DU 31UI.NE MÉLU.WM
Mêlée inqualifiable, se ruent à la queue les cuisiniers et les marmitons du sacré collège, des milliers d'abbés de fortune , de ceux qui possèdent une mule à deux ; des bandes d'écoliers ayant une soutane pour quatre, des moines déguenillés , mais gras et fleuris, ce qui compense , heureux de mettre sur le compte de la pénitence leurs courses nupieds ; des théologiens cosmopolites dont la profession est d'exposer la Somme de saint Thomas au risque d'exposer, faute d'un hautde-chausse, le dos à leurs élèves; des grammairiens affamés enseignant toutes les langues et n'ayant rien à poser sur la leur ; des philosophes sans chemises, et puis des femmes dans des tombereaux pour tous ces gens-là , pour coudre la soutane à l'un , la semelle de ses souliers à l'autre ; pour les aimer tous , pour jeûner avec eux , rire avec eux et manger quand l'occasion s'en présente. -
UN 3I0OE Rscorrmn
Mais déjà Rome s'ef^ce à l'horizon , la campagne se déploie, i^e soleil se lève. A travers les vignes pesantes de leurs raisins mûrs blanchissant des tombes. Des cailles chantent sur bs cippes. Ce filet d'eau , c'est le Tibre ; ce *'oint blanc, la maison de Salluste ; là-bâ4 une villa. Cette fumée bleuâtre voile une f'orèt , le soleil la découvre , un temple !
Où v; la caravane à travers ces vignes , ces for'ts, ces tombes et ces temples? Elle sort Oi Rome , et elle va par l'univers prêcher le mérite des indulgences. Ils sont dix milV- C'est beaucoup. Mais la terre a tant de bêcheurs !
i.o premier port de mer, beaucoup s'embarqueront pour l'Espagne , pour le Portugil ou pour la France; d'autres longeront .es Apennins et iront en Grèce; le plus grand nombre décrira un coude vers le Nord, contrées oubliées de Dieu, où le catholicisme s'est
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levé tard; avant î.ême ces grandes séparations , la caravane se démembrera insensiblement , et se déversca sur son passage dans les villes , les bourgs , les villages , partout enfin où il y a une croix.
Comme ce moment n'est pas encore venu, nous pouvons nous mêler au pèlerinage , choisir notre place auprès des opines ou du cardinal dominicain , près des mules de celle-ci , ou à la portière de celui-i\.
Le plus beau carrosse étant sans contredit celui du seigneur Pandolfi , chargé de prêcher les indulgences et de les faire prêcher à YVittenberg en Saxe, nous suivrons (uelque temps son carrosse , et nous nous amuserons comme des enfants à estimer combien il y a d'or en feuille et d'or en bosse dans ces anges qui en flanquent les quatre coins, dans ces roues qu'on devrait serrer dans le carrosse au lieu de les laisser dehors exposées à la poussière.
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Signor Pandolfi ne serait pas de notre avis. Rien n'est trop beau , senible-t-il dire, pour un homme qui va représenter Dieu en Allemagne une fois par an , de peur que les bons Allemands ne l'oublient. Si , pour représenter Dieu , il faut être replet , avoir trois mentons , pas de cou , se balancer dans un carrosse de velours , signor Pandolfi représente admirablement Dieu.
Le dieu dort déjà. De sa bouche relevée par un coin s'échappe ce bruit sonore que sur la terre on appelle ronflement. Dieu ronfle , et cela tandis qu'un dominicain lui fait la lecture , et qu'un franciscain chasse les mouches de son front. L'adresse du dominicain est de lire si bien que le bruit ne soit ni trop fort pour éveiller monseigneur , ni trop faible pour qu'il ne l'entende pas absolument : le mérite de la sainte lecture serait perdu. L'adresse du franciscain est d'expulser les mouches sans faire trop de
vent au front du cardinal. Ils paraissent exceller dans l'art de vaincre ces difficultés.
Les matines sonnèrent , et sur toute la ligne un chant s'éleva et se prolongea d'abord en rayon harmonieux d'un bout du pèlerinage à l'autre bout. Ce premier élan d'enthousiasme qu'ont toujours les masses , soit qu'elles prient ou qu'elles blasphèment, étant passé , la prière dégénéra en conversation , la conversation en plaisanteries , en sorte que la tête de la procession priait , tandis que le milieu et la fin riaient.
Le soir, on ne vit plus Rome , et le lendemain on entra dans les Apennins , tout ondoyants de châtaigniers à leur base , de mélèzes sur leurs versants , et de lauriers sur leur sommet , comme un casque. C'eût été un beau spectacle de suivre du regard, et du haut d'une crête , dans le fond de la vallée , cette ondulation d'hommes ,. de femmes , de chariots , cette couleuvre aux mille
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anneaux paresseux, qui glisse sur un sol verdoyant , disparaît au détour d'une montagne pour luire plus loin, pour s'arrondir en boule au bord de chaque fleuve qui l'arrête.
Les fleuves ne les arrêtent pas longtemps. Des bateaux sont lancés au-devant des pèlerins dès qu'on les aperçoit de l'autre bord.
Ils traversent ainsi tous les États du duc d'Urbin , rencontrant parfois sur la route des groupes poudreux de marchands d' Ancône et de la Dalmatie qui s'acheminent à pied vers la foire de Sinigaglia, et qui s'arrêtent pour s'agenouiller devant la pieuse ambassade. Elle leur jette une bénédiction en passant ; puis on se quitte , les marchands, se moquant des bénédictions; les prêtres, de la crédulité des marchands.
Et quand ils approchent des villes du riche duché de Ferrare, les cloches en vermeil sonnent; sur leur chemin des fleurs
sont semées. Au bruit de la musique et du canon . le clergé se porte au-devant d'eux ; le peuple monte sur les remparts ; le duc leur fait ouvrir les portes.
Joyeuse contrée ! On ne sait dire quelle est la plus folle et la plus contente, de l'Italie qui part ou de celle qui reste, de celle qui, en habits de fête, traverse les villes, ou de celle qui , en habits de carnaval, demande des indulgences. Chez Tune et chez l'autre, même expansion, même exubérance de vie. Hais voici la mer, l'Adriatique , et l'on se sépare ; par là ceux qui vont en Espagne . par là ceux qui vont en Grèce. La puissante république de Venise met au service des pèlerins ses vaisseaux à la poupe élevé, aux longues antennes.
Voici le chemin de ceux qui se dirigent vers l'Allemagne. Le Pu l'indique. Ils saluent Hantoue, la ville du poète, avant de se reposer au bord du lac de Cùme. Après
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en avoir béni les eaux et mangé les truites, ils traversent Chiavenna , qui regarde avec amour Coire; Coire et Chiavenna, deux sœurs, l'une italienne qui a pour miroir le lac de Côme ; l'autre allemande qui baigne ses pieds dans le Rhin : à droite leur père, le vieux T} roi ; à gauche leur mère , la Suisse.
De Coire à Bàle, on se rendait parle Rhin, et de cette dernière ville partait depuis le xive siècle la navigation commerciale entre l'Italie et l'Allemagne. La barque de saint Pierre s'attache à la remorque des bateliers de l'Alsace, dont les villes tenaient des empereurs le droit d'étape , c'est à-dire le privilège de faire remonter le fleuve aux marchandises, et elle aperçoit bientôt, comme une flèche lancée par la corde frémissante du Rhin, la cathédrale de Strasbourg.
Plus d'Italie désormais, plus d'orangers en pleine terre , plus de vignes qui feston-
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nent les arbres comme une dentelle de verdure> plus d'églises peintes au dehors, mais des chênes et des cathédrales sombres sous des chênes; plus de vie à l'abandon, mais des paroles dures et sèches de marchands. L'orange n'est plus un fruit ici , c'est une marchandise; elle monte ou descend le fleuve dans des caisses timbrées du chiffre de l'archevêque de Spire; le parfum, exilé de la patrie des fleurs, de Florence et de Naples vogue vers les bains de Bade dan* des vases qui ont couru tous les marchés hanséatiques et passé sous le nez des bourgeois de la Yistule. Et partout des droits à payer : à la ville qui ouvre ses vieilles portes ferrées, à l'abbé qui soulève son écluse, au seigneur de la marche qui vous attend au carrefour ; droit au comte qui n'abaisse son pont-levis qu'à condition de péage; et ce droit, c'est de l'argent ou une soumission ; c'est tantôt la résidence forcée d'un
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jour, tantôt le passage prompt d'une heure. Est-ce là l'Italie ouverte à tous comme son ciel , l'Italie facile , hospitalière , et qui n'a rien à elle, qui se laisse entourer par la taille comme une belle fille pauvre? Cette ville vous plaît , restez -y ; ce fruit vous attire , cueillez-le ; sa religion vous charme , prenez-la. Combien? Rien. Dites-lui seulement qu'elle est la première entre toutes les nations du monde , que toutes les autres sont barbares.
Un peu avant Spire , la croisade clôt sa navigation rhénane et prend terre en pays d'Allemagne ; elle se trouve vers l'est, comptant déjà deux mois de voyage depuis Rome. Comme au sortir de Rome , nous la voyons reprendre l'ordre de sa marche, sauf pourtant l'éclat extérieur qui la signalait. Enveloppé dans de chaudes pelisses, quoique la saison ne soit pas avancée, le pèlerinage s'enfonce dans le cœur des montagnes du
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Wurtemberg , au sommet desquelles les chênes commencent à rougir.
Au bout de quelques jours, les sapins de la forêt Noire arrondirent leurs voûtes sur nos voyageurs, qui, par précaution, s'adjoignirent des compagnies de marchands appelés par leur commerce à Nuremberg et à Augsbourg, villes célèbres, celle-ci par ses joailleries, son verre et ses glaces, celle-là par sa quincaillerie, ses cartes, sa fonte des cloches, et surtout par cette foule de joujoux si chers au premier âge.
Ils avaient pénétré fort avant dans la forêt, quand ils furent frappés un matin, au lever du soleil, du spectacle que leur présenta une petite ville , bâtie ou plutôt plantée au revers d'une colline. Une partie de cette ville brûlait, et les habitants, au lieu de s'occuper à éteindre l'incendie, fuyaient du côté opposé. Leurs cris arrivèrent jusqu'aux pèlerins, qui s'arrêtèrent pour connaître la
cause et le dénoùment de cette catastrophe. Le feu augmentait toujours, les cris aussi ; sur les places que la flamme avait noircies , on distinguait des groupes de femmes et d'enfants qui levaient les bras au ciel.
La longue file des pèlerins jalonnait la route et contemplait en silence cette scène de désolation. Heureux d'un aussi précieux incident , les ennuyés du voyage , ceux que nous avons dépeints attachés à la suite de la mission sainte, comme de la poussière et de la boue s'attachent à la queue d'un cheval ; ceux-là s'assirent au bords des fossés et regardèrent. Les indifférents passèrent dédaigneusement la tète à la portière de leurs carrosses. Pandolfi risqua un œil pour voir, tandis que l'autre sommeillait encore. Un cavalier, qui ne semblait pas appartenir à la caravane, était isolé sur un tertre. V cheval, près de lui, deux domestiques
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étaient attentifs à ses ordres, et tous deux, tantôt ensemble, tantôt séparément, couraient au galop vers la ville en flammes et en revenaient. Ce cavalier était immobile. L'air clair et pur du matin bordait les contours de ses épaules d'un filet rose, et permettait de distinguer la couleur de son manteau qui était brun.
Enfin les habitants descendirent en poussant des gémissements affreux ; ils étaient au moins deux mille.
Arrivés au pied de la butte qu'occupait le cavalier, ils se séparèrent en deux bandes. Au-dessus de leurs tètes, ce cavalier et ses deux écuyers laissèrent tomber des pièces d'argent.
Et quand ils furent au bord de la route, on vit qu'ils avaient à peine des vêtements pour se couvrir, par la rude saison où l'on entrait;- ils faisaient pitié, les enfants par leurs petits visages maigres, leurs mères et
leurs sœurs parla tristesse sauvage de leurs fronts ridés avant le temps , les pères par leurs barbes blanches sans vieillesse. C'était un exil. Combien devaient souffrir ces pauvres gens en voyant anéantir leur dernier asile, le chaume sous lequel ils étaient nés ! Ce qu'ils souffraient, ils l'exprimaient dans l'espèce d'adieu mélancolique, moitié chant, moitié plainte qui leur échappait.
En passant, les paysans s'arrêtèrent pourbaiser les éperons d'Ulrich Eberstein , le jeune seigneur allemand monté sur le tertre.
— Vous n'avez donc plus voulu habiter cette ville ? disait avec cordialité Ulrich aux vieillards.
— Nous suivons nos enfants, répondaient en tremblant les vieillards.
— Et vous, demandait-il aux hommes mûrs, pourquoi entraînez-vous vos pères au loin ?
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— Pourquoi? mais ou uous chasse. Vous ue voyez donc pas cette flamme?
— Que ne l'éteigniez-vous ?
— L'éteindre? On a tiré sur ceux qui l'ont tenté, et brisé sur la tête de nos femmes les vases d'eau qu'elles apportaient; notre seigneur l'a ainsi ordonné.
— Vous lui avez peut-être désobéi !
— Désobéi? Et c'était à qui de ces mille voix répondrait : Il nous a ordonné d'abord de le suivre à la guerre, dure guerre! J'ai fait dix ans ; moi quinze ans ! interrompaient des voix.
Beaucoup, en effet, n'avaient qu'un bras, et traînaient un tronçon de jambe.
— Au retour de la guerre, il nous a transformés en chiens et en chevaux, de soldats que nous étions. Redoutable chasseur qui nous lassait plus que des sangliers dans leurs bauges !
— Oui! oui! murmuraient amèrement
les exilés qui avaient mis leur colère dans la bouche de ceux qui avaient l'énergie de se plaindre ! Aboyer ! aboyer depuis le matin ! aboyer dans les fentes de rochers, entre les épines ! aboyer aux animaux !
Et ils imitaient en pleurant les longs hurlements des chiens; c'était triste et bouffon.
D'autres reprenaient, toujours en lançant des regards de douleur vers la ville qui s'abimait dans la fumée :
— Avec le pauvre cuivre que nous avions gagné en laissant nos ongles dans le bois , nous devions fournir la table du seigneur de poissons, d'œufs, de miel et de chanvre.
Le jeune comte leva ses yeux bleus vers le ciel.
— C'est parce que , le chanvre ayant manqué cette année, nous n'en avons pas acquitté la contribution voulue, que les lansquenets attachés à la maison du seigneur
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nous ont d'abord menacés de nous battre , ce qu'ils ont fait ; puis d'incendier notre ville, et ils ont tenu parole. Voyez.
Une femme dont la peur avait hâté le terme de l'enfantement se tordait sur un brancard à peine couvert par un peu de paille. Elle était violette de douleur et de froid.
Ulrich jeta son riche manteau sur elle.
Et la ville brûlait toujours.
— Et que ferez-vous ailleurs ? demandait le jeune comte aux plus capables de l'entendre.
— ?sous travaillerons pour qui voudra, nous nous vendrons à qui nous voudra.
Voici nos bras et nos instruments.
Ils emportaient en effet avec eux leurs faux , leurs bêches, leurs charrues , leurs couteaux; malheureux outils qui ne leur avaient pas assuré l'existence.
— Mais où allez-vous donc 9
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— Partout où ne sera pas l'Allemagne.
— Où vous arrèterez-vous, enfin?
— En Suisse ! en Suisse !
Et les vieillards , comme une prière antique , les enfants , comme une leçon longtemps répétée à leur coucher, les femmes en passant le bras autour du cou de leurs maris , les jeunes filles en tendant leurs mains chastes à leurs amants , répétèrent :
— En Suisse! en Suisse !
Et les incendiés se dirigèrent vers la grande route de la forêt, et on put voir distinctement alors que chacun d'eux emportait , outre ses instruments , ses dieux domestiques ; un vase de terre bleu , un four en terre , et un de ces baquets où les habitants de la forêt ramollissent le bois dans lequel ils taillent ces mannequins grotesques dont les foires de l'Europe s'enrichissent.
Et lorsque les exilés furent arrivés à un
angle tournant de la route, au moment de ne plus voir leur ville , ils se placèrent de front, puis se jetèrent à genoux la face contre terre , comme s'ils venaient d'inhumer leur aïeule. Chacun d'eux prit ensuite une poignée de terre, un peu de terre de la patrie , la mit dans un petit sac , posa le sac sur le cœur , se retourna vers son compagnon , et lui dit , en lui faisant baiser la <emelle de son soulier: « Frère, le pauvre homme ne peut plus être guéri dans ce monde.*
Et une dernière fois on entendit , mais d'un ton qui alla toujours en décroissant : En Suisse ! en Suisse ! Et une ville et une population n'existaient plus en Allemagne. Ulrich passa au galop au front des pèlerins, et s'enfonça dans la forêt; les pieux voyageurs reprirent leur marche , diversement émus de l'accident qui l'avait retardée.
Trois jours après, ils étaient dans la trèscommerçante cité de Nuremberg , dont c'é-
tait la foire ; Nuremberg , rendez-vous de tous les facteurs du Nord et du Midi , marché de l'univers. Des marchands de safran d'Aquilée traitaient avec des vendeurs d'ambre de l'ordre teutonique. De blonds Suédois échangeaient des tonneaux d'œufs de poissons contre des tissus de l'Orient, et sous des échoppes de planches étaient empilées les toiles d'Àugsbourg. Bruges étalait plus loin ses belles armures. Mais l'honneur de cette foire, c'étaient des milliers de boutiques pleines de cartes à jouer et de joujoux de bois, industrie nourricière du duché de Nuremberg. Une odeur de forêt s'échappait de ces meubles de bois , qui étaient encore chênes et sapins , il n'y avait pas un an. La forêt Noire était convertie en fourchettes. Sauvages dans leurs huttes , ces bûcherons devenaient, par le frottement du commerce, graduellement des hommes. Par leurs poupées, ils préludaient à une demi-civilisation.
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Pandolfi entra chez un marchand de pelleteries du nom de Tobias Schwarzfuchs, ce Qu'apprenait surabondamment son enseigne, où l'on voyait un renard noir.
Tobias Schwarzfuchs s'empressa d'offrir au cardinal ses plus somptueuses fourrures, depuis la peau du lion d'Ethiopie jusqu'à celle du rat.
— Choisissez, dit-il.
Ayant désigné une fourrure , le cardinal en demanda le prix au marchand. Ce prix fut trouvé exorbitant par Pandolfi, qui s'écria :
— Tu nous surfais , marchand ! Tu vas me la donner pour le quart.
— Vous ne l'aurez pas pour le quart, monseigneur.
— Je te ferai pendre.
— Je suis bourgeois hanséatique ; on ne nous pend plus sans nous juger.
— Je te ferai fouetter.
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— Il n'y a qu'un homme qui puisse me faire fouetter, c'est l'empereur ; et il ne le voudrait pas, car j'ai payé à la chancellerie le droit d'acheter des peaux, de les vendre, d'en disposer sur toute la surface du saint empire, comme je l'entendrai. Je suis bourgeois de la hanse, libre; enseigne : Au Renard noir, Tobias Schwarzfuchs.
Pandolfî paya en grommelant , au fond du cœur irrité de ce que les empereurs avaient la faiblesse de permettre à des marchands de vendre des peaux de renard à tel prix qu'il leur plaisait , sans les pendre ni les fouetter.
D'autres contrariétés affectèrent nos pèlerins. Obligés de laisser leurs chevaux à la porte de Nuremberg par suite d'un privilège local, ils se montrèrent à pied dans la ville, ce qui leur ota beaucoup de dignité au milieu de ces marchands.
Us partirent au plus vite, car depuis deux
."0 ' S Mol M. KÉGOimi .
mois ils étaient en voyage, et la prédication des indulgences devait s'ouvrir dans moins de vingt-cinq jours à Wittenberg , temps extrêmement limité pour s'y rendre. Ils tournèrent au nord vers Bamberg , laissant Bayreuth à droite. De Bamberg à Plauen, et de Plauen à Leipzig, leur course fut rapide. Enfin ils entrèrent dans la ville de Wittenberg avec toutes les cérémonies d'usage, après avoir mis environ trois mois à franchir la distance qui la sépare de Rome, d'où nous les avons vus partir.
Pandolfî et sa maison prirent possession , au nom du pontife, du palais qui leur était affecté pendant leur résidence ; les armes du pape furent placées à la porte ; le drapeau des États romains flotta.