‹ Un mois dans le SaharaChapitre 23 sur 30 · L.II E.A1T DE CHAMELLE · texte numérisé non relu

L.II E.A1T DE CHAMELLE

Pour me faire attendre patiemment le repas, on m'offrit une jatte de lait de chamelle. J'avoue que j'avais certaine répugnance à boire. Mais enfin je me décidai. Je fus très agréablement surpris. Ce lait est très savoureux, la chéa (arthémisia adoratissima) nourriture dont les chamelles sont très friandes, lui donne un parfum particulier très agréable au goût. On m'a affirmé que le lait de chamelle est un réconfortant précieux pour les estomacs délabrés (*) .

EFFETS SIERVEILLEIJX »E LA CORDIALITÉ FRAMÇAISE !§UIl LES ARABES.

Le jour suivant, en levant le camp, nous fûmes quittés par Dinn' et par Si Kamels. Si Kamels me fit des adieux pleins de cordialité. J'avais gagné tout-à-fait son aflection par une petite bonté que j'avais eue pour lui. Un soir, je ne sais par quelle distraction, Tahar avait omis d'offrir du café à Si Kamels. Le cadi attendait depuis assez longtemps qu'on le servit : le précieux liquide n'arrivait pas. Je vis à sa mine piteuse, qu'il n'osait dire qu'on l'avait oublié. J'appelai Tahar et fis apporter le café à Si Kamels. Je sus plus tard de M. C. . . que notre entourage indigène avait causé de ce fait et que cette simple politesse m'avait fait gagner énormément dans l'esprit de tout notre monde arabe, et particulièrement dans celui de Sidi Kamels. On voit par cet exemple ce que peut sur les Musulmans, la cordialité française. Que le touriste ne se laisse donc pas entraîner par la misanthropie conseillée par bien des vieux Africains, qui prétendent que l'Arabe n'a pas de reconnaissance d'un bienfait. Cette vertu, indice des âmes d'élite, est-elle déjà si commune chez nous pour que nous soyons si sévères ?

(*) Nous apprîmes à connaître chez eux le lait de chameau, que nous trouvâmes meilleur et plus sain que le lait de vache, et auquel je crois devoir principalement attribuer le rétablissement de ma santé. (Doctour Bartb, page 298, tome 2).

POURQUOI nyi^POIiÉOM 1er yl^TAIT ATTACHÉ UM lUAIHEIiUCR

A »A PEUSOMME.

En admettant même que l'Algérien soit moins sensible que l'Européen, au souvenir de la bienveillance d'un roumi, il est une qualité qu'il possède, ainsi que tous ses frères de l'Islam, au suprême degré : c'est le dévouement pour le chef auquel il s'est attaché. Gela vient-il de l'organisation de la famille musulmane ? Nous en avons la conviction intime. Tous les peuples en tribus, les Ecossais comme les Germains au temps de Tacite, ont toujours présenté et présenteront toujours, croyons-nous, pareil caractère à l'observateur.

L'explication de cela est très facile à dégager. Dans l'Islam, par exemple, les liens qui rattachent le chef du douar ou de la tribu, au moindre de ses subordonnés, sont plus grands et plus nombreux que ceux qui existent entre un chef politique ou administratif et n'importe quelle fraction de notre société française actuelle : ce sont les liens du sang.

On a souvent employé chez nous, surtout dans certain temps , le mot pouvoir paternel pour désigner l'administration de certains fonctionnaires : ce n'était qu'une figure, malheureusement fausse toujours dans l'application. On a beau faire, en dehors de la parenté réelle, le philosophe qui étudie notre économie sociale, ne trouve pas de famille.

La tribu constituée naturellement, c'est-à-dire sans agrégation d'éléments étrangers, agrégation qui existe dans tant de points de l'Islam depuis la décadence musulmane; la tribu, disons-nous, est bien réellement, elle, une grande famille dans toute la vérité ie l'expression : parce que les liens du sang existent entre chaun. Le mot pouvoir paternel, dans toute la rigueur de son acception, peut donc être employé dans l'Islam, lorsque le douar 5u la tribu a son cheick ou son caïd naturel, c'est-à-dire le chef le la famille. Aussi, le législateur arabe a-t-il pu le proclamer : « L'amour de l'out'an (la tribu) est un article de foi. »

Il résulte de là cette conséquence intéressante: c'est qu'il y a

entre tons les membres de l'agrégation sociale de la tribu, une solidarité, un dévouement mutuel, une abnégation qu'on chercherait en vain chez nous en dehors de la famille, dans aucune fraction politique, si petite qu'elle soit.

Cette puissante fraternité sociale qui existe toujours entre un chef et son subordonné, s'est donc profondément infiltrée dans le caractère du Mahométan, comme elle s'était infiltrée dans le caractère écossais et dans le caractère des anciens Germains. Entre un chef et son keddem (domestique libre) et même son esclave, il y a une intime association de protection et de dévouement dont on ne peut se faire idée qu'en se rappelant quelques faits populaires chez nous de l'histoire orientale: le vieux de la montagne et ses sicaires, ou autre. C'est ce qui explique pourquoi l'esclavage, horrible, affreux dans les colonies chrétiennes, a chez les Musulmans un aspect tellement autre que le philanthrope se trouve désarmé de tous les arguments qui flétrissent victorieusement, chez nous, eette atteinte aux droits naturels de l'homme.

Et, comme chez les Germains et dans l'Europe du moyen-âge, les services domestiqiies n'avilissent pas les Musulmans qui les rendent : le fils d'une grande tente ne sera pas moins flatté de donner à son chef les soins les plus intimes que Jacques II, le roi d'Ecosse, ne l'était en présentant la chemise à Louis XIV.

D'après tout cela, on s'explique facilement : 1° pourquoi les Mahométans ont les serviteurs les plus dévoués qui soient au monde ; 2° pourquoi Napoléon avait attaché un mameluck à sa personne; 3" enfin, pour qu'elle cause beaucoup d'officiers français qui ont eu des Arabes attachés à leur personne, semblent, à leur rentrée en France, des tyrans domesticiues aux ignobles valets de notre société bourgeoise.

VM i%RABE DOMIVÉ EW AIODÈI^E AUX DOMESTIQUES

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