‹ Un mois dans le SaharaChapitre 2 sur 30 · I.K CAlIPKiflEMT · texte numérisé non relu

I.K CAlIPKiflEMT

J'étais encore plongé dans ces réflexions, lorsqu'au sommet de la crête d'un col , nous découvrîmes une jolie vallée dans laquelle nous aperçûmes un groupe de tentes arabes au milieu desquelles se trouvaient trois tentes à l'européenne: c'était notre gîte. Nos chevaux arrivés dans le cercle du campement, les spahis sautèrent à bas de cheval et s'élancèrent chacun à la bride des nôtres, puis pesèrent sur l'étrier gauche pendant que nous descendions par l'autre. Cela suivant la vieille coutume arabe, qui ordonre de tenir l'étrier aux gens de distinction.

Nous entrâmes dans notre tente. « Splendide! » dis-je à r»î. C... En effet, elle couvrait un espace de terrain de cinq mètres de longueur sur quatre de large; sa hauteur était de plus de trois mètres. L'intérieur était tapissé de larges bandes de fine laine de différentes couleui's sur lesquelles on avait placé de larges croissants d'autres nuances ; de superbes tapis arabes étaient étendus à terre: le tout, enfin, éblouissait de vives couleurs, harmonie de l'art oriental. A droite et à gauche, se trouvaient nos lits de cantine.

— C'est ainsi que nous serons installés pendant tout notre

voyage, me répondit M. C. . . Ainsi vivat, vous êtes ici cliez vous. Surtout, faites-vous servir convenablement pour qu'on dise que vous êtes un homme de grande tente. Sachez qu'il est ici de très mauvais ton de se livi'cr aux oioindres soins domestiques. Au reste, faites comme moi. Bonne, mon ordonnance, fera notre seivice de chambre; Tahar et le jeune nègre nous serviront à table; Bou-Médine vous tirei'a les hottes; Bou-Haîima fera votre service de route, vous tiendra l'étrier. — Prélassez-vous à l'orientale, et ne faites rien, pas même ramasser votre mouchoir quand vous n'auriez qu'à lever le bras.

— Soyez tranquille, je vais faire le pacha : on ne dira pas que je suis un mesquine (misérable, sans éducation, mot de sabir, fréquemment employé en Afrique). Cette indolence orientale a son charme, et je ne rirai plus à l'avenir, quand je serai de retour en France, d'Aboul-y-Fai', de la gracieuse pièce le Caïd, lorsqu'il demande l'une après l'autre, sa pipe, ses lunettes, sa tabatière, à son esclave Ali-Bajou: je vais le surpasser en exigences domestiques. Ce n'est pas tout, ajouta gracieusement M. C. . ., il faudra que vous acceptiez franchement tout ce que je vous offrirai ; par exemple, ce jeune ouache que vous voyez dans les mains de cet Arabe. Nous le laisserons ici téter tranquillement les chèvres, et nous le iirendrons au retour.

J'acceptai avec plaisir ce présent, et je voyais déjà le ouache courant dans le jardin botanique de Lille, oii il. aurait flatté la curiosité de mes chers compatriotes.

rie n'est pas pourtant que cet animal soit bien rare : beaucoup l'ont vu ou peuvent le voir dans bien des ménageries d'Algérie, à Alger ou Oran. Il est même, je crois, au Jardin des Plantes de Paris. C'est l'antilope d'Afrique, à peu près de la taille du cerf. (Pour plus amples détails, voir M. de Buflbn).

Notre petit camp se trouvait à l'extrémité de la vallée, sur la rampe de la colline à notre droite. En Afruiue, il ne faut jamais campei' dans les bas fonds: en été, ils sont affreusement malsains,

et il y fait une chaleur insupportable; en hiver, on peut y être noyé par les pluies diluviennes du pays, véritables cataractes tonil)ant du ciel. Nombre d'Européens ont été victimes de leur ignorance de cette précaution ; bien des régiments nouvellement arrivés de France ont failli être ensevelis par les eaux dans leur marche d'hiver et ont gagné des fièvres par les émanations paludéennes et les insolations dans les marches d'été.

Les indigènes s'installent toujours avec une grande intelligence ; profitons de leur expérience, ils sont nos maîtres en cela comme en presrpie toutes les choses qui concernent spécialement leur pays.

A peu près à 100 mètres de nous, commençait un cimetière arabe qui montait jusqu'au marabout placé, suivant l'usage, sur une cime dominant le pays.

IjA K.OIIBBA KT I^G eilIIlTIÈRE ARABE.

Ce que les Français appellent marabout et les Arabes koubba est un petit édifice carré, surmonté d'un dôme byzantin ; il est élevé par la piété des fidèles sur la tombe ou à la mémoire d'un marabout vénéré dans le pays. De même que le calvaire de certaines localités catholiques, il sert à la sanctification d'un cimetière. Pas de cimetière arabe sans koubba ; aussi, tout le pays de l'Islam en est-il parsemé. Ce sont les seules constructions indispensables à ce peuple pasteur.

Les Arabes de la campagne avec leur village de tente et leur vie nomade, n'ont pas, comme les habitants des villes, des mosquées au milieu d'eux. Ils vont conséquemment faire leurs dévotions à la koubba la plus proche de leur campement. On peut juger par cela, du grand rôle que ces édifices religieux jouent chez les Arabes.

On ne voudrait pas croire combien ces petits monuments formant des points blancs disséminés sur toutes les hauteurs d'un pays comme celui que nous [^eint la Bible, sans autres vestiges^ de construction, dans quelquefois plus de 50 lieues à la ronde ;

ombien ces pensées religieuses qui semblent de tous côtés s'éîver vers Dieu, portent l'esprit au recueillement et à la médiation. Pour peu qu'on ait de poésie dans le cœur, le génie d'un euple vous est bien vite révélé. Il est vulgaire chez nous, qu'il e faut pas être bien longtemps dans une cathédrale gothique, lour sentir la puissance d'abnégation religieuse de notre vieux atholicisme. Une heure dans les déserts arides de l'Islùm, fait espirer à pleins poumons l'atmosphère dorée de la religion mysique, voluptueuse, ardente, inspirant l'extase et le fanatisme du )rophète Mahomet.

Les cimetières arabes ont leur caractère original. Les morts lont enterrés dans une fosse très peu profonde : une coudée environ d'après la loi. A Alger et dans les grandes villes du littoral, e tumulus est maçonné de manière que tous, le riche et le pauvre, sont enfermés dans une petite construction qui forme une loge 3t qu'on ferme dès que le cadavre y est déposé. Sur la tombe, du 3Ôté de la tête, se trouve une petite pierre ogivple mauresque de 2 centimètres de hauteur, 1 centimètre d'épaisseur, sur laquelle est inscrit le nom du mort ; aux pieds, un petit vase pour faire les ablutions.

Dans les tribus, l'inhumation est plus ou moins bien soignée, suivant les moyens dont on dispose. Voici les prescriptions de Sidi-Krélil : « On doit fermer la fosse avec des briques crues ; à défaut, avec des planches ; à défaut de planches, avec des tuiles, ou des briques cuites, ou des pierres, ou des tiges de plantes arundinacées (telle que mais); ou en l'absence de tout cela, avec de la terre. Ces manières, ajoute le législateur, sont préférables à l'emploi du cercueil. »

Dans le cimetière que nous avions près de nous, les corps avaient été recouverts de pierres qui s'étaient cftbndrées beaucoup plus que cela n'arrive ordinairement chez nous, à la teire qui recouvre un moi't. J'aurais cru que les cadavres avaient été dévorés par les hyènes, si je ne m'étais l'appelé que Mahomet, pour attaquer la vanité humaine qui fait recouvrir notre dépouille

mortelle de somptueux tombeaux, a prescrit que le tumulus devait être à peine visible.

Pendant mon séjour en Algérie (qu'on veuille bien se rappeler que ce récit a été éciit en 'I85i), je n'ai vu qu'un seul enterrement d'indigène, encore c'était celui d'un pauvre. J'étais chez les Flittas(*), grande tribu qui occupe tout le pâté de montagnes entre Tiaret , Zamoura et Mascara. J'aperçus un *groupe d'Arabes chantant la prière des morts des Musulmans. Le spahi qui m'accompagnait, me dit que c'était un convoi funèbre. Je pris le galop et me mis à suivre religieusement le cortège. Quatre hommes portaient sur de longs ma tracs (bâtons arabes), le corps enveloppé dans des linges et dans une bière de branches d'arbres récemment coupées.

I.KS CHEFS IMDIGÈME^^ QUI ACCOlIPJkGIVEMT IJM CHEF DE BUREAU ARABE, EM TOURMÉE B'IMSPECTIOm.

Le caïd de la tribu sur le ten;ain de laquelle nous étions campés, avait négligé les ordres de M. C. . en n'amenant pas son douar près de nous. Cependant la diffa (repas de Thospitalilé) quMl nous offrit, fut très belle : un succulent mouton rôti entier, d'excellentes galettes , des ragoûts de poulet et de mouton assaisoimésde force felful (piment rouge), des gâteaux arabes trempés dans une sauce au miel beurré, puis le mets qui termine toujours les repas africains, le couscoussou. Ajoutons en outre qu'obligé de vivre à l'arabe avec les grands chefs, M. C..., pour représenter convenablement l'autorité française, avait pris avec lui le cuisinier de l'aga Caddour, cordon-bleu très renommé chez les indigènes du cercle.

Lorsque le dernier plat fut enlevé par Tahar , que le jeune nègre eût offert à chacun de nous l'eau de l'ablution, nous nous couchâmes nonciialamment sur les coussins dont nous étions environnés et aspirâmes avec délice l'enivrant parfum du Chebly (tabac maure) de nos cigarettes.

(*) Les Fliftas se sont insurgés contre nous en 1804.

Je m'abandonnais à ce doux far niente que donne une digestion agréable et facile, surtout en Algérie, où tout porte à Tindolence; puis tout en sirotant l'excellent café maure servi par ïahar et rallumant sans cesse de nouvelles cigarettes, je contemplais toutes ces têtes d'Arabes groupés autour de nous. M. G... racontait une histoire qui intéressait beaucoup nos commensaux. Leur figure était frappée de cette vive impression naturelle que l'attention donne aux enfants et aux campagnards. Les uns fumaient cette longue pipe turque, si vulgai'isée chez nous ; d'autres, plus heureux, le cigare : je dis heureux, parce que les Arabes aiment passionnément nos cigares. Nous en avions fait ample provision; mais M. G... ne les distribuait qu'aux grands chefs et aux inligènes auxquels il voulait montrer de l'affection.

D'abord se trouvait assis près de M. G..., Gaddour-ben-Daoud, îga de Tiaret. Un aga est un grand chef indigène au point de vue militaire et politique.

Le cercle de Tiaret se compose de deux agaliks : celui de Tiaret proprement dit, et celui du Djebel-Amour. On sait que l'Algérie est divisée en trois provinces dans chacune desquelles on distin- Ljue le territoire civil et le territoire militaire. Le territoire civil 3St administré comme la France et soumis aux mêmes lois, lormis quelques différences sous le rapport des impôts et sous le rapport des fonctionnaires : c'est, pour résumer en quelques nots, la continuation de la France sur la terre d'Afrique.

Le territoire mditaire comprend trois divisions commandées par des généraux de division sous les ordres d'un général de division ou d'un maréchal. Ghacune de ces divisions militaires forme des subdivisions, elles-mêmes fractionnées en cercles. L'officier chargé du commandement du cercle, est chef militaire 2i a sur les habitants civils, le pouvoir des sous-préfets. Les commandants de place sont maires, juges de poix, conunissaires le police. Gette centralisation du pouvoir dans les mains de l'autorité militaire, est nécessaire encore dans l'état actuel du

pays. Toutefois, on a mitigé le plus possible cette espèce d'état de siège, en fesant les Français et les Juifs passibles du code civil français, avec la faculté d'en appeler aux tribunaux civils des territoires civils, et en fesant jles indigènes musulmans passibles de la loi musulmane.

Pour raccorder l'administration des indigènes au grand faisceau militaire, on a institue les bureaux arabes. C'est au bureau arabe de chaque cercle que vient aboutir tout ce qui concerne les Arabe.i du cercle: police, administration, impôts, ordonnance du beylick français (gouvernement), exécution de la loi mulsumane, commandement militaire, exécution des décisions militaires. On peut donc dire que l'oftieier français, chef du bureau arabe, est, comme disent fort bien les indigènes musulmans, leur Hakem, c'est-à-dire leur grand chef. Souvent ils n'en connaissent pas d'autres, l'autorité française étant toujours forcée de passer par ces officiers pour arriver jusqu'à eux.

Dans le commandement et l'administration, le beylick français n'a pu encore faire diriger directement les Arabes par des agents français : il a dû se servir des chefs indigènes. La tribu, agrégation naturelle de tous les membres d'une grande famille musulmane, ou alliés à la famille, ce qu'étc.it un clan écossais, est commandée par un caïd (1). Chaque tribu est divisée en douar, village de tentes, composé des parents les plus rapprochés, vivant ensemble et ne pouvant se séparer sans la permission de l'autorité. Lorsque le douar a pris trop d'extension, on le subdivise encore en fercha (fraction), jouant alors le rôle de douar. Tout douar a son chef : le cheick (vieillard), nommé ordinairement par la djema (assemblée), et en cas de suspicion, par l'autorité française. Le cheick, aidé de sa djema, connaît de toutes les affaires du douar; c'est à peu près le maire chez nous et son conseil municipal, en ajoutant tous les droits et les devoirs de la

(1) Parfois on trouve en Alg'érie plusieurs ca'ids dans la même tribu; mais c'est une anomalie le plus souvent établie par nous^ pour raison politique.

famille, car, ainsi qu'on l'a vu plus haut, le douar est composé [le très proches parents.

Une réunion d'une quantité variahle de tribus, suivant les besoins de la centralisation administrative et militaire, forme un cigalik. Les agaliks réunis formaient, dans la hiérarchie indigène, le commandement d'un bach aga ou kalifat; les kalifats, unbeyick. Les Français ont supprimé le plus possible de grands chefs : l n'y a en Algérie presque plus de kalifats, ni de bach-agas, et m temps viendra, peut-être, où l'on se'passera d'aga.

D'après ces données, on voit que les agas sont puissants : ils commandent les gounis (contingents militaires indigènes), sont chargés de faire exécuter la justice musulmane et les décisions de l'autorité française, surveillent la rentrée de l'impôt, ont la direction des marchés et peuvent imposer des amendes jusqu'au chiffre de 500 fr.

Comme traitement, on leur donne une bonne part de l'impôt ; [)lus des appointements fixes, qui sont le germe d'une grande 'éforme; une taxe sur les marchés; une part dans les razzias ; une dans les amendes; d'immenses concessions de terrains quand ils en demandent. Ajoutez encore à tout cela, ce qu'ils reçoivent des tribus, tant en corvées qu'en argent ou en grains, îioutons, etc., et vous verrez qu'ils jouissent d'un revenu assez convenable. Le moindre des agas dispose aujmoins de 60,000 fr. ?ar an: trois fois les appointements d'un général de division, et vingt fois ceux de son supérieur immédiat, le chef du bureau arabe. Aussi trouve-t-on un contraste très grand entre la simplicité de l'officier français et l'opulence de son subordonné : on dirait d'Alexandre près de Darius vaincu.

Il y a dans l'Arabe, malgré la corruption qu'il a prise en se mêlant aux Numides {fides punica)^ un airlde fierté, de grandeur, [le noblesse qui charme toujours. L'agade Tiaret, Caddour-ben- Daoud, n'est certainement pas un des plus deshérités à cet égard. (Vcst un homme de 40 à 45 ans, aux yeux noirs et perçants, aux formes un peu rudes ; excellent et brillant cavalier, brave (offi-

cier de la Légion crhonneur),ardeiit, dévoué aux Français, quoique; affedaut, quand il le peut, un grand mépris pour leurs usages. I Je lui erois même un eœur excellent dans le sens européen du] mot. C'est l'avis'de M. C..., qui \oit en lui un ami sincère, l'avij de presque tout le monde à Tiaret, hormis pourtant des juifs poui lesquels, en véritable enfant d'Ismaël, il a une profonde aversion,] tout en se faisant voler par eux. C'est aussi le mien et j'en ai eu] preuve certaine. A Alger, quelques jours avant mon retour) en France, uie promenant sur la place du Gouvernement, je m'approchais de la balustrade d'où l'on domine le port, lorsqu'un Arabe au burnous en drap bleu, au haïe de fine étoffe du Maroc, tissé de laine et lamé de soie, s'élance à mon cou et m'embrasse avec une véritable effusion. C'était Caddour; je voulus lui témoigner mon alfection et je n'ai pas pu. Honteux aussitôt d'être sorti de son flegme oriental, il me regarda avec dédain, répondit presque durement à mes questions et il me quitta bientôt en refusant toutes les off'res de service que je lui fis.

Caddour est de la tribu des Douairs, d'oii sont sortis tous les grands chefs actuels, de la province d'Oran. Les Douairs et les Smélas, depuis des siècles agents du beylick turc, étaient les alliés naturels du beylick français, et lorsqu'une plus sage politique, cessant de les confondre avec les tribus»hostiles, nous fil leur tendre la main, nous pûmes compter sur leur dévouement. El-Hadj-Abd-el-Kader, le personnage populaire, n'eut pas d'ennemi plus acharné : leurs goums (contingents de cavaliers) combattirent pendant dix ans au milieu de nous, et leur caïd Mustapha, dont la vaillance avait été honorée par nous du grade de général, fut tué dans une razzia par les réguliers de l'émir.

A côté de l'aga, était Si-Abd-el-Kader, cadi du bureau arabe de Tiaret. Si-Abd-el-Kader a une figure dans le genre de celle qu'on donne :i Socrate et à beaucoup de j)iiiloso[>hes. ïdutes les lignes de sa face sont molles, l'ien de saillant, le bout de son nez acpiilin est aiVaissé mollement vers la bouche, sa lète est légère-

ment penchée en avant, et comme dans ce type si connu que nous n'avons pas besoin d'esquisser davantage, son dos est légèrement voûté, ses bras longs, son ventre proéminent, ses autres formes lourdes. Cependant avec tous ces traits d'homme placide, cet excellent et savant cadi a un œil noir qui rayonne parfois d'une ardeur belliqueuse, et on verra plus loin qu'il sait faire parler la poudre aussi bien qu'écrire un kteb (acte, écrit arabe).

Pour être un légiste de force ordinaire, il faut, chez nous, de nombreuses années d'études. Notre législation pourtant, n'embrasse pas comme l'islam, tout ce qui régit l'homme, toutes ses moindres actions. Nos lois religieuses n'ont plus de sanction sur la terre ; nos médecins traitent seuls de l'hygiène privée. . . La loi musulmane connaît de tout, s'occupe de tout : code civil, code religieux, code politique, code de commerce, code d'hygiène. Le législateur a tout prévu et toujours il a sa solution prête, ses peines terrestres pour toute action contraire à ses lois religieuses, hygiéniques, civiles, etc.

Ainsi, pour citer exemples, voulez-vous vous désaltérer? Si vous buvez de cette eau stagnante, ou celle de ce ruisseau qui porte un chien mort en amont de vous, vous violerez la loi. Ayant fait cela, vous paierez l'amende si l'autorité sait votre action; à défaut, vous serez poursuivi par la vengeance divine. Tremblez si vous n'avez pas fait les jeûnes prescrits, dit les cinq prières obligatoires chaque jour et fait vos ablutions, etc.: vous avez près de vous, prêts à vous frapper, le glaive de la justice humaine et celui de la justice divine.

Sans approfondir cette thèse pour le moment, il ressort de ce qui est déjà posé, que l'étude de la législation musulmane est très longue et difficile, et qu'on peut donner la qualité de savant à ceux qui y sont versés. Nous ne voulons pas dire, cepemlant, que tous les cadis soient légistes érudits, mais (pi'il s'en trouve, comme chez nous, nous avons des Trolong parmi nos hommes

de loi. Nous croyons qu'Abd-ol-Kader peut être cité dans cette catégorie. Au reste, nous le verrons à l'œuvre.

Plus loin, les jambes étendues, la tête appuyée sur son bras musculeux, était nonchalamment couché, fumant un cigare, Abd-el-Kader-ould-Froun, jeune kalifat (lieutenant) d'un caïd des ould chérifs. Les ci'iérifs se vantent de descendre en droite ligne de Fatma, tille du prophète; aussi, tous ceux qui portent ce nom, sont-ils vénérés par les Arabes du Maroc et par les Arabes de la province d'Oran. Mais leur prestige aristocratique diminue à mesure qu'on avance vers l'Est, de sorte qu'à Tunis, ils n'ont déjà plus que le pouvoir de simples marabouts. Cette diminution d'influence à] mesure qu'on se rapproche du grand foyer musulman, ferait douter de leur orjgine,|si on ne se rappelait les grandes luttes suscitées par la succession de Mahomet. L'empereur du Maroc est un chérif. Tous les ambitieux ou les fanatiques qui lèvent l'étendard de l'insurrection se disent de cette famille: Bou-Maza se faisait appeler le chérif Mohammed-ben Abd-Alla ; le chef actuellement (1854) insurgé dans les environs de Ouergla, a pris le même nom ; et plus loin, on verra que El-Gharnough, le marabout de Djebel-Nador, a dû se parer également du nom de chérif pour agir sur l'esprit des Arabes.

Notre jeune kalifat est donc de la plus haute noblesse arabe. Il£St vrai de dire que son alliance avec les infidèles lui a fait perdre, dans les douars, une bonne partie du prestige de son nom. C'est un excellent garçon, très caressant, à l'œil malin, plein de finesse d'esprit, un peu gourmand, un peu avare, bon cavalier, ardent chasseur, dont l'œil flamboie en apercevant une femme, quoiqu'il ait laissé dans sa tcute ses trois épouses éplorées de son absence. Le capitaine l'avait invité à nous accompagner et, en véritable enfant d'Ismaël, il était venu au rendez-vous, avec son meilleur nioukala (fusil)|et ses deux slouglis (lévriers).

IMPOIlTAIVCl!: UK|li'HlCiBÎv^E CI.IllATÛRIQUf:

J'ai dit que tout le groupe d'Arabes écoutait avec beaucoup

d'attention nos causeries. M. C... nous servait d'interprète. Enfin le sommeil nous gagna : nous nous couchâmes dans nos lits de cantine.

Les nuits d'avril sont très fraîches en Algérie. Le lendemain, à cinq heures, lorsque nous nous habillâmes pour nous mettre en route, je sentis des coliques assez intenses et les yeux me cuisaient. Je fus, en prenant du café, débarrassé radicalement des coliques; l'ophthalmie ne disparut qu'au milieu de la journée. On me conseilla de ne plus coucher sous la tente sans me couvrir la tète et les yeux; je suivis désormais ce conseil, et m'en suis toujours bien trouvé.

Une des principales considérations dont tout voyageur doit se préoccuper sans cesse, pendant un séjour même très court dans tout pays sortant de la latitude sous laquelle il a été élevé : c'est celle de ne pas s'écarter des principes d'hygiène particuliers au climat.

On sait combien est grave la question d'acclimation dans une contrée peu explorée : l'Algérie a eu pendant longtemps la réputation la plus déplorable sous le rapport de la salubrité.

Contrairement à ces données douloureuses, résultant des premiers temps de l'occupation, d'oii vient que le chiffre officiel de mortalité pour les circonscriptions les plus mal notées, est actuellement inférieur à celui de nombre de villes dans la métropole? Cet excellent résultat provient non seulement du dessèchement des marais et des plantations d'arbres, mais encore, surtout, de ce que l'hygiène climatérique est parfaitement connue par suite des remarquables études de toute une pléiade de médecins distingués, tels que M. Perrier de la commission scientifique, et qu'en outre, une triste expérience a rendu populaires, parmi .nos colons et nos militaires, les principes dégagés par la science.

Nos amis qui liront à la Bibliothèque de Lille, le livre du docteur Perrier, seront bien étonnés, comme nous l'avons été, de voir ressortir des renseignements donnés par ce savant, ce fait

3i UN MOIS DANS LE SAHARA

caractci'istiquc foi'l remarquable: il fiuit pour jouir d'une bonne sanlé eu Al^^érie, prendre aux Orientaux leurs vêtements, leur manière de vivre et leur liabitalion.

C'est que dans chaque pays, les indigènes, par suite d'une longue tradition défaits hygiéniques, sont pratiquement arrivés par la force des choses, à suivre les meilleures conditions climalériques. Pas de miJieu pour nn peuple qui veut s'implanter: ou l'ctiolement et la mort, ou les lois sanitaires de la région.

On sait que les Hollandais ont fait à cet égard, pendant un siècle, une triste expérience à Batavia. Ils construisaient et vivaient à la néerlandaise, manière admirable pour les pays bas et marécageux qui environnent Amsterdam, Rotterdam et La Haye, mais déplorable dans les régions équinoxiales. Aussi, la probabilité de vie d'un émigrant ne dépassait-elle pas alors un nombre si limité d'années, qu'on en était effj'ayé et qu'on n'osait pas le rendre public. Depuis ce moment, nos voisins ont mis leur colonie complètement au régime des tropiques, et elle a été, à partir de , cette époque, dans son genre, aussi salubre que n'importe quel pays.

Celte loi climatérique, qui à première jvue semble fort simple, et pour laquelle la nature parle avec la plus grande énergie, par exeniple, par les cheveux crépus el la peau huileuse du nègre, par les cheveux plats et le tissu graisseux des Esquimaux, n'est pourtant pas, dans la pratique, admise par nos chers nationaux, aussi complètement qu'on le désirerait; à cause de l'idée suivante bien fondée sous nombre de rapports, mais aussi absurde que possible sous d'autres: nous sommes à la tête- de la civilisation, donc nos usages sont les meilleurs en toutes circonstances et en tous pays.

Pei'dre certaines habitudes françaises, nous disons-nous, sous quelque latitude que nous vivions, c'est se condamner au ridicule, et dans toute société française, le ridicule tue.

A Alger, connue probablement à Pondichéry, à Karikal, à la Pointe-à-Pitre, ce préjugé subsiste, et, ce qui est plus grave,

parce que pour eux le confoi'table n'atténue pas les effets meurtriers du climat, nos colons et nos soldats eux-mêmes éprouvent cet entraînement regrettable vers les habitudes de la mère-patrie. Ainsi, pour ce qui concerne l'hygicne de l'Algérie, nous engageons vivemement nos concitoyens qui voudraient entreprendre un voyage en ce pays, à lire, avant de se mettre en route, les auteurs qui traitent de ce sujet, le docteur Perrier, le docteur Bertherand, notre compatriote, etc.

En outre, nous croyons qu'il faut tenir un compte sérieux des prescriptions musulmanes. M. Daumas, dans son précieux livre, le Grand Désert ^ qui est, comme on sait, rédigé d'après les renseignements les plus intimes pris aux indigènes, en indique un certain nombre dont il est essentiel de se préoccuper.

Dans notre toute petite sphère, nous avons été assez heureux pour glaner quelques-unes de ces maximes, que nous nous sommes empressés, pour notre plus grand bien, d'appliquer à noire usage, et que nous recommandons à l'attention.

« La sobriété en route, c'est la vaillance. — L'homme est comme une plante : si tu le fais boire et que tu l'exposes au soleil, lise dessèche. — £i tu veux que ton cheval soit dispos, ne lui donne pas à manger pendant la marche. Un cheval repu a besoin de sommeil. Pendant la digestion, le coursier le plus rapide de rUyemen peut être vaincu par une rosse. »

M. G. . . était trop expérimenté pour ne pas suivre en loute ces bienfaisantes prescriptions. Nous avions donc pris, dès notre lever, noire tasse de café et notre morceau ^!e pain traditionnels. L'aga, le kalifat et le cadi, qui étaient venus partager notre collation, étaient alors en conférence avec leur chef.

11 est étonnant combien l'esprit se ressent du i^iilieu daîis ]'^quel il se trouve ! Froide en Aniiieterre, sceptique cmi Franco, \ tète 'devient ardente d'imagination dans les trin^s de l'islar . Etait-ce le })ressentimeut des dangers qu^» nous allions courir .t la (in de notre voyage? était-ce cette espèce d'hallucination qu'oii

éprouve parfois dans le Sahara, le raagle, qu'a si bien dépeint M. Fromentin dans sa spirituelle relation de voyage à Lagtiouat; ou bien le leflet d'un fil ronge de la tente dessiné par les premiers rayons du soleil levant? Il me sembla qu'une ligne rouge comme la trace sanglante d'un yatagan ai'abe, entourait le cou de chacun de mes compagnons de route groupés dans la tente. Je tressaillis ! Un Romain aurait interrompu son voyage. . .

COMMEMT DAMS I^E f^AHARA OM SAIiVE liES HOTES DE DISTIWCTIOM.

Heureusement, M. G... me tira aussitôt de mon triste rêve. « A cheval, me dit-il, nous allons aujourd'hui dans la tribu du caïd qui n'a pas accompli mes instructions. Je crains qu'il n'ait voulu me cacher quelques méfaits de son douar. Nous allons allonger un peu notre chemin; mais cela nous fera voir un peu plus le Nador. »

Notre troupe franchit quelques crêtes couronnées de lentisques, de chênes verts, de genévriers Nous vîmes deux ou trois vallées dominées par des ruines de châteav.x romains. Les ruisseaux d'eau claire et vive que nous traversions à chaque instant, indiquaient un pays appelé à de grandes destinées économiques , lorsque la colonisation fera définitivement la conquête de l'Algérie.

Tout à coup, au milieu d'un défdé, nous vîmes arriver deux cavaliers arabes, galopant vers nous, avec cette vitesse qui fascine toujours le nouveau débarqué d'Europe habitué qu'il est à l'allure paisible de nos chevaux. Cette fois plus que jamais, je fus impressionné. Je vis les longs fusils décrire un cercle étincelant au-dessus de la tête des indigènes; j'entendis armer le chien : deux coups de feu partirent h trente pas de nous. Mon cheval bondit, mon cœur battit plus vite. .. Les deux coursiers, les flancs ensanglantés, s'arrêtèi'ent subitement avec cette promptitude qui est un des grands secrets de l'équitation arabe. Puis les cavaliers

sautent en bas de leur cheval, vont baiser la main de M. C. . . et nous nous remettons en marche.

— Ces messieurs ont une singulière manière de saluer , dis-je à M. C. . ., je vous avoue franchement qu'au premier aspect, je n'ai pas cru qu'ils étaientjde vos amis.

— Us ont fait un peu de fantasia en notre honneur; mais c'est une réception mesquine. Dans les tribus du sud la poudre parlera beaucoup mieux. Cette rencontre nous annonce l'approche du douar oîi nous allons déjeuner; puis je m'occuperai de mes affaires, et comme il ne fait pas trop chaud, nous partirons vers midi pour arriver de bonne heure à notre campement de la nuit.

liG SCORPIOM

Le déjeuner était splendide : mouton rôti excellent, trois espèces de ragoût, gâteaux au miel, bon couscoussou. Après avoir pris une tasse de caoua (café maure), j'allumai un cigare et je gravis la montagne à notre gauche. Sous une pierre que je ramassai, je trouvai une espèce d'insecte indéfinissable : écrevisse par la forme des palpes et du corps, araignée par les poils et l'aspect terreux, d'uile couleur brun verdâtre, ayant une queue fort mobile longue d'un pouce et de la grosseur d'un petit doigt. Je reconnus le scorpion. Le genre de l'Algérie est, nous pensons, le même que celui d'Egypte, si nous jugeons d'après le sujet que M. Beneck a rapporté à notre musée d'histoire naturelle. On a, croyons-nous, beaucoup exagéré les effets de la morsure de cet arachnide. Néanmoins, elle peut être très dangereuse dans certaine partie du coi'ps et lorsque l'animal est dans des conditions particulières. Dire qu'elle peut être mortelle comme nombre de personnes l'ont prétendu, nous n'oserions, n'ayant été témoin d'aucun accident.

Le scorpion n'existe que dans la campagne et dans les endroits exposés à la plus grande ardeur du soleil. Le jour, ils sont tapis sous une pierre dans une toute petite galerie qu'ils se sont crcu-

sée; la nuit, ils sortent pour chcrchei" leur nourriture, composée de larves et de vers. Pendant mon séjour en Algérie, je n'ai retrouvé qu'un autre sujet. J'étais en tournée dans les environs d'Annni-Moussa. Avant de se coucher, mon compagnon de route, le capitaine L. . ., leva un vêtement près de son lit et découvrit une de ces affreuses bêtes se pelotonant sur elle-même. M. L. . . gronda les spahis : ils n'avaient pas bien fait leur devoir. Avant de dresser une tente, on doit lever toutes les pierres pour s'assurer qu'il n'y a pas de scorpions cachés.

ÉDUCATION ET CASiACTÈRE DU CHEVAI. ARABE.

M. G. . . ayant terminé ses affaires, commanda le boute-selle. Je m'élançai sur NégrOy clieval appartenant à mon frère. Les chevaux arabes sont d'une douceur admirable avec tous les hommes, quoiqu'ils préfèrent de beaucoup l'indigène à l'Européen. On ne peut se faire idée du pouvoir de l'Arabe sur les animaux élevés dans les douars. Le seul son de la voix fait marcher un chameau; un mulet qui a résisté pendant une heure aux coups de bâton d'un Français, obéit de suite au premiers coups de corde d un enfant d'IsmaëJ. Les moutons, les bœufs, les chèvres se massent de snite lorsqu'il ordonne: cela est admirable. Mais c'est surtout le cheval, ce noble animal, le compagnon de tous les jours de l'habitant du Sahara , qui étonne par son amour pour son maître et pour ceux qui lui rappellent son enfance. Souvent le cheval que vous montez, hennit de plaisir en voyant à l'horizon doi'é du désert, poindre un burnous.

L'intelligence du poulain n'est pas, comme en Europe, abrutie par mille systèmes d'éducation : il n'y en a qu'un seul dans tout l'Islam. Aussi, dès que vous connaissez un cheval arabe et son allure, vous connaissez le caractère et l'allure de presque tous les chevaux arabes.

Dès sa naissance, il est l'objet de la tendi'e sollicitude de tout le douar; il partage avecles agneaux et les chevreaux les caresses

de la famille. Les nuits sonl-clles froides ? on lui donne la meilleure place auprès du brasero. C'est le fovori des enfants, l'ami de la ménagère et l'espoir du mari. Il a dans la famille musulmane, la place que le chien a chez nous. Est-il étonnant que son amour pour l'homme croisse avec sa taille et qu'il devienne plein d'affection pour son maître? Comme tous les Européens, nous avons souvent été effrayé, dans les premiers temps de notre séjour, en voyant dans les douars, de tout petits enfants se coucher sous les pieds des chevaux ardents, avec un abandon qui aurait eflrayé une mère européenne Et cependant cette même mère laisserait sans crainte son fds jouer avec un énorme chien du Saint-Bernard ou autre qui, d'un coup de dent, pourrait briser le petit bras rose, objet de tant de caresses. La mère arabe, qui a certes tout autant d'amour dans le cœur que la femme française, a confiance dans l'affeclion du cheval, comme on l'a chez nous dans celle du chien. Nous nous sommes donc promptement habitué à ce spectacle. Mais il a considérablement augmenté notre profonde admiration pour la douceur qui caractérise la race barbe, et nous a donné la conviction intime que les vices de nos chevaux viennent, le plus souvent, des suites des mauvais traitements, ou d'une sauvagerie produite par un long abandon dans les pâturages, pendant la jeunesse.

Malheureusement, les chevaux arabes, comme tous les animaux qu'on ne mutile pas, ont de la haine pour les individus du même sexe : ils se battent, lorsqu'on les laisse s'approcher, avec un acharnement déplorable. En roule, on ne peut approcher de moins de plusieurs mètres, d'un compagnon de voyage, sans tenir vigoureusement sa monture, par la bride et les jambes. Un accident peut arrivei', surtout si la vue des juments a surexcité cette fougue belliqueuse.

Dans ce cas, si l'un des cavaliers ne domine pas complètement sa monture, elle s'élance avec furie sur le cheval voisin, mord sa crinière. L'autre hennit avec rage, lance un vigoureux coup de pied.

Alois, comme deux coqs de combat, ils se précipitent l'un sur l'autre, perdent tout sentiiiient autre que la rage, se mêlent dans une lutte coi'ps à corps, roulent dans la poussière... Les indigènes se tirent facilement de pareille aventure. Les chabirs, éperons terminés par une pointe effilée (voir au musée Moillel) de plus d'un décimètre, ramènent promptement les combattants à la sagesse; mais cette furie échappe aux moyens de répression que notre équitation flamande, par une sollicitude extrême, craint toujours de voir trop violents. Si en pareille occurence, vos éperons ne sont pas très pointus, prenez garde, vous pouvez sortir de là avec une j ambe es sée, ou peut-être pis.

Malgré les observations de mon frère, puis celles de M. C. . ., qui faisait la grimace lorsque je venais trop près de lui, j'eus l'imprudence de laisser Négro approcher de Grazaly monté par l'aga Caddour. Aussitôt les deux chevaux s'élancèrent l'un sur l'autre. Caddour frappa du chabir droit, et son cheval bondit do côté en abandonnant le champ de bataille. Je fus moins adroit : je tins Négro trop en bride. 11 se mit à tourner sur lui-même avec une grande rapidité, et si je n'avais pas lâché les rênes aussitôt, comme me le prescrivit M. C. . ., nous roulions tous deux à terre.

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