EL'GRICHA
ErOricha est située plus hcureusemeut encore que Sidi Bouzid. Ce ksar est abrité des vents du Sud, produisant parfois des effets si déplorables dans le Sahara, partout un massif de montagnes. La vallée dans laquelle il est bâti, à partir du petit plateau sur lequel nous étions installés, serpente, comme un large fleuve de verdure, en ligne sinueuse, sur le flanc des montagnes qui l'encaissent jusque bien loin au Nord. Cette vallée abrite, sous un berceau d'arbres fruitiers de toutes espèces, la petite rivière claire et limpide qui donne la vie à l'oasis.
Sur la cime la plus élevée de la montagne, à gauche, nous aperçûmes les ruines d'un fort, et nous nous empressâmes d'y monter, ne doutant pas que nous trouverions des vestiges de construction romaine. Nous fûmes bien trompés : c'était une longue couronne de murailles d'une construction ressemblant plu- !tôt à Tappareil cyclopéen qu'à l'appareil romain et n'ayant conservé aucun caractère. Mais nous fûmes largement payés de notre peine
jpar unevue des plus pittoresques du ksar, de la délicieuse vallée
|et du pâté de montagnes abruptes dans laquelle l'oasis se trouve ienchâssée, comme une pierre précieuse dans une scorie.
PROCÉDÉS \ iSVITRf: POUR RECVEiriilR DES RÉSULTATS DAMS I.ES RECUERCHES ARCnÉOLOGlQUES.
Pour donner à nos amis une idée des découvertes qu'on peut faire dans les parties peu explorées de l'Afrique ancienne, nous croyons utile de leur montrer le spécimen suivant des recherches scientifiques faites par les Orientalistes. Cela, peut être, lounera à quelques-uns la pensée de fouiller notre pays pour 'ecueillir des souvenirs laissés par la civilisation gauloise. Il y a à, suivant nous, une mine fort riche à exploiter. On lit dans VAlgérie^ par M. Carcttc, page 9i : < Depuis quelques années,deux langues, qui semblaient vouées
à l'oubli, sortent pour ainsi dire de leur tombeau, et c'est e grande partie aux inscriptions, soit puniques, soit lybiques, so surtout bilingues, trouvées en Algérie, que le monde savai sera redevable de cette précieuse exhumation. Ce qu'il y a (] plus remarquable, c'est que la plupart de ces trouvailles archéc logiques ont eu lieu dans la partie de l'Algérie qui avoisinela n gence de Tunis.
» Déjà, en 1631, un Français, Thomas Darcos, découvrait dai les ruines de Dugga (l'ancienne Thugga), situées entre Gonstar tine et Tunis, non loin de la dernière de ces deux villes, ur épigraphe bihngue, contenant, d'une part, sept lignes d'écritui phénicienne, et de l'autre, sept lignes d'une écriture inconnue.
» Depuis lors, des inscriptions phéniciennes ont été trouvéi dans les îles de Malte et de Chypre, à Athènes, en Sicile et e Sardaigne, à Djerba (régence de Tunis). Récemment on en trouvé deux à Tripoli, une quinzaine aux environs de Carthag< enfin, dans le courant de 1845, un maçon déterrait à Marseilli dans la vieille ville, non loin de l'éghse de la Mayor, une longi inscription phénicienne, qu'il vendit pour dix francs au musée c cette ville; c'est assurément le monument le plus considérab du peuple et de l'idiome phénicien. Les savants y ont reconnu u rituel des prêtres de Diane, dont le Mayor avait été le temple.
» L'Algérie, et particulièrement le territoire de Guelma, ouvert aux^ savants occupés de la Restauration de ces deux lan gués, un vaste champ d'études. Nulle part ne s'est offert au explorateurs une aussi riche collection d'inscriptions libyques ( puniques. Déjà depuis plusieurs années, Guelma était reconn comme un musée bilingue, lorsqu'un membre de la commissio scientifique d'Algérie, M. le commandant de Lamare, fouillant le environs de cette ville avec le zèle et l'inteUigence qu'il apport dans toutes ses recherches, découvrit à une lieue de Guelma, u nouveau banc, plus riche encore que tous les autres, d'inscriptioi:
ibyques et puniques (*). Les ruines qui recelaient ce trésor arîhéologique, portent le nomd'Aïn-Neclima (fontaine de l'Arme), et :'est dans le cimetière de l'ancienne ville qu'existe le principal gisement.
» Curieux pour l'antiquaire, ces vestiges des anciens âges ne 6 sont pas moins pour l'historien, pour le philosophe. Là, jadis, •ecevaient une sépulture commune, là reposaient ensemble le Phénicien conquérant et le Libyen conquis.
» Les hommes qui consentent à partager le même lit funéraire, 16 sont pas en général des ennemis.
» La vallée de Guelma formait donc autrefois comme un anleau d'alliance entre deux nationalités rivales. Le temps, après ôngt siècles, lui a conservé le même rôle, le même caractère de îonciliation. Aujourd'hui encore deux peuples qui partout ailleurs ;e détestent, l'Arabe conquérant et le Berbère conquis, viennent se tendre la main dans la vallée, demeurée bilingue comme autrefois, et déposent aux pieds de l'autorité française une antipathie instinctive et de vieilles rancunes. »
» La découverte des inscriptions jumelles, dont Tune apparenait incontestablement à la langue phénicienne et l'autre à un diôme inconnu, intrigua longtemps le monde savant. Il semblait laturel de chercher dans l'idiome inconnu, la langue africaine Iles premiers âges; par malheur, les preuves manquaient. La [meilleure de toutes eût été celle qui serait l'ésultée de la confron- Itation de ces caractères avec la langue africaine de nos jours. Mais partout l'idiome berbère paraissait en possession exclusive ^es caractères arabes. Nulle part, il ne produisait des signes qui lui fussent propres.
' » Cependant, le texte phénicien des inscriptions jumelles et les noms propres qu'il contenait, permirent de délerminerla forme et la valeur de la plupart des caractères inconnus, et four-
(*) Les plus précieuses pièces ont été déposées au Musée algérien du Louvre, où nos amis peuvent les voir.
nircnt l'ébauche d'un alphabet. A quelle langue appartenait-il 1 A l'ancien libyen? Il n'en existait pas un seul débris authentique. Au berbère moderne? Il se dérobait à tous les regards. |
j) Les choses en étaient là, lorsqu'une double lueur, partie des profondeurs du désert, vint dissiper les ténèbres de la science, el révéler un des phénomènes historiques les plus intéressants.
» Le 17 juin 1822, un voyageur anglais, Walter Oudney, étani à Djerma, l'ancienne capitale des G(»ramantes, à l'ouest de Morzouk et du Fezzan, dans le pays des Touareg, vit sur les pierre! d'un bâtiment romain, des figures et des lettres grossièremen tracées, auxquelles il trouva quelque analogie avec les caractères européens. Le 20, il remarqua sur des rochers, au bord d'ui torrent, de nombreuses inscriptions dont les caractères ressemblaient aux premiers. Quelques-unes devaient dater de plusieun siècles; d'autres paraissaient récentes. Le 24, il trouva un Targu qui connaissait quelques lettres, mais personne qui les connu toutes. Le 27, il arrivaàRât, l'une des principales villes de com merce des Touareg, Là, il acquit la certitude que les inscription trouvées en route, étaient écrites dans la langue de ces peuples qui est la langue berbère.
j> Enfin, il l'avait trouvée, cette langue insaisissable qu'on en tendait partout, qu'on ne pouvait pas voir : il l'avait surprise ai fond des solitudes, sur les rochers de la Lybie déserte.
» Walter Oudney se fit tracer quelques lettres berbères, et le reproduisit dans le journal de son voyage; il en donna dix-neul dont quatre se réduisent à des assemblages de points.
» Quelque incomplète que fût la communication de Walte Oudney ,clle fournissait un premier spécimen d'alphabet berbère dont la confrontation avec cet autre alphabet mystérieux fouri par l'inscription bilingue de Dugga, produisit des signes de pa rente incontestables.
» Longtemps après la découverte d'Oudney, une circonstanc fortuite fit reconnaître que les caractères berbères regardé
îomme insaisissables, surtout au voisinage de la côte, n'y étaient 3as cependant aussi inusités qu'ils paraissaient l'être. Dans les )remiers temps de l'occupation française, un habitant d'Alger, Giommé Othman-Kodja, entretenait une correspondance assez ntime avec Hadji-Ahmed, bey de Constantine. Pour plus de sû- •eté, ils y employaient des signes particuliers, qu'ils croyaient à 'abri des trahisons et des indiscrétions. Quelques années plus ,ard, Ali, fils d'Othman-Kodja, se trouvant à Paris, communiqua i M. de Saulcy, les lettres de Hadji-Ahmed. Après avoir tourné tine de ces dépêches jusqu'à ce qu'elle lui semblât placée dans le ens le plus commode pour tracer les caractères, le savant orien- ;aliste aperçut en vedelle, tout au haut du papier, deux groupes Je signes isolés : il pensa que ce devait être la formule sacrajnentelle El-Handoullah (gloire à Dieu), par laquelle tous les Musulmans commencent leurs lettres. La connaissance de ces premiers caractères devaient faciliter la découverte des autres.
» Ali consentit à se dessaisir des deux pièces en faveur de ^. de Saulcy, qui, le lendemain matin, lui en remettait la transîription complète. Quel ne fut pas l'étonnement du diplomate ifricain en voyant reproduit par une espèce ,'de sortilège le texte irabe d'une correspondance qu'il avait cru indéchiffrable!
» Les choses en restèrent là jusqu'à ce que M. de Saulcy eût mtrepris l'étude du texte libyque de l'inscription jumelle de ifugga. C'est alors seulement qu'il remarqua une analogie fraplante entre les caractères de l'alphabet libyque et ceux de la l'ettre du bey. C'étaient tout simplement des lettres berbèrfs, que ijes deux correspondants avaient employées. Mais, par excès de i|»rudence sans doute, ils avaient eu la précaution d'en intervertir les valeurs et avaient poussé la prudence jusqu'à introduire dans rfalphabet convenu entre eux, les signes de la numération arabe. Revue archéologique^ 2* année, 2* partie, page 491).
» L'alphabet de Walter Oudney demeura pendant vingt-trois lUs le seul échantillon connu de l'écriture berbère. De tous côtés
en Algérie, les sons berbères arrivaient à nos oreilles. Les deu tiers de la population qui nous entourait, ne parlaient pas d'autr langue, et personnene paraissait l'écrire ! En 1844, le gouverne ment publiait un dictionnaire berbère, composé en collaboratio par un Français, M. Brosselard, et un Kabyle ; mais les mot étaient écrits en lettres arabes.
» Enfin, en 1845, un taleb de l'oasis du Touat, établi prè du cheik de Tuggurt, fut envoyé par lui en mission à Constan tine. Le directeur des affaires arabes de la province, M. le capi taine Boissonnet, se lia, en raison de ses fonctions, avec ce sa vaut du désert. 11 apprit qu'il avait fait dix-huit fois le voyage de Timbektou, et par conséquent traversé dix-huit fois le pa) des Touareg, qui paraissaient les seuls dépositaires du secret d l'écriture africaine. M. Boissonnet questionna son hôte sur les si gnes du langage targuin (*), et le pria de lui tracer ceux qu'il cor naissait. Il obtint ainsi un premier spécimen de cet alphabet tar guin, en usage à trois cents lieues de la contrée, oii, vingt-trois an auparavant, Walter Oudney avait recueilli le sien.
» Frappé de la ressemblance de ces caractères avec ceux d l'inscription antique de Thugga, M. Boissonnet voulut en savoi davantage. Il pria son informateur d'entreprendre une dix-neu vième fois le voyage de Timbektou, le chargeant de toutes le missions politiques et commerciales que les circonstances cora portaient, et en recommandant par-dessus tout, de rapporter l'a: phabet complet. Malheureusement, à cette époque, les Ghambâ ( les Touareg se livraient des combats à outrance dans les grande solitudes qu'ils parcourent. Cet état d'hostilité empêcha le taie d'exécuter son voyage; mais il écrivit à un de ses parents fix au Touat, pour lui demander le précieux alphabet. Il choisit pou messager un marabout, qui, en cette qualité, pouvait circuler sar danger entre les tribus ennemis. Il ne tarda pas à recevoir la re ponse et la transmit à Constantine. Une fois en possession de c renseignement tant désiré, M. le capitaine Boissonnet s'empress
O Des Touareg-.
e l3 faire lithograpbier. C'est ainsi que le troisième spécimen de alphabet berbère contemporain parvint, du fond du désert, à la ;onnaissance des savants d'Europe.
» L'examen de ces documents ne laisse aucun doute sur 'étroite parenté qui existe entre l'idiome des inscriptions aniques et cet autre idiome qui se parle aujourd'hui depuis l'oasis îgyptienne de Sioua jusqu'à la côte de l'Océan, et depuis le. Soudan jusqu'à la Méditerranée. Ainsi s'est révélée dans toute ion évidence la filiation séculaire de la langue libyenne, qui a ;urvécu à tant de langues riches et savantes, et s'est perpétuée lans la langue actuelle des Kabyles, à travers tant de révolutions, ,ans livres, sans monuments, sans aucun effort de la science et le l'intelligence humaine. »
Pour terminer ce chapitre, signalons à nos amis qui voudraient joursuivre cette étude : 1"* que M. Judas, dans ses travaux sur les langues phéniciennes et libyques, a fait une heureuse application de cette découverte importante en interprétant à l'aide du )erbère le texte lybique de l'inscription de Tugga ; 2* que la Revue asiatique donne et traduit à ses abonnés, toutes les inscriptions bilingues et puniques signalées par ses collaborateurs; !3° que nombre de monuments souterrains découverts dans les régences barbaresques, notamment celui trouvé par M. Carotte dans la vallée de Bou-Aca, près de Setif(*) (province de Constantine), appartiennent à l'époque libyenne, ce qui fait classer ^ar les savants les Libyens parmi les peuples Troglodytes (habitant des cavernes).
Ces souvenirs des travaux de la pléiade intelligente qui de 1840 à 1848 a fouillé de toutes manières cette terre si fertile, ivait excité notre imagination : nous cherchions à ressusciter dans notre esprit le Djebel-Amour comme il était au temps des différentes civilisations qui ont laissé leurs traces indélébiles en
{*) Les Arabes appellent cetto maison Dar kaptan n'cara (habitation Au capitaine chrétien).
Algérie. Nous restâmes donc fort longtemps à contempler le ravissant spectacle de l'oasis d'El-Gricha.
Pour nous reposer, nous allâmes nous asseoir dans notre tent( auprès du capitaine G.,., qui tenait l'acouma. Cela nous procun la bonne fortune d'assister à un procès intéressant.
FAIT BKMO!\TKA]%T QUK NAIV.M I.A TE\UE ftIJC€ESSITf:
l^ESi PROI>lli<:Ti:!< nilirORnATKtJR^i, !..% OÉCADEMCE
D'IUE: TUlOOttlATIia E«!)T FATALE.
Une femme, son mari en secondes noces et un enfant se présentèrent au tribunal. L'enfant avait moins d'un an et le mariagi avait été consommé, il y avait deux ans et demi. En comparan ces chiffres, vous allez croire, sans doute, avec nous, que 1( mari, gérant responsable, indispensable dans tout pays civilisé était bien fondé en défendant ses droits à la paternité de l'enfant mais vous comptez sans Sidi-Krélil. Venez avec nous à la bibliothèque de Lille et prenons la traduction faite par M. Perron poui la commission scientifique de l'Algérie. Ouvrons le tome IIL Nou! pouvons lire, pages 70, 71 et 74.
« La femme (veuve ou répudiée) qui (d'après ce qu'elle sent ei elle) soupçonne qu'elle est enceinte, devra attendre (avant d( penser à aucune alliance matrimoniale) et devra prolonger Tat tente jusqu'à la limite de la gestation. Cette limite extrême estelle de cinq ou de quatre ans ? Ce point a été discuté par les juristes. Toutefois, si, même encore après cette durée, le soupçoi de grossesse se fortifie, l'attente doit se prolonger (il en est d( même si l'enfant meurt et reste ainsi dans le sein de sa mère). S la femme se remarie quatre mois avant la fin de cinq années e que cinq mois après le mariage, elle accouche, la paternité d( l'enfant n'est rattachée nia l'un nia l'autre de ces deux mariages et des lors la femme doit subir les peines afifectives portées pai la loi. (Le terme de cinq ans pour le maximum de durée possibh de gestation, a été contesté par nombi-e de légistes, bien qu i soit donné comme le terme indiqué par Dieu ; le terme de quatri ans est accepté comme le plus général). »
Bien pénétrés de cette jurisprudence, sachez encore que le euvage est, pour la femme arabe, la seule époque de liberté dans ette législation oppressive du beau sexe, et que plusieurs même busent, nous a-t-on dit, de cet état, avec une généreuse îndresse qui charme les Don Juan de la tente. Presque toutes iment donc à prolonger le temps oii elles peuvent échapper aux xigences de leur famille qui les force à un nouveau convoi. Sans enir compte de la précieuse liberté du veuvage, beaucoup d'entre lies tenteraient cela rien que pour refuser le plus longtemps ossible répoux qu'on leur destine, et choisir à leur convenance.
A cette fin, au commencement de leur veuvage, elles se décla- 'ent enceintes; les matrones sont consultées et prononcent ouvent affirmativement pour peu qu'on les ait payées. Alors, :omme d'après l'opinion des Arabes, l'embryon peut s'enlormir jusqu'à l'espace de cinq ans dans le sein de la mère et tre réveillé par une cause accidentelle, notamment les caresses l'un homme, il peut, arriver un cas singulier, c'est que cinq ans iprès sa mort, un pauvre mari peut encore avoir un fils poshume. A quoi peut conduire une erreur scientifique !
Dans l'espèce, la femme réclamait pour son premier mari la )aternité de son fils, afin d'en être tutrice légale et jouir de sa brtune ; le mari, lui, voulait être le père de son enfant. M. G. . . •éfléchit un moment s'il ne pouvait employer le célèbre jugement le Salomon pour constater les droits de la nature. Mais il n'y ivait pas moyen, les Arabes étant soumis à la loi musulmane , i'était au cadi d'interpréter Sidi-Krclil. Sid-Abd-el-Kader jaurait donné gain de cause à la femme, si heureusement pour la justice, au point de vue français, la femme n'avait oublié quel- '^ues formalités dans la constatation de sa grossesse. (Il paraît que lans l'application, les fâcheux principes de la loi musulmane trouvent toujours ainsi leur correctif). Le mari, au nom delà loi et du sultan français, put dorénavant se dire le père de son fils.
M. G . . . avait une opinion d'européen sur la demande de la
femme. Pour la punir de sa fourberie, il lui fit donner une bonne correction, également suivant les usages du pays et les préceptes dcSidi-Krélil, et la renvoya à son ménage bien convaincue qu'il est dangereux de tromper l'autorité française.
Ce procès curieux, noté avec soin sur notre carnet, fut pendant plusieurs jours le sujet de nos réflexions. Comment ce prophète au génie si vaste, a-t-il pu s'égarer autant sur un des sujets les plus graves pour un législateur ? Successivemônt, nous sont passées par le souvenir, certaines lois barbares des capitulaires de Charlemagne, le grand empereur quia posé les principes de la civilisation du moyen-âge, et certains faits bizarres de l'époque gothique.
En résumé, nous avons conclu que Mahomet, qui rêvait de conquérir le monde, a bien longtemps avant Shakespeare pensé à Othello ; qu'il connaissait trop bien le monde oriental pour croire que toutes les femmes y soient des Pénélopes ; qu'en somme, il n'a pas voulu qu'un de ses valeureux soldats, rentrant dans ses foyers, remplisse le rôle du chevalier croisé dans la ballade que chantait jadis les canotiers de la Deûle et dont, grâce à une bonne hospitalité, dont nous nous souviendrons toujours, nous avons maintes fois sur le canot V Alcyon^ répété le refrain entraînant. Nous so mettons cette appréciation à nos amis.
Peu après, on ameni un Mzabi qui avait donné, au marché, un coup de couteau à un jeune homme, qu'on apporta moribond à l'entrée delà tente.
M. C. . . condamna le Mzabi à payer la dia au jeune homme, suivant la loi musulmane, et le fit joindre aux six prisonniers pour payer au point de vue français, par quelques années de prison à Sainte-Marguerite, la peine de son méfait.
U^E OPIIVIOIV MUNIILMAMIS QIE MOl'<$ TOUDRIOMS VOIR POPULAlKf: \ I.II.I.E.
Parmi les traits les plus beaux du caractère mahométan, il faut signaler le respect qu'ils ont pour les infirmes, les aveugles,
les sourds et muets, les fous et les idiots. Ces derniers surtout sont doués par l'imagination superstitieuse des Arabes, d'un pouvoir surnaturel. Nous en eûmes une preuve à El'Gricha.
On sait le profond mépris que les fils d'Ismaël ont pour les Juifs. Je fus donc fort étonné en voyant sortir du ksar et se diriger vers notre tente, un groupe de citoyens delà ville, accompagnant, avec une sollicitude toute fraternelle, un individu qu'à sa tournure molle et efféminée, à ses yeux encadrés de rouge, à son mouchoir noir couvrant la tête, nous reconnûmes pour un fils d'Israël. C'était un malheureux idiot qui rit en nous voyant, de ce rire insensé qui serre tant le cœur à tous ceux qui ont le respect de la dignité et de l'intelligence humaine.
Je ne sais comment il s'était égaré, mais le fait est qu'il était dans le ksar, sans famille et abandonné de ses coreligionnaires. La députation venait réclamer pour ce malheureux la protection de l'autorité française. M. C. . . reçut fort bien les porteurs de la requête, fit donner des secours au juif et prit des mesures pour qu'il fût rendu à sa famille.
IIME PROMEMAOE DAIVGEREC<^E POUR ABD-EL-K-ADER OIJI.D-FROUW ET POCR I^OM AIII I.E I^ILLOl^^.
L'acouma étant fermée, U. C. . . manifesta au caïd l'intention de visiter la ville. Je le suivis avec empressement. Nous parcourûmes, comme à Sidi-Bouzid, presque toutes les rues et visitâmes beaucoup de maisons. Pendant que M. C. . . prescrivait des mesures d'hygiène, j'observais ce que je pouvais saisir sur le fait, des mœurs des indigènes. L'inspection du capitaine fut consciencieuse : nous pénétrâmes même jusque dans les boudoirs particuliers des dames berbères et j'eus plus d'une distraction en saisissant par hasard le regard vif et voluptueux déjeunes et jolies femmes cachant, pour la dérober aux regards profanes des étrangers, la figure sous un haïe épais, aussitôt qu'elles se voyaient observées. J'eus pourtant la discrétion, pour tenir ma dignité française, que je prenais très au sérieux, d'éviter autant que possible ce hasard.
Mais mon ami Abd-el-Kader, malgré ses quatre épouses éplorées, pleurant son absence du douar, était désespérant de laisseraller.
Il se. cambrait fièrement à l'entrée de chaque maison, relevait de la main les pans de ses deux burnous couvrant la jambe gauche et drapait sur sou épaule droite avec cette beauté de ligne dont les Arabes ontle secret, les pans du côté droit. Ensuite, avec une astuce numide que je lui reprocherai toujours, il envoyait, lorsque le mari avait le dos tourné, aux grands yeux noirs fendus en îimande et encadrés de noir d'antimoine, des regards flamboyants. Heureusement que les maris des ksours sont aussi débonnaires que bien des maris de notre bonne France. S'ils avaient eu quelque peu de la jalousie des hommes de la tente, le kalifat aurait pu recevoir un bel et ban coup de poignard qui l'eût rendu plus circonspect à l'avenir, s'il y avait eu encore de l'avenir pour lui.
Mais le gredir (trompeur) savait a quoi s'en tenir sur cela et il en abusait.
GLOJ^SAIRE DES MOTS FRAIVÇAIS TIRÉS DE L'ARABE.
Le mot arabe gredir^ dont la prononciation peut être traduite par gredin, a probablement donné naissance à notre mot français.
Comme le constate fort bien M. P. Pihan, compositeur pour les langues orientales à l'imprimerie royale , dans son glossaire des mots français tirés de l'arabe, du turc et du persan (Bibliothèque de Lille, B 4. 4), les étymologistes français ont fourni sur ce mot des explications qui manquent d'exactitude. Ils considèrent le mot gredin comme corruption du mot gradin, parce que, disent-ils, autrefois certains valets au service de grands personnages se tenaient sur les gradins en degrés de leur seigneur, en attendant les ordres. « Voilà, certes, dit M. Pihan, une raison bien peu concluante ! » De là, dans nos dictionnaires, homme des gradins, c'est à dire sans naissance , un gueux pour l'acception de ce mot.
Le mot arabe gredir, dérivé de gr'dir (tromper), désigne un homme perfide sans probité, qu'il soit maître ou serviteur, riche ou pauvre. Ce mot, ainsi que les adjectifs dérivés de la même racine et donnant le même sens, est d'un usage fréquent chez les Arabes, tandis que le mot français grcdin, qu'on a donné à une variété de chien, est devenu chez nous presque trivial. Il en est de même des mots français bedon , bourrique, calambredaine, clabaud, gourgandine, moquercau-elle, papegai, patache, rechin, chicotin, également tirés de l'arabe et qui sont passés de mode pour différentes raisons, qu'on peut fort bien appliquer au mot gredin. On possède en outre, dans des temps plus rapprochés de nous, des faits semblables pour les mots importés d'Egypte à la suite de la campagne : les uns se sont implantés dans notre langue, d'autres sont déjà vieillis, comme vieilliront beaucoup de mots rapportés d'Algérie. Nous croyons donc avec M. Pihan que la découverte de faits nouveaux démontrera complètement l'origine arabe du mot gredii^.
La recherche des étymologistcs n'est pas une étude sans fruits, et nous ne dirons pas avec Sarrazin : « En matière d'étymologie, les mots sont comme les cloches auxquelles on fait dire tout ce que l'on veut. » Cette science, lorsqu'elle sera parfaitement constituée, conservera la véritable signification des mots. Par elle, le langage possédera sa plus précieuse qualité, la précision.
Rien n'a été traité plus légèrement dans certain temps que rétymologie. Fort heureusement, l'examen critique, dont on a les meilleurs pi'océdés, fera justice de cette prétention des pédagogues de désigner l'étymclogie par de simples rapprochements de consonnancc. Il faut maintenant des preuves sérieuses de filiation.
M. Gcnin établit fort bien cette vérité dans ses récréations philologiques. Il dit, page 15 : « Eh bien ! voilà le vice fondamental, voilà pourquoi la science étymologique n'a pu jusqu'ici se constituer , n'existe pas ou n'existe qu'à l'état de rêve : c'est
que tous les étymologistes se sont dispensés d'apporter des preuves à l'appui de leurs assertions. Ces preuves, quelles peuvent-elles êtres? Des textes, rien que des textes et toujours des textes. Il ne faut pas leur permettre d'établir la moindre proposition, si elle n'a derrière elle un texte clair, authentique, positif. On verra bien si les propositions se tiennent, si les déductions s'enchaînent rigoureusement; alors chacun, même les ignorants, pourra suivre l'étymologie depuis son point de départ jusqu'au point d'arrivée et en apprécier la vérité ou l'erreur. »
Nous devons beaucoup de mots à la civilisation orientale. La plupart sont dérivés de l'arabe. On y trouve nombre de mots d'astronomie, zodiaque, azimut, degré, etc.; de pharmacie, sirop, camphre, loch, etc.; de mathématique, algèbre, quintal, chiffre, etc.; de chimie, alcali, savon, alcool, nitre, etc.; d'objets orientaux importés en Europe lors des croisades et de l'occupation de l'Espagne par les Maures, cravate, chaudron, briquet, jupon, corvette, chemise, gaze, gilet, cierge, luth, toque, tapis, dé, chandelle, cordon, etc. Quoiqu'on ait déjà fait des recherches sur ce sujet intéressant, nous croyons qu'il y a beaucoup de trouvailles à faire, et nous nous empressons de signaler à nos amis l'exploitation de ce nouveau filon. Il est d'autant plus riche, qu'il est maintenant démontré que les Gaulois sont de race sémitique.
Nous vîmes la mosquée. C'était un édifice grossier qu'on n'avait pas même blanchi à la chaux. Cette négligence dans l'entretien du temple indiquait un grand arbitraire de l'autorité civile.
En étudiant la propriété dans Tlslam, on verra que le culte musulman, ou, si je puis me servir de cette expression, la fabrique musulmane a, comme nos hospices de Flandre, ses propriétés particulières dontle revenu sert -à l'entretien des mosquées, à celui des zaouia (écoles et hospices), à celui des desservants,
amin, oukil, muezzin. Cela se passe dans l'Islam comme cela se passait chez nous.
Une pieuse Jeanne de Flandre musulmane (Sidi Abd-er-Rahman) a fondé à Alger un hospice Comtesse musulman (une zaouia); un autre en mourant, lègue toute sa fortune pour l'entretien de telle mosquée; celui-ci le dixième de ses biens; celui-là sa maison; cet autre, sorti heureusement d'un danger, maladie, tempête sur mer, incendie, peste, etc., accomplit le vœu qu'il a fait pendant la crise, de faire tel présent à telle mosquée, comme nous portons un ex-voto d'argent ou une chandelle à Notre-Dame-de- Gràces, à Loos, ou au Bon-Dieu-de-Pitié de Saint-Maurice, à Lille. ♦
Tous ces dons sont désignés dans Tlslam sous le nom de propriété habous, et administrés suivant les préceptes de la loi : Sidi- Krélil contient des chapitres entiers sur cette question. On concevra facilement, par le souvenir des legs et fondations que notre vieux catholicisme avait inspiré à nos grands pères, l'importance chez les Musulmans, où l'esprit religieux est si puissant, des propriétés habous.
IJM ACTE IMTELIilGEl^T DE TOI.ÉRAWCE REIilGIECSE.
Je ne sache pas que El'Gricha soit plus déshérité d'esprit religieux et de propriétés habous que les autres villes de l'Islam. Aussi j'avoue que j'ai attribué le mauvais état de la mosquée à l'administration despotique de Djelloul.
M. C... pensait comme moi. Quoi qu'il en soit, il fit des reproches assez vifs au caïd. « A la première Djemma (assemblée du vendredi) ajouta-t-il, propose une cotisation pour l'entretien de la mosquée, et comme votre chef, tu m'inscriras le premier. Prends ces quatre douros (20 fr.). . . * Toute l'assemblée fut pénétrée de la plus vive reconnaissance.
Cette profonde sagesse des officiers français se grave en traits ineffaçables dans l'esprit des habitants du désert. Honneur donc, à ces missionnaires de la civilisation européenne !
ESPRIT COnmiIIVAI. DES HAIiitliliS (bourgeois des ksours).
Nos amis qui connaissent nos chroniques, savent que tous les Lillois sont fils d'hommes libres et que notre commune, depuis son organisation jusqu'à son annexion à la France, dans une indépendance presque absolue du pouvoir suzerain, se dirigeait elle-même. Le magistrat élu chaque année par les bourgeois de Lille, avait haute et basse justice, administrait complètement les intérêts de la ville et seul avait le droit de faire marcher les milices lilloises. Le châtelain qui les commandait était sous les ordres du conclave. L'action du suzerain ne se montrait que pour des demandes d'aides, que mêmela ville refusait parfois. Le bourgeois de Lille n'était justiciable que de ses pairs. Malheur à la puissance, clergé ou seigneur, qui oubliait ce droit ! La commune savait le défendre vaillamment: l'arsin est venu plus d'une fois montrer le civisme de nos pères. La centralisation française, malgré des bienfaits incontestables, a détruit le caractère de bien des institutions de notre commune qu'on doit regretter. En passant, citons celui de nos hospices.
Les villes du sud de l'Algérie et les tribus kabyles possèdent cette liberté communale. Ce sont de véritables petites républiques, confédérées parfois entre elles. La djemma (réunion du vendredi) ressemble beaucoup à la réunion qui avait lieu à Lille dans la salle du conclave. Pour diriger convenablement les villes du désert au fur et à mesure qu'elles tomberont entre nos mains, et la Kabylie lorsque nous l'aurons soumise, il faut donc admettre provisoirement ce système d'administration, comme Louis XIV (l'Etat, c'est moi) l'a accepte à Lille pour attacher la Flandre française à l'unité nationale.
Nous avons entendu affirmer par des officiers connaissant parfaitement la Kabylie, que c'est la crainte de la centralisation française, si contraire à l'esprit communal, qui fait guerroyer les Kabyles contre nous.
I/A DAMSE ARABE.
Nous étions rentrés depuis quelques heures dans notre tente, lorsque nous entendîmes près de la tente des spahis, un de ces chants si langoureux de l'art musical arabe, accompagné, comme toujours, de tambours et de flûtes. Je sortis pour jeter un coup d'oeil et je vis quelques aimées du désert, dansant au son d'un air dont la mesure s'accélérait de plus en plus avec l'entrain des mouvements chorégraphiques, une de ces danses orientales, si colorées, si expressives, si indéfinissables pour un Européen, de volupté et d'abandon sensuel. Je savais que cet abandon sensuel est souvent poussé si loin que je jugeai prudent pour mon caractère français que je voulais faire respecter de notre entourage, de [refuser l'offre pressante des spectateurs qui, en me voyant, me I firent beaucoup d'instance pour prendre place près d'eux.
La poésie de l'art chorégraphique des aimées ne peut pas être décrite par une plume européenne. Qu'on sache pour en juger, I que la pudeur féminine, ce parfum de la femme française, comme dit le capitaine du génie. M, Richard, n'existe pas chez les Musulmanes.
Nos amis qui voudront se faire idée jusqu'à quel point est grand au point de vue européen, le laisser-aller des mœurs orientales, n'ont qu'à se faire décrire par un officier qui a habité quelque temps Constantinople, Gar'gous, le polichinelle turc, et ses plaisanteries. Et cependant, le père mahométan, sans crainte de danger, comme on dit chez nous à la foire, y conduit sa femme et ses filles (*).
La chorégraphie peignant les voluptés amoureuses, est abandonnée tout à fait aux aimées pour la danse publique, et, pour le harem, à la femme qui cherche à plaire à son seigneur et maître. De là, peut s'expliquer le dégoût que les Musulmans éprouvent pour nos réjouissances, actuellement si réservées, du monde, et le plaisir qu'ils ressentent à la représentation d'un
(*) L'autorité française a défendu co spectacle en Algérie.
ballet sur un de nos théâtres, ou d'une tulipe orageuse quelconqu< dans les bals de Paris. Tous les chefs arabes qui ont visité h France, conservent souvenir de l'Opéra et de Mabille. Nous avoni reçu plusieurs confidences à ce sujet. Une fois, entre autres, noui avons assisté dans une tribu, à une description curieuse d'ui vieil aga, qui dépeignait à son auditoire indigène les plaisirs d» ces temples de Terpsychore, avec un enthousiasme des plus asia: tiques.
Nous avons cru longtemps que l'art de la danse chez les Musulmans, se bornait au délire sensuel des aimées. Nous non trompions. Nous en avons eu la preuve un jour dans la mosqué de Sidi-Ahmed-ben-Yousef, àMilianah.
Les Aïssaouas célébraient une grande fête dans cette mosquée) Un de nos amis, qui fesait partie de la confrérie, nous aval promis de nous introduire. On nous éconduisit ; on avait craie les plaisanteries gauloises que nos compatriotes lancent avec tan d'esprit, mais souvent avec si peu d'à-propos.
Mais nous fûmes invités aux danses et aux chants religieux. 0 s'imagine à tort que les hommes chez les Mahométans ne danser jamaiF. Ce qui les distingue complètement de nous dans ce fail c'est que leur art est alors complètement religieux.
Ce que nous disons est si vrai que même dans la bible ontrouv à chaque pas des traces des danses religieuses orientales, Davi dansant devant l'arche, par exemple, et qu'en Espagne, cetl contrée européenne oii les Sarrazins ont laissé tant de traces, y a des danses dans les églises pendant les fêtes carillonnées.
Nous avons vu à Sidi-Ahmed-ben-Yousef danser un Aral en burnous, et nous avouons que nous n'avions aucune idée d'ur pantomime aussi noble et aussi digne. Nous regrettons que ( genre n'ait pas encore été étudié par nos auteurs : nous pensoi qu'il y a là la fortune d'un ballet.
liElS SimiiJiIREi^ AI.GÉRIEI1S DEN DKRYICHE!^ TOURMEVll
Un autre genre de chorégraphie est beaucoup plus ordinal]
ux Aïssaouas. C'est un grand tournoiement sur soi-même avec scillations rapides de la tête, de haut en bas, rappelant celui des erviches tourneurs de Constantinople, souvent au son de la derouka (petit tambour en forme d'entonnoir qu'on tient sous l'aiselle) frappé par un confrère qui accélère la mesure avec l'entrain es danseurs. Au bout d'un moment, chacun d'eux tombe énervé ans un délire ardent comme celui des fameux convulsionnaires u cimetière de St-Médard. Nous avons entendu dire que la pluart éprouvent alors une extase religieuse qui ouvre à l'imagiîtion les tableaux les plus surprenants. Cette scène est curieuse mr les assistants : l'abandon est tel que le danseur qui au réalable a déjà défait son burnous et son haïe, perd sa chachïa M alotte), le mahomet (queue) vole alternativement sur les yeux ; sur le dos. L'inspiré tombe souvent ayant encore la conscience n lie son ivresse n'est pas assez grande : il repousse d'une main II sirassée le burnous qu'on a soigneusement étendu sur lui pour : garantir du froid pendant son sommeil, et il recommence, par- 0 lis sur son séant, lorsqu'il n'a plus la force de se lever sur les M ieds, les oscillations frénétiques, jusqu'à ce qu'enfin le délire )it complet.
LA FAVME DU DJEBEI^-AMOIJR.
Le soir, avant de dîner, nous eûmes, M. G... et moi, une disission à propos d'un passage de M. le général Daumas sur le jebel-Amour, que je venais de relire (page 217, Sahara algéen), et qui est ainsi conçu :
« Des tigres, des panthères, des lynx, des hyènes, des chacals, îs sangliers vivent au milieu de ce pâté montagneux torturé de es et de ravins. Dans les vallées, on trouve des lièvres, des irdrix, des cailles, des poules de Carthage; dans les bois, des >rbeaux, des ramiers, des bécasses; au bord des sources et dans s marais, des poules d'eau, des bécassines; et sur les pics les ^ os élevés, des aigles, des vautours, des faucons.
ii| » Aussi, la chasse est-elle en grand honneur dans la tribu,
surtout cette chasse au faucon que nous avons abandonnée, ( que les nobles arabes, comme nos seigneurs du moyen-âgi aiment passionnément.
» Il est assez remarquable qu'il n'y ait point de lions dans u lieu si bien fait, ce semble , pour leur donner un sûr asile < fournir au luxe de leurs repas de roi.
» Cette observation n'a pas manqué de frapper les Arabes, < faute de pouvoir l'expliquer par une cause naturelle, ils se son comme toujours, rejetés sur la légende : Autrefois, disent-il les lions étaient nombreux dans le Djebel-Amour,, si nombrei qu'ils décimaient les troupeaux et se passaient souvent le caprii de commencer par le berger. Un saint marabout, nommé Sid Aïssa, fut prié d'intervenir dans cette affaire; la commission éta difficile; mais Dieu est grand ! Il se mit en prières à travers montagne, en ordonnant aux lions d'aller chercher un gîte ai leurs. On n'en a pas vu depuis. »
liE TIGRE DE I.'A1.GÉR1E.
Des tigres en Algérie ! Nous l'avouons en toute humilité, malg M. Daumas , malgré M. Carette, qui signale le même fait, no doutions. En France, tout homme qui, à vingt ans, a grififoni quelques poésies plus ou moins mauvaises, connaît le lion du d sert : c'est un des lieux communs les plus usuels. Jamais il n été question du tigre, si ce n'est dans les jungles de la zone to ride où, suivant nos romanciers modernes, matin et soir, il ff son repas d'un Indous, ou d'un Javanais, ou d'un Peau-Rouge
Le fait est certain pourtant. M. G. . . eut la bienveillance ( nous donner une preuve évidente à laquelle nous fûmes forcés nous rendre : il nous fit acheter chez un indigène, grand am teur de chasse sur la Gada , la peau d'un tigre tué peu de tern auparavant. Malheureusement, notre chasseur, en bon Musulm qu'il était, avait, suivant les préceptes de la loi, coupé la têt( l'animal. Nous ne pûmes donc rapporter en France qu'une d pouille incomplète.
Le tigre du Djebel-Amour est de petite taille. Ses taches ne sont pas en raies comme celles du tigre du Bengale ; par la disposition, elles se rapprochent de celles du jaguar. Cette différence dans l'aspect de la peau, nous ferait encore douter que ce soit réellement un tigre plutôt qu'une once, si nous n'étions pas appris à nous méfier de nos préjugés d'Européen à l'égard des bêtes féroces^ Nous ignorons complètement qu'elle est à ce sujet l'opinion des naturalistes français : nous avons vainement cherché cet animal dans les vitrines du muséum. Du reste, nous l'avouons franchement, nous n'avons jamais rien compris à la classification de la race féline. Le désaccord que nous avons trouvé chez les auteurs, nous a obscurci toutes nos idées à cet égard.
Une dépouille de tigre d'Algérie en état convenable est donc un présent précieux à faire à notre cabinet d'histoire naturelle. Avis à nos amis d'Afrique.