‹ Un mois dans le SaharaChapitre 20 sur 30 · APPROXIMATION POUR VINGT ANNEES · texte numérisé non relu

APPROXIMATION POUR VINGT ANNEES

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li'AFFCT DU I.IOM.

Posons à nos amis une question. Les attaques des félis, comni nous venons de l'exposer, si rares pour notre espèce, ne vien draient-ellcs pas presque toujours de la faute de Thomme qui ei est victime? C'est notre opinion. Qu'on veuille bien se rappelé le caractère du félis qui vit au milieu de nous, le chat et sa sen sibilité nerveuse : jamais il n'oublie un mauvais traitement, et 1 simple aspect de certaine personne suffît pour le faire tuir. Aug meniez sa taille et sa force, faites-en un tigre: au lieu de cet ai si expressif qui indique l'effroi uni à la colère, n'auriez- vous pa l'attaque nocturne surnoisement préparée pour celui qui a noy les petits, froissé la patte ou la queue, fait poursuivre par so chien, ou jeté une pierre ?

Cette indifférence pour l'homme qui ne s'est pas encore montr ennemi, fait que la chasse à l'affût, malgré les qualités extraordi naires qu'elle exige, prudence, adresse, sang-froid, est la manier la moins dangeureuse de chasser le lion. Le roi des animaux n' pas d'odorat; le Nemrod peut impunément attendre son ennerr en silence et bien abrité. Il s'agit de ne pas manquer son coup d fusil si l'on tire, car malheur, cent fois malheur à l'assaillar maladroit.

/^ Disons en passant que MM. Gépard, Bonbonnel, Chassaing ii sont pas les seuls chasseurs qui, en Algérie, vont à l'affût du lier nous avons entendu citer plusieurs noms d'Européens et d'indi gènes qui comptent aussi des exploits de Nemrod. On nous montré à Miliana un nègre qui avait délivré le pays de plusieui de ces hôtes désagréables, avec son mauvais fusil kabyle.

Si la chasse à l'affût du lion est possible pour un homme ra sonnable, il n'en est pas de même de la battue : c'est quelqi chose de terril)le dont on se fait généralement peu idée. Nor allons essayer d'en tracer une esquisse d'après ce que nous avoi appris et vu sur les lieux.

l,Jk BATTUE DU lilOM.

Croyez-le, il faut être bien vigoureux pour assister sans trembler à pareil spectacle! Qui n'a pas vu un chat poursuivi, acculé dans un coin, voyant la mort lui arriver par nombre de bâtons levés sur sa tête? Rien n'est plus effrayant! Les yeux lancent des éclairs la peau scintdle, les ongles s'impriment dans la terre.

Les bonds frénétiques sont quelque chose de fabuleux : gare à l'imprudent assaillant qui se découvre à portée ! Qu'on multiplie cette résistance du chat parla proportion du lion; qu'on multiplie encore par le chiffre de force relative de l'animal le plus vigoureusement organisé de la création, celui dont un simple coup de queue brise la jambe à- un homme. Cette lutte devient alors quelque chose d'horrible qu'une plume modeste ne doit pas chercher à peindre.

Cette chasse, cette ivresse de grand seigneur, mais digne des barbares, n'a pas lieu souvent en Algérie. C'est fort heureux : il y a toujours plusieurs victimes* Nous sommes arrivés à T. . . le lendemain d'une de ces débauches de chasseurs ; malgré les précautions prises, trois indigènes avaient été tués : deux pendant la lutte, le troisième en donnant le coup de grâce. L'animal expirant avait eu encore la force de soulever la patte : l'Arabe était tombé raide mort. La griffe avait traversé le burnous, le haie, les deux chachïa (calottes), le crâne, et avait fouillé le cerveau. /

En outre, nous avons assisté plusieurs fois aux environs de [.M. . . , à des préparatifs pour la battue du lion. Le colonel B. . . a 'la manie de cette chasse. Mais, soit manque de chance, soit mau- Ivais renseignements donnés à dessein pour empêcher la réussite, |la colonne n'apportait chaque fois, comme trophée, qu'une provision considérable de sangliers, dont toutes les cuisines de la ville so trouvaient infectées pendant quelques jours (Le porc, dans. ! l'intérieur de l'Algérie, se vend 1 fr. 60 c. le kilog., le sanglier 40 c); jamais elle n'apportait de lion.

Le matin au lever du soleil, de tous les points de l'horizon arri-

valent à l'endroit indiqué, des Arabes, fantassins et cavaliers, requis pour la battue, le fusil sur Tépaule; puis un bataillon d'infanterie française avec des armes de précision ; puis un escadron de cavalerie; puis le groupe des chasseurs: toute une armée pour chasser une pauvre béte. Ce luxe de satrape, les dangers courus par les malheureux Arabes qui battaient les broussailles pour lever le lion, tout cela nous serrait le cœur; et en apprenant le résultat négatif, nos meilleurs vœux étaient remplis.

LA VRAIIB RRATOURE.

Ce qui fait surtout le danger de la chasse au lion, c'est la persistance de la bête à poursuivre celui qui a frappé, jusqu'à ce que la vengeance soit complète, pour s'acharner ensuite contre l'assaillant qui s'est le plus distingué, et ainsi de suite. Ce sang-troid dans la défense au milieu des attaques les mieux organisées, est le caractère du vrai courage.

Dans les luttes que soutiennent entre eux les enfants, souvent nous avons cherché à nous rendre compte d'oii provient l'in • fluence prise par quelques-uns : nous avons toujours constaté qii6 cela venait de ce même fait. N'en est-il pas de même dans tous les actes de la grande comédie humaine ? L'homme qui défend ainsi son dizoit, sera respecté. Il ne sera pas comme le taureau, animal brave, mais manquant de calme, et qui succombe facilement parce qu'il perd de vue le but de ia lutte. Sa fureur contre celui qui vient de le blesser est affreuse, ses yeux sont pleins de sang, sa bouche pleine d'écume. Il s'élance terrible à la poursuite. Mais une autre blessure le frappe ; il se retourne plus furieux encore sur le nouvel assaillant. On brave ainsi impunément par des attaques successives, rapides évolutions, la colère de l'animal. C'est un simple jouet qu'on brise lorsqu'on est fatigué. A l'heure donnée par le programme, le coup est porté sûrement et à l'endroit choisi, aux a[)plaudissenients d'une foule ivre de plaisir (*).

C) Notre étude sur la race féline est un peu longue: cette matière est

liA GADA.

Le lendemain matin, lorsque nous nous disposions à quitter El'Gricha, nous trouvâmes le caïd entouré de quelques notables qui désiraient augmenter leurs irrigations. Ils prièrent M. G. . . de jeter en passant un ooup-d'œil sur l'Oued M'ra pour leur désigner l'endroit convenable. Ils nous suivirent à cheval. Le capitaine donna de sages conseils auxErGrichains,qui promirent de faire de suite le travail indiqué.

Après avoir reçu les adieux de ces braves gens, nous nous enfonçâmes dans le Djebel-Amour.

Nous parcourûmes pendant quelque temps le pays le plus accidenté qu'on puisse imaginer. Nous vîmes des sites qui auraient charmé Salvator Rosa; des massifs d'arbres centenaires, dont plusieurs avaient des racines infdtrées jusqu'au rocher sur lequel glissaient les pieds de nos chevaux. Nous côtoyâmes pendant quelque temps le contour de La Gada, ce vaste plateau refuge défensif dont parle M. Daumas, qu'une catastrophe volcanique a soulevé du sol. Comme au plateau delà Ghersonnèse, sur lequel tant de regards sont attachés en ce moment, {*) le mur qui circonscrit les bords, est à pic : celui que nous avions sous les yeux est élevé en moyenne de* plus de dix mètres et sa surface polie comme un miroir, est infranchissable sans engins. Nous eûmes la chance de passer au pied de la seule entrée par laquelle on peut monter sur ce plateau : quelques hommes déterminés la défendraient contre une armée entière. Elle a été creusée par l'écoulement des eaux tombées sur le plateau depuis la catastrophe géologique.

d'après nous, un sujetdes plus intéressants, parce que les préjugés répandus sur elle peuvent avoir des résultats fâcheux. On nous racontait dernièrement encore qu'un chasseur novice avait eu la folie de tirer sur un lynx, animal petit, mais terrible comme tous les félis, avec du plomb à lièvre. Fort heureusement le coup a fait balle; l'animal est tombé raide mort : sans cela l'imprudence eut été payée fort cher.

(*) Novembre 1854.

UME I^ÛGENDi: nfAHOMÉTAlVE.

Plus loin, nous trouvâmes une pierre taillée à pic rappelant à peu près la forme d'un chameau. Cette pierre est très vénérée dans le Djebel-Amour. Une vieille chronique de l'Islam raconte que Mahomet transforma un jour un de ses chameaux en rocher. La légende, obscure sur bien des détails, comme toutes les légendes, a oublié de désigner le lieu du miracle. Aussi, trouve-ton de par l'Islam, un nombre infini de localités qui disent posséder la précieuse pétrification. Le Djebel-Amour a la sienne. Il n'était pas difficile dans ce pays si tourmenté, avec ses rocs à formes fantastiques, à la vive imagination des Arabes, de trouver l'animal célèbre. Le roc près duquel nous passions avait eu l'honneur du choix.

Nous traversâmes des ravins profonds qui contenaient dans leur sein des ruisseaux limpides. Nous vîmes une rivière salée, un schott (lac salé). Le pays nous a semblé riche en minéraux de toutes espèces, et nous aurions voulu que notre hiarche fut moins rapide, pour prendre des échantillons. Nous croyons que le Djebel-Amour aura un grand avenir métallurgique, lorsqu'il sera un peu exploré, ce qu'on n'a pas encore fait. Ce pays est tellement vierge de touristeque, pendant la fin de la journée, nous parcourûmes même une contrée complètemeut inconnue aux Européens. Cela nous fit ressentir les ravissements délicieux que donnent toujours les découvertes. Nous vîmes avec peine fuir derrière nous les crêtes des montagnes du massif : nous aurions désiré dépenser beaucoup de temps dans ce charmant pays.

ABAISfSElUEllT SUBIT »E TEMPÉRATURE APRÈS UM ORAGE.

La chaleur avait été grande; l'atmosphère était lourde ; de gros nuages sombres annonçaient l'orage. 11 nous saisit dans les derniers contreforts du Djebel-Amour. Fort heureusement, avant

qu'il ne crevât sur nos têtes, nous étions dans notre campement du déjeuner. On l'avait placé dans une verte prairie, près d'un ruisseau coulant sous une voûte de lauriers roses, ce qui annonce toujours en Algérie une eau abondante et perpétuelle.

La pluie tomba ,par torrents. Quelques instants après, nous fûmes témoins de ce changement subit de température qu'on remarque souvent dans le pays, après un orage. Dire de combien de degrés, nous ne saurions : nous n'avions pas de thermomètre. Mais il y avait certainement une différence considérable : j'avais froid et je fus obligé de me vêtir de mon burnous noir. On voit encore par ce fait, combien il est essentiel, en Afrique, de proscrire complètement les vêtements de lin, et l'intelligence avec laquelle est taillé le costume indigène.

Nous venons de parler du burnous noir arabe. C'est un vêtementprécieuxd'assez grande valeur etdonttout Arabe s'empresse de faire empiète lorsqu'il peut disposer de trente douros(150 fr.), somme nécessaire à l'achat en qualité assez convenable.

Les Européens circulant dans les tribus, apprécient rapidement l'excellence du burnous noir. Comme chaleur valant plusieurs couvertures et d'un poids relativement assez léger, il possède, en outre, l'inestimable' avantage d'être imperméable à la pluie. Un Arabe enveloppé dans ce vêtement confortable, peut braver l'intempérie non seulement à cheval, mais même campé sans abri. Nous avons fait nous-même l'expérience, couchés sur la terre mouillée : l'humidité ne pénètre pas le burnous noir.

Que d'auteurs ont parlé de la tente on poils de chameau ! Le poil de chameau est réservé pour la fiibrication du burnous noir. Aussi CCS vêtements ont-ils un aspect d'un châtain gris sale qui, a première vue, les fait peu apprécier des Kui'opéens ignorant leur excellence. Le tissu de la tente, également imper uiéable, mais moins que le burnous, est tissé avec tous les résidus de laine,

poils de chèvre, de vache, etc. Le peu de poils de chameau qui entre dans sa confection, n'est que la partie grossière qui ne peut ôtre employée à la fabrication de burnous noir.

DE GAIETÉ OAUI^Ol^E.

Le douar où nous devions dîner était très loin. M. C. . ., vu l'intempérie, défendit aux Arabes d'apporter la diffa. Nous fîmes donc deux repas qui me firent penser à ceux de saint Jean dans le désert: de la galette arabe, fort triste manger comparé à notre pain européen, et des racines. Mais nous avions une bonne provision de gaieté française, trésor inépuisable que la Providence a toujours en réserve pour les enfante de notre patrie qui ont bon cœur et bonne conscience. Nous assaisonnâmes notre maigre repas de force plaisanteries. Le petit coup de vin que nous prîmes ensuite comme cordial, mit le comble à notre bonne humeur. Cette journée fut donc une des plus agréables que nous passâmes dans le Sahara. Etait-ce prescience de ce qui devait nous arriver? La vie comme un flambeau est-elle plus ardente sous le souffle qui peut l'éteindre?

Le lendemain, le soleil se leva radi'îux, et nous pûmes contitinuer notre route vers Tiaret. Nous avions pour guide le caïd de la tribu. Par les mauvais renseigneiuents qu'il donna sur la route à suivre, il déplut tellement à M. G. . . qu'il décida de le faire destituer dès son arrivée. La suite de notre récit montrera qu'il était conjuré de l'insurrection qui couvait dans le pays.

Nous fîmes pour déjeuner une légère halte près d'un redire, ou plutôt d'une mare, car elle ne se desséchait jamais. Il y nageait une telle profusion de sangsues, de couleuvres et de grenouilles, que, malgré ma soif ardente, je bus très peu; j'aurais préféré l'eau bourbeuse d'un vrai redire.

JjJk SOIF.

Dans notre pays pluvieux, peu connaissent cette souffrance horrible, la soif.

Ce dessèchement du palais que tous ont ressenti dans un accès de fièvre, est suivi d'une véritable ivresse. Le sang circule difficilement ; le pouls est irrégulier; la vue se trouble ; l'intelligence s'endort dans le cerveau. Le vertige arrive : vertige affreux, vertige de damné, qui fait passer devant les yeux des apparitions effroyables. Au paroxisme, les uns deviennent fou furieux, d'autres cherchent la mort, d'autres commettraient les plus grands crimes pour cet idéal, cette perle brillante, une goutte d'eau. Quelques âmes d'élite, pour l'honneur de l'humaniié, sont capables de ces dévouements sublimes qu'on admire dans le naufrage de la Méduse et dans toutes les expéditions d'Afrique, lorsque Dieu envoie Hazraël éprouver ses serviteurs.

Nous n'avoiis qu'entrevu cet enfer. Mais nous avons entendu raconter des histoires à faire frémir un homme de bronze, et pour le récit desquelles il faudrait la plume du Dante : Soldats se brûlant la cervelle dans une expédition, crimes horribles dans une caravane : toutes les horreurs, toutes les lâchetés, tous les dévouements sublimes.. ..

Que nos amis sirotent gravement leur bière limpide et savoureuse, œuvre d'art de cent générations de brasseurs distingués. La Flandre est un doux pays ; le soleil est triste à Lille ; mais la soif?... Peu de Lillois connaissent la soif.

En examinant serpenter les sangsues dans le fond de la mare que nous avions devant nous, nous pensions aux services rendus à la colonie par notre compatriote, M.Brauwers. Un de nos amis, en nous pilotant dans les splendides jardins de l'hôpital du Dey, à Alger, nous avait fait part des travaux de cet habile naturaliste, pendant son séjour dans l'établissement, pour approvisionner de ce précieux ver, le service de santé de l'armée d'Afrique.

Les pharmaciens peuvent faire dans le Djebel-Amour une récolte abondante. M. Marey-Monge, dans le rapport de son expé-

24iS UN MOIS DANS LE SAHARA

(lition de 1844, donne à ce sujet les renseignements suivants :

€ Nous trouvâmes à Kourfa (Djebel-Amour), 4,000 sangsues, on aurait pu en avoir cent mille; j'ai fait essayer de les faire conserver par la méthode que j'avais vu employer pour le transport en France des sangsues de Hongrie. Gela a très bien réussi et a été utile ; une simple caisse de biscuits a suffi à cet effet. Les sangsues étaient placées sur de l'herbe étendue sur des compartiments horizontaux ; en jetant sur la caisse de l'eau quatre ou cinq fois par jour, elles ont fait ainsi soixante-six jours de route sans en souffrir. »

l.'ÉTAIiOM AHIÉLIORE-T-II. plus IjM. race QVE 1..% JUMENT?

Le soir, lorsque nous arrivâmes à notre campement, nous prîmes plus que jamais plaisir à la fantasia. Nous étions chez les Harrars (*), renommés dans toute l'Algérie pour la beauté de leurs chevaux. M. G... me fit remarquer, entr'autres, lesdeux juments montées par le caïd et son fils; elles pouvaient passer pour le modèle du type arabe tel qu'il est donné par M. Daumas : petite tête, long cou, front et poitrine larges, corps étroit, muscles très étoffés . . .

Nous sûmes que toutes les juments du pays avaient été dans le courant de l'année, saillies au haras de Tiaret. Les amateurs de chevaux pourront donc acheter sous peu, dans cette tribu, de magnifiques poulains.

Puisque l'occasion se présente, signalons que les soins donnés par l'administration pour l'amélioration de la race chevaline, sont une des causes qui feront apprécier aux Arabes l'excellence de notre domination. Gomme on le sait, le cheval est la voiture du désert.

Tout en admirant cette création de haras, on peut pourtant se poser ce problème hippique : les indigènes attachent-ils plus

(*) Les Harrars sont révoltés en ce moment contre nous (juin 18G4). C'est sur leur territoire que vient de succomber le colonel Beauprctre et sa colonne.

de prix à la filiation mâle, qu'rà l'origine maternelle? C'est un point controversé par les hommes compétents.

Pour preuve que le doute est permis, outre le dire de beaucoup d'Arabes, nous rappelleroub à tous nos amis qui ont été dans les tribus : 1** que les chevaux sont toujours vendus de préférence aux juments; 2' que certains Arabes ont fait sailhr de superbes juments par des rossinantes ; 3° que jamais un Arabe ne conduit son poulain au marché sans la mère, parce que l'acheteur veut juger parla jument, de l'avenir du cheval et s'informe rarement de l'étalon.

Nous savons bien, quant à l'argument de la conservation des juments, qu'on peut répondre, le Coran à la main : c'est une décision prise par Mahomet afin de rendre facile partout et toujours la reproduction de cet animal indispensable à l'homme de la tente. Cette objection ôte de la valeur à la donnée sans appuyer l'opinion contraire.

EISPIOMIS ARABE!» (conafa).

En nous promenant dans notre campement chez les Harrars, après avoir jeté un coup d'œil sur les sept prisonniers qui chantaient à tue-tête pour s'étourdir (la mélancolie de la musique arabe ne nous serra jamais autant le cœur), nous nous égarâmes quelque temps dans le pli de terrain qui était devant nous, et nous nous assîmes près d'une touffe d'alfa. Nous étions là à méditer sur la difficulté de garder des prisonniers dans ce pays et sur l'impossibilité d'établir chez les nomades la peine de la prison, ce qui nous amena à comprendre les peines du code musulman, la bastonnade, la mutilation, la promptitude des jugements, ces sanctions des lois qui avaient échappées à notre intelligence française et qui jusqu'alors ne nous semblaient qu'atroces, lorsque nous aperçûmes derrière la petite colline, à notre droite, un groupe de quelques Arabes correspondant par signes, avec un autre Arabe assis sur la crête, la face .tournée du côté de notre camp.

Cela nous fit songer. Était-ce encore un pressentiment de ce qui devait nous arriver, ou bien était-ce réellement des malfaiteurs étudiant nos forces? Nous eûmes un moment idée de faire part de cette observation à M. C.Mais la crainte vulgaire de paraître pusillanime nous retint : avec toute l'insouciance française, nous oubliâmes de suite ce fait;et nous ne nous le serions peut-être jamais rappelé, si l'aventure du Djebel-Nador n'était arrivée deux jours après.

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