‹ Un moine méconnuChapitre 16 sur 18 · i \ mm ■fcM&iu · texte numérisé non relu

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— Oui, mieux. Il vous est licite de ne pas en acheter du tout. Car, s'il y a crime pardonné d'avance à ajouter mille indulgences illégitimes à une indulgence légitime, où est la nécessité de se munir de cette indulgence ? Pour celle-là comme pour les autres, achetez préalablement votre pardon de faussaire.

— C'est clair.

— Oui, et la conséquence est que vous avez le droit de vendre des indulgences , comme monseigneur l'archevêque de Mayence , comme Madeleine , la sœur de notre saint-père Léon X, et tout comme...

— Et tout comme notre saint-père , parbleu !

— Vous l'avez dit , seigneur Zodiaco , et je suis bien étonné , moi , né pourtant de l'autre côté du Rhin, d'avoir trouvé une idée que vous n'avez pas eue, vous Vénitien, né sur le quai des Esclavons.

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— Je ne l'ai pas eue , c'est vrai . cette idée, seigneur étranger, mais je l'ai mise pu pratique par instinct.

— Sûr comme je m'appelle Spickenhintern, il y aura des lances qui feront gras aujourd'hui, qui goûteront à la chair.

— Vrai comme mon grand-père se nommait Braun, mon père Braun, et que je me nomme Braun, il y aura des piques qui reviendront sur elles-mêmes ainsi que les balles du mail.

Cette apostrophe et cette réponse parlaient, l'une du plus âgé des deux lansquenets, l'autre d'un étudiant. Ils s'étaient toisés longtemps, à la manière des guerriers antiques, sans quitter leur place et sans emportement, échangeant en deux mots, résultats d'une haine profonde, tout ce qu'ils avaient sur le cœur.

Puis ils burent , se regardant toujours audessus de leurs gobelets d'étain.

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— Ils vont se colleter, dit tout bas à son voisin le tremblant Vénitien.

— Ne craignez rien ; les Allemands ne se battent jamais , ils se tuent.

— Mais s'ils allaient se tuer?

— Pas encore ; ils sont trop en colère.

— Je ne veux pas me fâcher, mes agneaux ; Spickenhintern est doux. Mais trouvez bon le conseil qu'il vous donne . rentrez chez vous ; n'allez pas sur la grande place vous faire frotter les oreilles déjà assez rouges par le froid.

— Nous irons où il nous plaira.

— Et nous , où on nous l'ordonnera.

— Nous ne vous parlons plus.

— A votre aise ! je vais chanter.

Et le lansquenet se prit à chanter d'une voix de tonneau qui sonnait creux comme avant les vendanges , ce couplet d'une chanson de cantonnement :

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Oui, lansquenet, pour vous plaire

Frappant de taille et d'estoc.

J'ai, dans la guerre.

Pour cœur un roc .

Pour verre

Un broc.

Large à la base , étroit par le pied , ce couplet avait la forme d'un verre à boire. Il faisait merveilleusement lorsqu'on le chantait en buvant : le vin, le verre et la chanson descendaient dans le gosier. Le compagnon du lansquenet aurait mêlé sa voix à celle de son chef s'il n'était tombé sous la table : il fermentait.

Après son petit couplet , le joyeux chanteur reprit sa lance et sortit en répétant :

J'ai dans la guerre Pour cœur un roc, Pour verre- Un broc.

La chanson diminua comme une goutte

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un fond d'un verre : il n'en resta que le parfum dans le cabaret.

— A nous, dirent les étudiants. Voici

rheure. Tavernier, votre eompte 9 Bonne chance !

Et le cabaret fut tranquille et désert comme

auparavant.

— Écoutez . reprit l'étranger avec une obstination qui commençait à chagriner le Vénitien . secoué par la scène des étudiants, vous me demandiez deux frédérics d'or Aour me délivrer de mes péchés de l'année courante : vous avez eu trop bonne opinion de moi. Devenu vendeur d'indulgences à mon tour, car je vous ai prouvé que je pouvais tout aussi bien que vous m'établir marchand d'âmes , je ne veux être envers vous ni plus généreux ni plus avare ; ce serait vous faire affront. Je ne vous demande donc que deux frédérics d'or pour vous racheter de vos péchés mortels ou non. Les petits iront dans les orros.

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