‹ Un mois dans le SaharaChapitre 17 sur 30 · DEMAMDE D'OME BOMME CL.AISS1F1CATIOM DE LA RACE FÉLINE · texte numérisé non relu

DEMAMDE D'OME BOMME CL.AISS1F1CATIOM DE LA RACE FÉLINE

Malheureusement, nous ne sommes pas seuls à nous plaindre du désaccord des savants sur la race féline. M. Lesson, le continuateur de Buflfon, signale franchement le même fait : "^k^jA^^J^

« Malgré le travail consciencieux d'un grand nombre de naturalistes de l'Europe et de l'Amérique, l'histoire des animaux du genre félis est encore un dédale oii l'on se perd quand on ve-it séparer par des distinctions précises une foule d'espèces entre elles. La partie poétique de leur histoire a été moins négligée, quoique tracée d'après des idées purement conventionnelles ; car, qui n'a retenu quelques longues tirades sur la férocité sanguinaire du tigre, la duplicité et la perfidie des chats, etc.; etc. Il l'en est plus de même lorsqu'il s'agit de distinguer les grandes tspèces à pelage couvert de rosaces diverses. Des erreurs dccunulées par les anciens écrivains viennent à chaque pas em- )arrasser la distinction que l'on cherche à établir entre elles. Lesson, les Félis). »

PRKJVGKS suit li'HYÈlVE.

Nous venons de dire que nous nous méfions de nos préjugés d'Européen à l'égard des bétes féroces.

Malgré ce que nous avons appris et vu en Algérie, des hommes si considérables ont avancé sur la matière des assertions tellement différentes des renseignements que nous avons recueillis sur les lieux, que nous doutons de la bonté de notre opinion.

Qu'on veuille bien juger, par ce qui suit, combien notre perplexité est fondée.

Buffon dit de l'hyène (tome 5, page 296, édition de la bibliothèque de Lille) : « L'hyène se défend du lion, ne craint pas la panthère, attaque l'once, laquelle ne peut lui résister; lorsque la proie lui manque, elle creuse la terre avec les pieds et en tire par lambeaux les cadavres des animaux et des hommes que, dans le pays qu'elle habite, on enterre également dans les champs . Cet animal (l'hyène de l'île de Méroé) est si fort qu'il enlève aisément un homme et l'emporte à une on deux lieues sans le poser à terre. »

Il est vrai que M. Milne-Edwards a écrit depuis : « Les hyènes se distinguent des animaux du genre chat par le nombre de leurs doigts qui est de quatre partout ; par leurs ongles qui sont propres à fouir et qui ne se révèlent pas pendant la marche, et par la disposition de leurs dents. Ce sont des animaux nocturnes qui habitent les cavernes et qui sont d'une voracité extrême; ils vivent de cadavres et en cherchent jusque dans les tombeaux. Ils ont une réputation de férocité qu'ils ne méritent pas. » (Milne Edwards, mammifères).

Qu'on veuille comparer avec cela les renseignements recueillis par nous.

L'hyène de l'Algérie, un peu plus petite que celle du cap de Bonne-Espérance, est tellement couarde qu'il est certain que a caractère appartient à toute l'espèce.

Les Arabes ont pour l'hyène le plus profond mépris. Ce senti-

ment est universel chez eux. Le dédain va si loin que jamais ils ne la tuent qu'avec un bâton. Une arme quelconque qui aurait servi dans la chasse de l'hyène, serait deshonorée. « Brise, disentils, le yatagan sur lequel est tombé du sang de l'hyène, — c'est le sang le plus lâche qui existe. — Cette arme te trahirait en présence d'un ennemi valeureux. »

Nous avons vu de nos propres yeux, un soir, au caravansérail d'Aïn-Tefla, vallée du Chelif, une hyène fuir devant un chien de chasse.

La chasse de l'hyène est facile. Il suffît de se transporter à la nuit tombante, à l'endroit où se trouve un cadavre d'âne, mulet, cheval ou sanglier : il est bien rare de ne pas rapporter de son affût une dépouille d'hyène. Nous avons une peau qui a été prise ainsi.

liE lilOM DE I.'ATIiA!S.

Lorsqu'il s'agit de la race féline, les erreurs sont encore plus considérables.

Page 24-0 du même volume, Buffon dit du lion :

c( Les lions du mont Atlas, dont la cime est quelquefois couverte de neige, n'ont ni la hardiesse, ni la force, ni la férocité les lions du Biledulgerid (*) ou du Sahara, dont les plaines sont ouvertes de sables brûlants. C'est surtout dans ces déserts * irdents que se trouvent ces lions terribles qui sont l'effroi des myageurs et le fléau des provinces voisines. »

Cet extrait deBufifon contient autant-d'hérésies que de données.

Il est démontré :

r Qu'il n'y a pas de lions dans les plaines du Sahara couvertes le sables brûlants;

« Le lion et la panthère, qui sont assez communs dans les nontagnes boisées de l'Atlas, n'existent ni dans le petit ni dans 6 grand désert. (Rapport du général Marey-Monge, expédition le 1844). »

n Blad (terre), el (du) Djend (palmier).

2* Que le lion est un animal de la montagne et qu'il ne descend que lorsqu'il est chassé par la neige;

3* Que les lions de l'Atlas sont les plus hardis, les plus forts et les plus féroces des lions connus, s'il y a des lions féroces.

Nous irons plus loin : si nous nous en rapportons à nos souvenirs d'Algérie, nous soutiendrons que l'efîi'oi porté chez les voyageurs européens par le roi des animaux, est encore une honne plaisanterie dont on ne tardera pas à se guérir, comme on s'est guéri de la peur des voyages sur chemin de fer.

A défaut de renseignements ofiiciels de la commission scientifique, qui, nous ne savons pour quelle cause, n'a pas terminé ses travaux, nous pouvons nous appuyer sur le résumé de M. Carette, secrétaire de la commission.

On lit page 5 de ce résumé :

« Les grands animaux féroces, si communs dans l'intérieur de l'Afrique, se trouvent déjà sur son littoral au nord; des lions et des tigres habitent la régence d'Alger ; mais ils ne sont ni plus nombreux ni plus redoutables que les loups dans nos contrées (*). »

Cette opinion de M. Carette est partagée par tous les voyageurs qui connaissent l'Afrique septentrionale.

« En général, tous les animaux d'Egypte y ont moins de férocité ; le crocodile lui-même s'y montre moins entreprenant et plus timide qu'ailleurs. Serait-ce que se trouvant dans un des pays les plus anciennement habités, ils ont éprouvé davantage, à la longue, l'action des sociétés humaines, et mieux connu ce qu'ils en ont à craindre? » (M. Geoffroy St-Hilaire. Description des mammifères d'Egypte, dans le recueil des observations faites par les savants pendant l'expédition) {**).

{*) Nous dirons pour nos amis peu renseignés sur les loups, que ce croquemitaine des historiettes aux enfants n'est dangereux que dans les temps de neige.

(**)N'en déplaise à un illustre Nemrod fort connu pour des exploits

Le touriste récemment débarqué d'Europe est étonné de l'indifférence générale que les habitants de l'Algérie, aussi bien Européens qu'Indigènes, ont pour les dangers imaginaires produits par les bêtes féroces.

Nous avons partagé cette pusillanimité ; le vers d'un grand poète,

« Dans ce pays où Thomme est la souris du tigre, »

nous tintait toujours aux oreilles, et la première fois que nous nous sommes trouvés dans le voisinage d'une panthère, nous avons eu peur.

On sait qu'il y a des panthères à quelques lieues d'Alger. La veille, nous avions rencontré un chasseur, M. Bonbonnel, qui partait pour l'affût de deux panthères signalées à l'Oued-Corso et dont il a promené triomphalement quelques jours après, les dépouilles dans Alger.

M. Bonbonnel avait eu la bienveillance de nous renseigner sur sa chasse : il nous avait indiqué comment, pour attirer la bête féroce, il fesait crier la chèvre attachée au piquet ; il nous avait montré le diamant posé comme point de mire afin que, pour ajuster plus sûrement, il puisse profiter du moindre rayon de lune, son couteau de chasse appendu sur son flanc gauche, destiné à être dans une lutte corps à corps, sa dernière ressource, sur laquelle pourtant il comptait fort peu (*).

Tout cela était parfait. Mais les renseignements qu'il nous

de titan dans Taffùt du lion, M. Gérard, dont le livre est d'ailleurs fort intéressant sous nombre d'autres rapports, l'opinion de M. Carette sur les bêtes féroces est la plus raisonnable et la seule répandue en Algérie. La confrérie de Saint-Hubert est donc aussi sujette à caution pour certaines exagérations de Nemrod, lorsqu'il s'agit d'un lion de TAurès, que d'un lièvre dans la plaine de Saint-Denis ou dans la plaine de Loos.

(*) La fameuse lutte corps à corps soutenue depuis par M. Bonbonnel a fait sensation dans toute la France. Ce valeureux Nemrod a^'«c son ami, M. Chassaing, sont maintenant les émules de M. Gérard dans l'affût du lion.

avait donnés sur les mœurs de la panthère, en brave combattant qu'il était, porté à exagérer la valeur de son ennemi, avait été plus dramatiques qu'exacts. Néanmoins, ils avaient frappé vivement notre imagination.

A la tombée de la nuit, près de l'Oued-Corso, M. A. . ., notre compagnon de chevauchée, brillant officier de l'armée d'Afrique, plein de cœur, mais, nous pensons, assez mal renseigné sur les bêtes féroces, nous dit de ralentir le pas pour tenir compagnie à j un pauvre garçon qui nous suivait de près sur un mulet avec clo- 1 chette, afin de le garantir des attaques de la panthère. Tout en nous empressant de remplir ce devoir, l'idée du prétendu danger que nous courions, nous fit tressaillir : il nous semblait voir briller comme des escarboucles, les yeux du monstre, dans chaque broussaille que nous devions côtoyer.

Nous [ne tardâmes pas à revenir bientôt de pareille crainte et, comme la plupart des Africains, nous avons marché nuit et jour, seuls et sans armes, par monts et par vaux, dans les sentiers les plus sauvages, près des fourrés qu'affectionne non-seulement la panthère, mais le lion : cela sans la moindre appréhension et, nous en sommes convaincus, sans la moindre témérité. - Pendant notre séjour à Tiaret, un lion venait souvent près des murs de la redoute, enlever une pièce de bétail au douar faisant le service du bureau arabe. Militaires, colons, indigènes ne s'en souciaient pas plus pour continuer leur promenade, que si c'était un simple lièvre. Nous avons complètement partagé cette confiance. Nous nous rappelons même avoir été prendre un croquis dans un endroit sauvage oii les indigènes prétendaient que le monstre avait sa tanière.

COIWJilEIVT II. FAUT ÉTCBIKR I.ES BÉTES FACTES.

D'oii viennent ces préjugés sur les bêtes féroces? Nous le pensons, d'études faites dans de mauvaises conditions. Les savants n'ont eu pour leurs travaux que les animaux des ménageries, sujets aussi aigris par la réclusion que ne Test le

chien attaché ; ou que les récits des voyageurs, écrits souvent sous l'impression des exagérations des guides intéressés, comme le signale M. de Humboldt : « Le pilote indien, qui s'exprimait avec assez de facilité en castillan, ne manquait pas de nous parler de couleuvres , de serpents d'eau et de tigres qui pouvaient nous attaquer. Ce sont, pour ainsi dire, des entretiens obligés lorsqu'on voyage de nuit avec les indigènes. En intimidant le voyageur européen, les Indiens croient se rendre plus nécessaires et gagner la confiance de l'étranger. » (Page 359, tome 2).

De là, les plus grandes erreurs d'appréciation.

Qu'on en juge par la manière dont certains savants parlent du tigre.

Buflfon a dit du tigre et après lui cent auteurs :

« A la fierté, au courage, à la force, le lion joint la noblesse, la clémence, la magnanimité, tandis que le tigre est bassement féroce, cruel sans justice, c'est à dire sans nécessité. Aussi le tigre est-il plus à craindre que le lion : celui-ci oublie souvent qu'il est roi, c'est à dire le plus fort de tous les animaux; marchant d'un pas tranquille, il n'attaque jamais l'homme, à moins ) qu'il ne soit provoqué ; il ne précipite ses pas, il ne chasse que quand la faim le presse. Le tigre, au contraire, quoique rassasié de chair, semble toujours altéré de sang ; sa fureur n'a d'autres intervalles que ceux du temps qu'il faut pour dresser des embûches.

« Le tigre est peut-être le seul de tous les animaux dont on ne puisse fléchir le naturel, ni la force, ni la contrainte, ni la violence ne peuvent le dompter. Il s'irrite des bons comme des mauvais traitements. Il déchire la main qui le [nourrit comme celle qui le frappe. »

M. de Humboldt, qui, lui, a vu le tigre comme on doit étudier eûtes les bêtes féroces, c'est à dire en liberté, au milieu des orêls vierges de l'Amérique, a exprimé des idées bien diflerentes ;

» Comme les tigres-jaguars sont bien nourris, ils atteignent jusqu'à six pieds de longueur. Les naturalistes savent aujourd'hui que Buffon a entièrement méconnu le tigre d'Amérique. » (Page 388, tome 1).

« Là où les buissons étaient le plus épars, nos chevaux étaient effrayés par le cri d'un animal qui semblait nous suivre de près. C'était un grand tigre qui rôdait depuis trois ans dans ces montagnes. Il avait constamment échappé à la poursuite des chasseurs les plus hard's : il enlevait les chevaux et les mulets au milieu des enclos; mais ne manquant pas de nourriture, il n'avait point encore attaqué les hommes. Le nègre qui nous conduisait, poussait des cris sauvages. Il croyait épouvanter le tigre : le moyen resta naturellement sans effet. Le jaguar, comme le loup d'Europe, suit les voyageurs, [même lorsqu'il ne veut pas les attaquer : le loup en plein champ dans les endroits découverts, le jaguar en côtoyant le chemin et ne paraissant que par intervalles dans les broussailles. » (Page 88, tome 2).

a Le nombre des matacans, ou petits daims, est si considérable dans les Llanos, qu'on pourrait faire le commerce de leurs peaux. Un chasseur habile en tuerait plus de vingt par jour. Les jaguars, ou grands tigres, sont aussi très abondants. » (Page 165, tome 2).

» La forêt étant impénétrable, nous eûmes la plus grande difficulté de trouver du bois sec pour allumer les feux près desquels les Indiens se croient en sûreté contre les attaques nocturnes du tigre. Notre propre expérience paraît disposer en faveur de cette > opinion; mais M. d'Azzare assure que, de son temps, dans le Par raguay, un tigre est venu enlever un homme assis près d'un feu qui était allumé dans la savane. » (Tome 2).

« Les Indiens nous montraient, dans le sable, les traces de trois tigres, dont deux très jeunes. C'était sans doute une femelle qui avait conduit ses petits pour les faire boire à la rivière. Ne trouvant aucun arbre sur la plage, nous plantâmes nos rames eu terre pour y attacher nos hamacs. Tout se passa assez tranquil-

lement jusqu'à onze heures de la nuit. Alors, il s'éleva dans la forêt voisine un bruit si épouvantable, qu'il était presque impossible de fermer l'œil. Parmi tant de voix d'animaux sauvages qui criaient à la fois, nos Indiens ne reconnaissaient que celles qui se faisaient entendre isolément. C'était les petits sons flûtes du sapajou, les gémissements des alouates, les cris du tigre, du conguar, ou lion américain sans crinière, du pécare, etc. Quelquefois, après un long silence, le cri des tigres venait du haut des arbres; et, dans ce cas, il était suivi du sifflement aigu et prolongé des singes, qui semblaient fuir le danger dont ils étaient menacés.

» Je peins trait pour [trait ces scènes nocturnes, parce que, embarqués récemment sur le Rio Apure, nous n'y étions pas encore accoutumés. Elles se sont répétées pour nous, pendant des mois entiers, partout oii la forêt se rapproche du lit des rivières. La sécurité des Indiens inspire de la confiance aux voyageurs. On se persuade avec eux que tous les tigres craignent le feu, et qu'ils n'attaquent pas un homme couché dans son hamac. En effet, les cas où ces attaques ont lieu sont extrêmement rares, et, pendant un long séjour dans l'Amérique méridionale, je ne me souviens que d'un seul exemple d'un Slaneroqui fut trouvé déchiré dans son hamac, visa vis l'île de Achaguas (Page 220, tome 2).

j> Les jaguars, comme de coutume, avaient passé le bras de rOrénoque, par lequel nous étions séparés du rivage; nous entendions les cris de très près. Pendant la nuit, les Indiens nous ivaient conseillé de quitter le bivouac, et de nous retirer dans une cabane abandonnée qui appartient aux canucas des habitants d'Aurès ; ils eurent soin de barricader l'ouverture avec des planches, •récaution qui nous parut assez superflue. Pi'ès des cataractes, les igres sont si nombreux que, deux ans auparavant, dans ces mêmes anucas de Panumana, un Indien, retournant à sa cabane, vers a fin delà saison des pluies, y trouva établie la femelle d'un tigre ivec deux petits. Ces animaux avaient habité la maison depuis lusieurs mois ; on eut beaucoup de peine à les déloger, et ce ne

fut qu'après un combat très opiniâtre que l'ancien maître put rentrer chez lui. Les jaguars aiment à se retirer dans les masures délaissées, et je pense qu'il est généralement plus prudent pour un voyageur isolé, de camper à la belle étoile, entre deux feux, que de chercher de l'abri dans des cabanes inhabitées. » (Page 294, tome 2).

COMiWEIVT OIV AFFUOMTE IIUPIJMÉIIEIVT CM TIGRE.

Enfin, M. de Humboldt, daixS le récit de son voyage, raconte les deux histoires suivantes, que nos amis, pensons-nous, reliront avec plaisir.

a Peu s'en fallut que cette excursion ne me devint funeste : j'avais eu constamment les yeux tournés du côté de la rivière ; ,mais en ramassant des paillettes de mica agglomérées dans le sable, je découvris la trace récente d'un tigre, si facile à reconnaître par sa forme et sa largeur. L'animal avait marché vers la forêt. Au moment où je dirigeai mes regards de ce côté, je me trouvai à quatre-vingts pas de distance d'un jaguar couché sous le feuillage épais d'un cerba. Jamais tigre ne m'a paru si grand!

» Il est des accidents de la vie contre lesquels on chercherait en vain à fortifier sa raison. J'étais très effrayé, cependant assez maître de moi-même et des mouvements démon corps pour suivre les conseils que si souvent les indigènes nous avaient donnés pour de pareils cas. Je continuai de marcher sans courir, j'évitai de remuer les bras, et je crus voir que le jaguar portait toute son attention sur un troupeau de capybara qui traversait le fleuve.

» Alors je retourne sur mes pas en décrivant un arc assez large vers le bord de l'eau. A mesure que je m'éloignais, je crus pouvoir accélérer ma marche. Que de fois je fus tenté de regardeï* derrière moi pour m'assurer que je n'étais pas poursuivi! Heureusement, je ne cédai que très tard à ce désir. Le jaguar était resté immobile. Ces énormes chats à robes mouchetées sont si bien nourris dans les pays qui abondent en capybara^ en pécari et en dainis, qu'ils se jettent rarement sur les hommes. J'arrivai

UN I^OIS DAN§ j.î: SyVBARA 229

hors d'haleine au bateau, je racontai mon aventure aux Indiens. Elle ne parut guère les émouvoir : cependant, après avoir chargé nos fusils, ils nous accompagnèrent vers le cerba, sous lequel le jaguar avait été couché. Nous ne le trouvâmes plus. Il aurait été imprudent de le poursuivre dans la forêt où il fiiut se disperser ou marcher en file, au milieu des lignes entrelacées. (Page 225, tome II).

HI<STOIRE PliVS IKTÉRESSAMTE POUR UME MÈRE

DE FAMIIiliE, QVE CELINE DC CHIEM RE RRISQVET

OU QUE CELIiE DU LIOM DE FliORE^CE.

La deuxième histoire est beaucoup plus curieuse :

« Les tigres et les jaguars, qui sont moins dangereux pour les troupeaux que les chauves-souris, viennent à Atures jusque dans le village manger les cochons des pauvres Indiens. Le missionnaire nous cita un exemple frappant delà familiarité de ces animaux, d'ailleurs si féroces. Quelques mois avant notre arrivée, un jaguar, qu'on croyait jeune, quoi qu'il fût d'une grande taille, avait blessé un enfant en jouant avec lui : je me sers avec assurance d'une expression, qui doit paraître étrange, ayant pu vérifier, sur les lieux, des faits qui ne sont pas sans intérêt pour l'histoire des mœurs des animaux. Deux enfants indiens, un jl garçon et une fille, de huit à neuf ans, étaient assis dans l'herbe, fiprès du village d'Atures, au milieu d'une savane que nous avons ilsouvent traversée. Il était deux heures après midi ; un jaguar port de la forêt, il s'approche des enfants en bondissant autour ^d'eux, tantôt il se cache dans les hautes graminées, à la manière ijjde nos chats. Le petit garçon ignore le danger dans lequel il se trouve ; il ne semble le connaître qu'au moment où le jaguar, d'une de ses pattes, lui donne des coups sur la tête. Ces coups, l'abord légers, deviennent de plus en plus rudes ; les ongles >')lessent l'enfant, et le sang ruisselle avec force. Alors la petite fille prend une branche d'arbre, et frappe l'animal, qui fuit ievant elle. Les [Indiens accourent aux cris des enfants, et

voient le jaguar qui se retire en bondissant, sans faiie mine de se mettre en défense.

» On nous amena le petit garçon, qui semblait vif et intelligent. La grifife du jaguar lui avait enlevé la peau du bas du front. Il avait une seconde cicatrice au sommet de la tête. Qu'est-ce que cet accès de gaîté dans un animal qui n'est pas difficile à dompter dans nos ménageries, mais qui, à l'état sauvage, se montre toujours farouche et cruel? Si l'on veut admettre que, sûr de sa proie, il a joué avec le petit Indien comme nos chats jouent avec les oiseaux auxquels on a coupé les ailes, comment expliquer la patience d'un jaguar de grande taille qui se voit poursuivi par une petite fille? Si le jaguar n'était pas pressé par la faim, pourquoi le vit-on s'approcher des enfants ? Il y a des choses mystérieuses dans les affections et les haines des animaux. Nous avons vu des lions tuer trois ou quatre chiens qu'on mettait dans leur cage, et en careeser, au premier abord, un cinquième qui, moins timide, prenait le roi des animaux par la crinière. Voilà de ces instincts dont les hommes ne connaissent pas le secret. On dirait que la [faiblesse inspire d'autant plus d'intérêt qu'elle se montre plus confiante. » (Page 329, tome 2).

liE CABACTÈRE DU TIGRE ROYAl. RESSEMBIiE A CELUI DU JAGUAR.

Et qu'on ne croie pas que le tigre du Bengale soit plus dangereux pour l'homme que le tigre d'Amérique.

Nous avons eu l'honneur, depuis notre retour en France, de faire connaissance dans une charmante famille belge, où nous allons souvent prendre le thé, d'un capitaine d'artillerie de l'armée des Indes, en congé en Europe. Les renseignements que ce monsieur a bien voulu nous communiquer sur le tigre du Ben- 1 gale, concordent parfaitement avec ceux que M. de Humboldt a donnés sur le tigre d'Amérique.

E.E!S FEVX. AliliVMÉS DAMS CM CAMP H'E SOMT QUE

DES PRÉSERVATIFS DOUTEUIK. COMTRE liES

Page 1