon [microform]: religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-MaurChapitre 4 sur 43 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

diennes des trésors bibliographiques des défunts monastères. Là même, il ne suiïîrait pas de compter, de mesurer et de peser les in-folio et les in-quarto dont nous ne connaissons plus l'usage, il y aurait à en jjarcourir les tables, les têtes de chapitre, et surtout à en lire les préfaces. Ce n'est pas tout. On devrait encore et enfin, si ce n'était trop demander, inviter les actuels disciples et continuateurs du maître d'antan, à analyser non pas toutes ses œuvres, mais une seule même de ses œuvres.

D'infinies richesses sont là dans ces mines de l'érudition, et elles gisent insoupçonnées, pareilles à ces dépôts carbonifères ou métallurgiques formés au fond des entrailles de la terre parles siècles de la préhistoire. Elles ont été recueillies non pas seulement en France, mais dans l'Europe entière, tantôt directement par le prospecteur lui-même avec un ou deux compagnons de route, tantôt indirectement par l'intermédiaire d'une foule de collaborateurs anonymes, les religieux confrères disséminés dans tous les monastères oii se pratique fraternellement Fentr'aide scientifique.

Des auxiliaires, Dom Mabillon en eut, en effet, un grand nombre, et il en eut un peu partout, et ce n'est nullement le diminuer que de reconnaître que certains de ses collaborateurs, ses disciples d'ailleurs, devinrent presque ses égaux en devenant ses continuateurs. Il n'était pas Atlas, et Atlas lui-même n'eût pas été capable de porter ce monde d'un nouveau genre. Il a usé et bénéficié d'une admirable organisation des investi-

Xil PREFACE

gâtions historiques qui a disparu avec l'ancienne Congrégation de Saint-Maur lorsque les lois révolutionnaires la condamnèrent à la disparition.

A un général en chef à la tête d'une armée, un étatmajor est nécessaire, sans parler de tous les officiers supérieurs, des officiers subalternes et des sous-officiers qui composeront les cadres de cette armée. Il n'en reste pas moins que les Joffre, les Foch, les Pétain, ont été des « animateurs ». Mens agitât molem. Dom Mabillon fut lui aussi un « animateur d.

De Mabillon, nous n'en avons plus, sauf peut-être un Hippolyte Taine, mutatts mutandis, et nous ne pouvons plus en avoir.. Ce n'est pas que, laïques ou non laïques, les bénédictins nous fassent défaut ainsi que les établissements pour les former. Il en existe. Il en naît même tous les jours et l'on en trouve dans les berceaux pour remplacer ceux qui s'en sont allés ou qui s'en iront. Mais autour d'eux il ne se rencontre aucune institution, soit publique, relevant de l'État, soit privée, relevant de l'Église, pour leur permettre d'édifier des monuments comparables à ceux des Acta Sanctorum, des Analecta et du Re Diplomatica. Et bien d'autres conditions, les unes d'ordre matériel, les autres d'ordre social, certaines d'un ordre mystique, ne se présentent plus.

Nos historiens contemporains sont des isolés, et ils travaillent en plein désert, sans assistance, aux prises avec toutes les difficultés de la vie. Aucun programme d'ensemble ne leur a été tracé. Chacun va où il veut

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