E1K.P0ISIT1OM B'IIME TÊTE COUPÉE
Après avoir donné pendant quelques jours entièrement moi temps à l'amitié fraternelle, je profilai de mon séjour à Tiare pour recueillir des renseignements sur l'affaire El-Gharnough.
D'abord, je sus que la tête et la main de cet insurgé avaient et séparées du cadavre et exposées le lundi suivant sur la place di marché, avec une sentence biblique. L'autorité française, mal gré sa répugnance, est obligée de suivre l'usage légué par le Turcs, l'agitation n'étant terminée que lorsque les indigènes son certains de la mort de leur apôtre. C'est seulement alors que tou reprend sa physionomie ordinaire : le marabout, qui n'a pas si être invulnérable, n'est plus qu'un vil intriguant (*).
{*) On lit dans la relation du siège de Zaatcha en 1849, par le gé néral HerbiUon ;
« Ils étaient, en outre, persuadés queBou-Zian et son fils s'étaien sauvés à Tolga. Cette conviction de leur part pouvant encore prolonge la lutte, le général crut que le moyen le plus infaillible pour la terminer, était d'exposer à la vue de tous, les tètes de Bou-Zian, de son fil; et de Sidi Moussa, Ce qu'il avait prévu arriva : car, aussitôt qu'ellei furent exposées et que le bruit s'en répandit, tous les grands du Zab- Dahari et des oasià voisines, s'empressèrent de se rendre au camp, ei de fournir des otages, en faisant de grandes démonstrations de regreti de s'être laissé entrainer au point de méconnaitre notre autorité. »
C'est pourquoi les Arabes sont fort étonnés, disons-le en pasant, du prestige qu'a encore chez nous Bou-Maza. Pour eux, lépouillé par sa défaite, de l'auréole de prophète, c'est un misé- •able dont ils ne parlent qu'avec mépris, tandis qu'ils ont conervé de l'émir Abd-el-Kader, le souvenir le plus respectueux.
Gomme on l'a vu en commençant, M. G... et Ben-Ferrag ùrent décorés de la Légion d'Honneur pour leur belle conduite [ans cette affaire ; Moctar et le chaouch blessé reçurent la mélaille militaire.
Pendant un mois environ, Tiaret fut presque en état de siège : e commandant supérieur doubla les postes, rendit les consignes (lus rigoureuses, fit faire des rondes, braqua un canon contre la lace du marché oii chaque lundi venaient 4 à 5 mille Arabes. )n avait découvert que El' Gharnough était un derkaoui, à sa ancc, à ses vêtements, pauvres au-dessus, riches eu dessous, à on chapelet, à la forme des armes trouvées dans les mains des onjurés : on craignait une attaque dans le genre de celle qui tait arrivée à Sidi-bel-Abbès, en 1845. Et puis 1854 était l'auée prédite par Sidi-Aïssa pour l'arrivée du Moul-es-Saa, le prohète qui doit chasser les Français, d'après la version que nous vous citée. Ajoutons encore à cela que les vieilles troupes d*A- 'ique partaient pour l'Orient, et que le Ramadan (le mois de caême) commençait. Les inquiétudes étaient donc bien fondées.
Mais aucun soulèvement n'eut lieu, et on a cru avec raison que
fait d'armes du capitaine G... n'avait pas peu contribué à la acification du pays. Je dus donc retourner au littoral sans autre icident guerrier à noter sur mon album.
M. G. . . voulut bien me communiquer le rapport suivant qu'il nvoyait au commandant supérieur.
COmiElîT CHEZ I.E§i ARABKfîi AliGKIlIKKS OM FOIIEMTE UME l^^URRKCTIOM.
Rapport de M. le capitaine G. . . à M. le commandant supérieur 1 cercle de Tiaret sur l'affaire du 12 mai 185i, au Djebel-Nador.
« Mon commandant,
» J'ai l'honneur de vous adresser le résultat de l'enquête à laquelle je me suis livré sur les faits qui ont précédé et accompagné la tentative du faux cliérif, Moliammed-el-Ghajnougli.
» Cet homme, aveugle de naissance, est orignaire des Ouled- Zian-Gheragas, tribu où habite encore sa famille. Incapable de se rendre utile, par suite de son infirmité, d'une imagination assez dévergondée, il devint à charge à sa famille qu'il quitta il y a environ quinze ou seize ans. Il est impossible de le suivre assez exactement pendant une longue période. On sait seulement qu'il vivait en vagabond chez les Bardja à Haboucha, chez les Hachems, chez les Ouled-Abbès; qu'il n'avait plus aucune relation avec sa famille. Enfin, il y a environ quatre ans, on le retrouve aux Sdamas, oîi il exerce le métier de médoah, chantant dans les réunions en s'accompagnant de son tambourin (bender), parcourant un peu le pays, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, mais surtout chez les Beni-Lanzar, Maheddin et Ouled-Sidi-Bouzid. Il va quelquefois chez les Hassinates et chez les Ghouardi : aussi peut-être à cette époque, couvdit-il déjà le projet qu'il a tenté d'exécuter plus tard, mais on ne peut en avoir aucune preuve.
» Une femme qu'il avait épousée aux Sdamas, étant morte il y a un an et demi, El' Gharnough vient s'installer chez les Hassinates oîi il s'était créé de nombreuses relations. Pendant les premiers temps de son séjour dans cette tribu, il ne fait qu'exercer son métier de chanteur, ne parle ouvertement d'aucun projet; mais il est certain qu'il cherche à échauffer et à s'attacher les imaginations à l'aide de ses chants et de ses conversations, à l'aide aussi de quelques tours de jonglerie, dans lesquels il était secondé par son confident, un nommé Yaya, des Ouled-Abbès, qui venait souvent passer un certain temps avec lui, ou bien par Miloud Ouled-el-Bordj, des Sdamas. Par exemple, lorsque quelqu'un l'abordait, prévenu à l'avance par Yaya ou Miloud, il appelait cette personne par son nom avant qu'elle ait parlé ! Si les assis-
tants étonnés demandaient comment il pouvait connaître ainsi les gens, étant aveugle, il répondait que Dieu lui avait mis les yeux dans le cœur.
» Vers l'automne, ses allures deviennent plus franches. Il s'annonce ouvertement comme chérif, se disant protégé de Dieu et envoyé pour une mission spéciale.
» Alors il épouse la fille du nommé Taïeb-ben-'Caddour, des Bassinâtes, et déjà il avait pris assez d'influence dans cette tribu pour que le caïd intervint pour lui faire obtenir cette fille et pour que le père la lui accorde sans exiger aucune somme d'argent, suivant la triste habitude des Arabes. Tl reçoit alors de nombreuses visites de tous les gens avec lesquels il s'était mis en relation et on lui offre la ziara : tout cela déguisé sous le prétexte de ses chants. Ces gens sont les Hassinates sans aucune exception, les Ghouardi, les Ouled-Zian-Garabas, Dahassa, les Ouled- Sidi-Bouzid de Taoutzout, les Ouarites, les Beni-Lanzar, les Sdamas, les gens du Djebel, les Ouled-Brahim, les Ouled-Khaled. Mais ses projets ne sont pas encore ouvertement annoncés, et il se borne à se faire accepter comme chérif et protégé de Dieu.
» La tribu va occuper ses campements du sud : le caïd le laisse seul à Dès-ei-Kef, et il peut continuer à recevoir des visites ou aller lui même de tribu en tribu.
» Au retour de la tribu, ErGharnough rejoint avec sa tente les Hassinates. Alors, sans doute, il pense avoir réussi à se créer des partisans, nomme des chaouchs, des cavaliers attachés à sa personne. Il dit qu'il est le Moul-es-Saa; que bientôt le temps de domination des Français va finir; qu'il a reçu pour cela une mission divine; que des colonnes venues du ciel doivent le seconder; que des fusils des Français il ne sortira que de l'eau, tandis que ses partisans seront non-seulement invulnérables, mais encore qu'entre leurs mains les pierres se changeront en balles, etc. Il annonce que le moment est proche, (pie ce sera le 15* jour du mois de chaban. En attendant, il continue son système de propa-
gande, reçoit beaucoup de visites et de cadeaux, jusque vers le mois d'avril. Ensuite, il part de la tribu annonçant qu'il va aux bains des Ouled-Khaled, accompagné de son beau-père, de sa belle-mère, de sa femme et de son fidèle compagnon Yaya-el- Abbès ; en route il couche dans une tente isolée des Ghouardi, celle de Ben-Abd-Allah-Ouled-Chikh, où un miad est tenu; le lendemain il passe chez les Ouled-Si-Ali-ben-Amar, où il est reçu par Si Chouly; enfin il arrive aux bains et là ont lieu des miads continuels, des réunions nombreuses, sur lesquels nous n'avons pu avoir de détails, les femmes ayant été écartées. Nous savons seulement que le nommé Bel-Had, avec lequel il est intimement lié, vint le voir aux bains et lui donna un jeune ouache (antilope arabe).
» Des bains, El' Gharnough revint à la tribu des Bassinâtes, où il continue à recevoir des visites et où il prépare son mouvement. Enfin, le 15 du mois de chaban, il annonça qu'il allait partir pourle Djebel-Nador, où des génies lui préparaient un succès. Avait-il déjà connaissance de mon arrivée et conçu son projet ? Je n'ai pu le constater.
« Pendant ce temps, la nouvelle s'était répandue et le bruit de ces événements était arrivé aux oreilles de Si-Ahmed-Ouled- Cadi, aga de Frenda, qui en informait l'autorité à Mascara, pendant que trois caïds des Harrars, le caïd Délia des Ouled-Zian- Garabas, le caïd Si Khaled-bel-Haouar des Ghouardi, et le caïd El Arabi-ben-Caddour des Dahalsa, et de plus le caïd Si Kamel-ben- Khaled envoient d'abord un cavalier prévenir l'aga , puis une lettre au bureau arabe pour informer de ce qui se passe chez les Hassinates et dire qu'il est urgent d'y mettre fin. A ces nouvelles, des mesures sont prises de part et d'autre pour opérer l'arrestation d'El' Gharnough, mais il était trop tard, il était déjà en campagne.
j» Divers bruits se répandirent alors sur la marche des insurgés. On annonça, entr'autres indications, qu'ils devaient attaquer
le marché de Frenda ; mais Bou-Halem et El' Gharnough luimême avant sa mort, nous ont dit que leur projet était de venir à Tiaret, Frenda étant trop peu important.
» Le 10 mai au soir, El' Gharnough avait quitté les Hassinates et son départ avait été triomphal : il y avait des gens de plusieurs tribus venus exprès de tous les Hassinates qui avaient voulu le suivre ; le caïd avait présidé au départ, marché longtemps à côté du prétendu chérif causant avec lui à voix basse, et frappé de sa main un homme qui témoignait de l'inquiétude sur le résultat de cette folle tentative.
» Avant de se quitter, El' Gharnough avait recommandé à Mohammed-ben-Ali (le caïd), les gens qu'il laissait sous sa direction et avait dit de se tenir prêt à marcher quand il l'appellerait. Le caïd avait répondu à céis recommandations en renouvelant sa promesse de dévouement ; puis, ne pouvant laisser aller toute la tribu sur les traces d'El' Gharnough, il avait désigné lui-même un certain nombre et était rentré avec le reste au douar, après avoir toutefois envoyé son proche parent, Gaddour-bou-Becker, qui habite sa tente même, accompagner le chérif.
» Après le départ, Mohammed-ben-Ali (le caïd), avait rétabli l'ordre chez les Hassinates, et ce fut seulement alors qu'arrivèrent les gens des Ouarites envoyés par Si Ahmed-Ould-Gadi. Mohammed (le caïd), leur fait des réponses évasives, et dit que El' Gharnough est parti, que lui est à cheval pour marcher sur ses traces, mais qu'il n'a pu le trouver. Ces gens se retirent.
» La nuit se passe ainsi. Au point du jour, Mohammed-bcn- Ali monte à cheval et vient à Tiaret, où la nouvelle était déjà parvenue. En arrivant, il ne se présente pas au bureau arabe immédiatement, il attend qu'on le ûisse appeler, et ce n'est qu'après avoir été pressé de questions qu'il parle du chérif, mais dit qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter de cette aflaire ; que c'est un pauvre misérable aveugle, sans importance, vivant de ses chansons; que la ziara qu'on prétend lui avoir été donnée, n'a jamais été que le
prix de ses chants ; qu'il a quitté la tribu, mais qu'il est facile de le rejoindre.
t L'ordre est aussitôt donné à Mohammed-ben-Ferrag, kalifat de l'aga, de monter à cheval pour aller opérer cette arrestation, suivi du caïd qui en est personnellement responsable. Mohanimedben-Ali, quoique au courant de la marche sur le Nador, se tait là- dessus et laisse diriger des recherches inutiles vers Frenda et vers le Djedar.
» L'aga Si Ahmed-Ouled-Cadi, qui vint ensuite participer aux recherches du kalifat, annonça qu'il avait arrêté deux hommes affidés du chérif, Caddour-ben-Sliman et Bagha-ben-Mohammed, et avait obtenu d'eux l'avis qu'El Gharnough était allé dans l'est, cela fit qu'il reprocha vertement au caïd de n'avoir pas dit ce qu'il savait sur la direction prise. Celui-ci est interdit et avoue qu'El' Gharnough et sa suite doivent être vers l'est ou bien au Djebel-Mennaous (point du Tell). Alors l'aga et le kalifat se séparent: le premier rentre à Frenda avec son goum ; le second, convaincu que la troupe n'a pu pénétrer dans le Tell, se dirige à l'est, vers le Djebel-Nador, seul point ou elle a pu trouver un refuge.
» En efïet, El' Gharnough et ses partisans arrivent au matin, au sommet du Djebel-Nador, après avoir marché toute la nuit ; ils s'y installent pour passer la journée, et bientôt ils apprennent que je dois camper le lendemain au nord de la montagne, sur l'oued Lasellan, avec quelques cavaliers : ils se décident à rester pour m'attaquer la nuit au bivouac.
» Il m'a été impossible de savoir par qui ils ont été prévenus de mon arrivée. Ces soupçons paraîtraient tomber sur des gens inconnus des Oulcd-Sidi-Kaled ; d'autres renseignements s'accordent pour faire croire que Saffi-ben-Ncdjadi est allé aux nouvelles dans les environs et a rapporté celle me concernant.
ï Je ne répéterai x^as ici les faits à votre connaissance qui ont amené l'arrestation du nommé Boii-Ilalem, ses aveux, notre attaque et la mort du chérif. Je vous dirai seulement que le nombre
de blessés donné d'abord, a été involontairement exagéré ; cela vient de ce qu'il y eut quatre chevaux blessés et retrouvés plus tard morts et abandonnés : ce sont les cavaliers de ces chevaux que nous avons vu tomber, puis se relever et prendre la fuite.
COimiE^T CHEZ LE^ ARytUE^i AI GÉRIEM$$ OIV FO.nEMTE VXE IM^ilJRUECTIOM (suite).
D Tel est, mon commandant, le début, la marche et la fin du projet insensé tenté par Mohammed-EI' Gharnough. J'ai cru devoir entrer dans tous ces détails pour bien faire apprécier les progrès successifs de sa propagande et pour faire mieux peser la culpabilité de ses affidés. J'ai l'honneur de joindre à ce rapport la liste des individus qui se trouvaient au Nador, la liste des individus qui m'ont été signalés comme ayant pris part au complot, enfin les dépositions des principaux individus arrêtés.
B II ressort de tous ces interrogatoires que le mouvement oii une poignée d'individus plus fanatisés ont été sacrifiés, et lancés comme pierres d'essai , que ce mouvement, dis-je, était très vaste, avait des ramifications dans plusieurs tribus; qu'un soulèvement sérieux aurait pu suivre l'attaque de la nuit contre moi si elle avait réussie; que les autres initiés étaient spectateurs, mais prêts à agir. On voit aussi ce que peut le fanatisme sur l'esprit des Arabes et l'influence qu'ont sur eux ces chanteurs à imagination exaltée qui mêlent à leurs chants des idées de guerre religieuse.
» El' Gharnough, ([uoique privé du sens de la vue, a pu se faire accepter comme sultan. Aussi la punition à infliger à tous les coupables doit-elle être assez forte pour se graver dans la mémoire des tribus.
» Permettez-moi dans ce but, mon commandant, d'entrer dans quelques particuliarités.
» Dans la tribu des Hassinates, il n'y a pas une seule exception à faire. Si au premier moment les gens que nous avions sous la main nous opposaient des dénégations, ce système a cessé au
bout de quelques jours, et aujourd'hui aucun Hassini ne songe à nier. Seulement, à l'exception de quelques esprits aventureux et exaltés, ils voulaient avoir un premier fait sous les yeux avant d'agir.
» La culpabilité du caïd Moliammed-ben-Ali ressort de toutes les dispositions ci-jointes ; des faits mêmes qui se sont préparés six mois publiquement dans la tribu ; de sa conduite à Tiaret et lorsqu'il a reçu l'ordre de marcber avec le kalifat pour arrêter El' GhHrnough. Enfin, on nous a dit qu'il empêchait par tous les moyens en son pouvoir, les Ha^inates de venir à Tiaret, craignant des indiscrétions ; et, en effet, nous avons fait des recherches et trouvé que depuis trois mois, pas une seule amende n'avait été infligée à un homme de sa tribu : une amende aurait pu donner lieu à un voyage à Tiaret pour réclamer. On peut admettre, je crois, que le caïd ne connaissait pas le projet formé contre moi et mon escorte, et que rencontrant Bou-Halem au bout de quarante-huit heures, il n'y avait plus dans son esprit d'inconvénient à le faire parler, la troupe devant être loin.
» Ce renseignement sur Bou-Halem est le seul diminutif qu'on peut admettre pour sa faute, qui est des plus graves : étant caïd, il a laissé préparer un complot contre l'Etat et y a adhéré.
» Le nommé Ben-Halem-ben-Brahim ne mérite pas l'indulgence que je vous avais demandée pour lui: c'est un fanatique des plus dangereux. 11 n'a pas même des idées saines par suite de son exaltation, et il est tout prêt à marcher sur les traces d'un autre chérif si, dit-il, Dieu le lui ordonne. Il a, depuis son arrestation, refusé de parler, et il m'est resté dans l'esprit la conviction qu'en me conduisant à El* Gharnough, il était certain que nous succomberions.
r> Dans l'exécution des ordres quc^ nous avons donnés après l'événement pour l'arrestation des hommes compromis, le caïd Mohammed-ben-Ali a mis beaucoup de lenteur et a commis de nouvelles fautes. Il a d'abord laissé échapper son parent Cad-
dour-ben-boii-Becker, qu'il nous a dit mort, tandis que plus tard il était arrêté chez les Ouled-Biad. Il n'a arrêté qu'un seul homme, Mansour-ben-Sdad, qui avait été au Nador et amené trois individus restés à leur tente pendant l'affaire, en place de leurs frères qui y assistaient pour leur laisser le temps de fuir en attendant que la substitution se découvre. Il a fallu une grande instance pour amener ces gens-là à avouer qu'ils n'étaient pas personnellement coupables, tant leur fanatisme et leur soumission au caïd sont grands ; et ils n'ont voulu donner aucun autre renseignement.
j> Quoiqu'il soit souvent parlé de la tribu des Dahalsa, nous n'avons pu obtenir d'autre nom que celui de Caddour-ben-Sliman, vagabond et voleur de profession qui est arrêté.
» Aux Ghouardi, le caïd a opéré avec fermeté l'arrestation de gens qui ont été signalés par les dispositions particulières et la clameur publique, entre autres Miloud-ben-Lennouar, aspirant à être caïd.
» Aux Ouled-Zian-Garabas, les mesures n'ont pas été prises assez vigoureusement et aucun des individus présents au Nador n'a été arrêté. Des gens du caïd sont sur leurs traces et les ont suivis, dit-on, jusque chez les Hamyanes-Garabas.
» Les tentes et troupeaux de tous les gens compromis ont été placés sous la surveillance personnelle des caïds, en attendant la décision de l'autorité supérieure.
» Nous n'avons pu découvrir aucune relation avec les insurgés chez les tribus des Harras-Gheragas, et particulièrcMicnt chez les Ouled-Zian-Cheragas, où habite la famille d'El' Gharnough : nos recherches à ce sujet ont été complètement infructueuses.
» Quelques individus accusent les caïds des llarrars-Garabas, cités plus haut, de n'avoir pu ignorer ce qui passait chez les Bassinâtes, et de n'en avoirrendu compte qu'au dernier moment. Ce fait peut être vrai. Gependant, nous devons faire observer que ces tribus étaient campées bien loin des Hassinates ; ([ue des gens
isolés de ces tribus sont venus chez El'Gharnough et toujours les mêmes ; que lui au contraire n'a jamais été chez eux ; qu'on ne peut le signaler qu'une fois dans une tente des Ghouardi, campée isolément ; que deux jours avant le départ du chérif la nouvelle étant arrivée à ces tribus, le caïd des Ghouardi a fait changer le campement des douars placés dans la direction des Hassinates; et que les trois caïds ont envoyé prévenir l'aga. Celui-ci, en présence d'une affaire aussi imprévue et aussi surprenante, a demandé une lettre revêtue de leurs cachets ; la lettre arriva le lendemain. Ils ont donc réellement devancé de deux jours le départ du chérif. »
J'ai l'honneur, mon commandant, etc.
Le chef du bureau arabe de Tiaret,