CAPITAINE C
(Suit la liste des individus affiliés au complot, et celle des conjurés présents au Djebel-Nador.
Les Arabes présents au Nador furent arrêtés, envoyés en France, et leurs tentes rasées. Le caïd Mohamnied-ben-Ali, celui qui avait arrêté Bou-Halem avec Ben-Ferrag, et qui était comme on l'a vu, de connivence avec l'insurrection, destitué, envoyé en en France, tous ses biens confisqués ; les tribus qui attendaient pour se soulever la réussite de la première attaque d'El' Gharnough, mises à l'amende.
Les Hassinates, chez lesquels l'insurrection s'était nourrie depuis si longtemps, avait grandi et envoyé des ferments de tous côtés ; chez lesquels la troupe du Nador avait pris presque tout son contingent d'insurgés ; les Hassinates, disons-nous, supportèrent le plus grand poids de la punition : ils furent condamnés à une amende considérable, et à ne plus exister comme tribu.
Un soir, à onze heures et demie, le commandant supérieur et le capitaine G. .., suivis de l'escadron de spahis, marchèrent mystérieusement contre ces malheureux. La tribu entière fut
3ernée et amenée sous le canon de Tiaret. Le lendemain, on procéda à l'exécution du jugement. Les bœufs et les moutons des lélinquants furent enlevés, l'amende générale versée, et, au monent oii les Arabes s'y attendaient le moins, on procéda à une dsite domiciliaire pour enlever tous les fusils, pistolets, yatagans. Puis la tribu fut divisée entre les tribus voisines.
Cette visite domiciliaire me fit saisir la vie arabe sur le fait. Je ns rihtérieur des tentes, les femmes vaquer à leurs occupations domestiques. Je vis battre le beurre dans une outre, faire de la farine avec des meules de ménage (deux petites pierres frottant 'une sur l'autre), etc.. etc. ^
VME BÉDOVIIVE PEIMTE D'APBÈIS MATURE.
La belle-mère et la femme d'El-Gharnough avaient été arrêtées 3t amenées devant M. C. . . La mère avait un âge incertain (les femmes des douars paraissent vieilles de bonne heure, et comme îlles conservent toujours les dents, il est impossible à un Euopéen d'indiquer l'âge passé 30 ans). La fille avait quinze ans à leine. Elle était très jolie, avait de grands yeux noirs pleins de feu et le teint chaud des femmes de Léopold Robert. Lorsque \I. G. . . les interrogea, la mère prit la parole et dit : Que nous ^eux-tu? Tu sais que la poule suit le coq ; le lion, la lionne. — Ze n'est que trop juste, dit M. G..., et il envoya les deux femmes, avec ordre de les bien traiter, à la maison des diafs (hôtes) où le bureau arabe de Tiaret reçoit les invités musulmans.
Il paraît que cet ordre fut tellement bien rempli que la mère 'êva de finir ses jours sous ce toit hospitalier. •>
M. G. . ., pour extirper jusqu'aux moindres racines de Tinsur- ^ection, avait décidé qu'il marierait la veuve d'El' Gharnough à m de ses chaouchs; mais il ava it compte que la mère ne ferait )as d'opposition à son projet avantageux en tous points pour la ille. Elle en fit pourtant : ses vues ambitieuses s'étaient portées plus laut. Elle fit entendre à M. G. . . qu'elle lui donnerait bien voontiers sa fille, et elle ajouta pour le décider tout-à-fait :
f Elle a été si peu mariée que cela n'en vaut pas la peine(*).i Néanmoins, j'appris quelque temps après, que le cadi avai marié le chaouch Ben-abd-AUah à la veuve connaissant si peu h mariage.
Pour achever la peinture du caractère de madame sa mère M. G. . . lui demanda un jour ce qu'elle nous aurait fait si l chérif nous avait pris vivants. Elle grimaça un sourire dans 1 genre de celui des sorcières de Macbeth et fit quelques gestes for expressifs, qui nous donnèrent une idée peu agréable des torture que nous aurions éprouvées.
(*) Nous avons touché faiblement ce détail de mœurs orientalea Nos amis qui connaissent la civilisation musulmane loueront notre ré serve : le sujet est si délicat pour un Européen.
I/importance attachée par la matrone africaine, au peu de temps qu'a vait duré le mariage d'El'Garnough, sera aussi bien appréciée, nous l'es pérons, au moyen du récit suivant, qui, suivant nous, caractérise parfai tement les sentiments orientaux,que par ce qu'un de nos amis réclame: un plus grande précision dans la conversation de la matrone, sujet dont 1 développement exigerait une finesse de description que nous n'avon pas, ou un laisser-aller asiatique que nous ne voulons pas avoir.
Pendant notre séjour à Miliana, un Kabile nous apportait pour notr consommation particulière, tous les matins, une provision fraîche d ces légumes qui poussent naturellement dans les plaines africaines e que nos soldats ont découverts dans leurs expéditions. Nous goûtion beaucoup, malgré une plus grande ténuité de la fibre, défaut ordinair de toute végétation que la main soigneuse du jardinier n'a pas garanti des hauts-temps, la délicatesse d'un parfum non dénaturé par l'art Suivant l'habitude que nous avions prise pour observer plus à notr aise les indigènes, nous avions lié connaissance avec ce Kabile. Apre l'avoir fait payer largement, nous lui donnions une tasse de café et c que nos écoliers apprécient fort peu, mais ce que les Arabes aimen beaucoup, une bonne tranche de pain sec. Alors nous causions. Ui jour après avoir beaucoup loué notre commensal de son activité, je lu demandai pourquoi il travaillait avec tant d'ardeur. « Sidi^ c'est que j » veux, répondit-il, me marier bientôt; je désire amasser assez d'ar » gent pour choisir une femme neuve, ou qui ait été mariée le moins d • temps possible. »
PARTAGE DE» SOVTElVIRiS DE I<' AFFAIRE DU DJEBEI.-IVADOR.
La lance d'El' Gharnough fut envoyée au général Pélissier, le îhapelet au colonel Durrieu. Je portai moi-même à M. le colonel ]!oulon, à Paris, un paquet contenant quelques trophées de cette iffaire; à M. le colonel Ridouel, au camp de Boulogne, le collier le la femme. Le commandant m'offrit en souvenir, la bague [ue le marabout portait toujours au doigt et qui le faisait reconlaître dans les tribus. M. G... me donna un sabre très curieux jui avait été pris à un des morts, après l'escarmouche. Cette irme façonnée à l'orientale par lesDerkaouas avec un vieux sabre ie cavalerie française, indique combien est fondée l'opinion de VI. de Neveu, que les Derkaouas ont des dépôts cachés d'armes et de munitions de guerre.
li'ÉTVDE DU IHOIVDi: IIII}!m]I.IIIAIV GIST DEVEIiVE lMDlJiPEIVI§ABIiE.
Nous remercions bien vivement nos amis qui ont eu la patience de lire entièrement le récit de notre voyage dans le Sahara Si nos impressions ont donné quelque peu le désir de parcourii ce pays, nous en serons très heureux : il y a beaucoup à glanei et des services à rendre. Les études sur ce monde si différent du nôtre, sont autant de lumières précieuses pour dissiper les erreurs et les préjugés répandus parmi nous sur l'Islam et les Arabes.
Comme nous l'avons indiqué dans notre narration, ces préjugés sont poussés fort loin. En Algérie, il y a des gens humains et bons sous tout autre rapport qui prêchent sérieusement l'extinction de la race arabe pour la remplacer par une autre population. L'ouvrage du docteur Bodichon, dont nous avons parlé, n'est qu'un spécimen.
Qu'on y songe, malgré son énormité pour le sentiment français, cette opinion s'explique en présence des difficultés incom-! mensurables rencontrées par la France sur cette terre barbaresque. C'est par la déportation des Morisques et l'inquisition que l'Espagne s'est délivrée de l'Islam (*).
Les colons égarés par leurs intérêts mesquinement compris, traitent l'Arabe en ennemi. Il semble que la conquête n'a été faite que pour les deux cent mille Européens, dont cent quatorze mille Français, émigrés en Algérie.
Même pour la perspective d'une forte émigration de nos nationaux,— émigralion problématique, parce qu'elle n'est pas nécessaire, — devons-nous faire ce que les Espagnols ont faii au Mexique (**) ?
(*) La Russie vient d'adopter (mai 1864) les procédés de Philippe II envers les Morisques. Elle a chassé du Caucase les populations musulmanes rebelles à sa domination autocratique. On connaît les infortune de ces malheureux Gircassiens sur le territoire du sultan turc. Toute l'Europe occidentale a blâmé le procédé asiatique de la Russie.
(**) En discutant les intérêts de la colonie, les colons portent tou-
La France n'est-elle pas assez grande pour nourrir ses enfants ? Dans les campagnes de la métropole, les bras ne manquentils pas à l'agriculture (*)?
La révolution de 1789 a produit des merveilles; mais elle a détruit complètement chez nous la faculté coloniale. Tous, grands et petits, ont leur place marquée sur le sol de la patrie. Améliorer constamment le sort de chacun est dans une démocratie telle que la nôtre, avec le suffrage universel, la tâche imposée aux hommes politiques. Nous n'avons ni Irlandais à faire émigrer, ni malheureux dans les (ivork houses) à la charge des paroisses, ni cadets de familles aristocratiques auxquels on doit faire une position.
Sous Tancienne monarchie du droit divin, nous avions tous ces éléments de colonisation. Aussi, avions-nous les colonies les plus florissantes : le Canada, la Louisiane, l'Inde, etc.
Dépenser "des milliards, verser tant de sang, accomplir toutes es iniquités demandées par les colons pour agrandir au-delà de
ours à leur avoir, les résultats obtenus par le travail indigène. Dans ane étude que nous préparons sur la colonisation de l'Algérie, nous hercherons à montrer combien on trompe l'opinion à ce sujet et comaien les produits agricoles des colons sont de minime importance.
(*) Il est un incident curieux qui fait bien sentir la nécessité de eter de la lumière sur les choses d'Afrique : les colons sont parvenus ï rendre leurs exigences sympathiques aux hommes politiques de la métropole dont la mission est d'appuyer les idées les plus progressives. La iiscussion qui vient d'avoir lieu au Corps législatif sur les affaires d' Algérie (1SG4), confond l'intelligence. Il semble que notre possession soit ane vieille terre française comme la Picardie ou l'Ile de France. Les mêmes hommes qui ont discouru longuement sur les intérêts polonais froissés par le dGsi)otisme russe, ont complètement perdu de vue le^ trois millions d'indigènes habitant la colonie. Pourquoi un député pour es colons et pas pour les Arabes? Comme il .est radicalement impossible de prendre des mandataires indigènes, c'est donc une oligarchie ^u'on demande pour l'Algérie?
On a fait davantage. On vient de demander sérieusement un changement d'assiette pour l'impôt arabe, comme si le prélèvement de l'impôt n'avait pas été prévu par le législateur mahoniétan. Sidi Krélil con-
la Méditerranée le sol national de trois départements nouveaux couverts de postes militaires et destinés pour un long avenir à ne pas valoir comme importance trois arrondissements de la métropole, est-ce la solution du problème qu'on a dû se poser lorsqu'on a été forcé de conquérir l'Algérie ?
Non, certes, le but est plus élevé: nous convions les Arabes soumis au banquet de notre nationalité ; nous faisons apprécier notre civilisation ; nous sommes comme Fernand Gortez devant un monde nouveau, mais nous ne mettrons pas Guatimozin sur son lit de roses pour avoir de l'or, nous ne décimerons pas les populations par le fer, le feu, le travail des mines, les proscriptions, l'inquisition.
La France, dit-on, est le bras de Dieu sur la terre. Sa mission providentielle est de réunir en une seule communauté toutes les nations du globe. Tout aride que soit la tâche, notre génie national l'accomplira (*).
Pourquoi donc cette ignorance du monde et des affaires de nos frères, les Pvlusulmans ?
Qu'on veuille bien nous permettre un court historique, nécessaire pour bien établir les faits.
APERÇU DE I^'OPINIOM DEi^ GÉMÉRATIOMS QUI MOUS PRÉCÈDEMT, SUR I.'1SL.%»I ET I.ES MAHOMÉTAMS.
Dans la chrétienté, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, aucun penseur, même le plus hardi, n'avait osé formuler quelques idées
tient des chapitres entiers sur cette question. (Voir à la bibliothèque de Lille, publications de la commission scientifique de l'Algérie^. 11 faut convenir qu'on traite bien légèrement un point des plus délicats : on n'a pas l'air de se douter que la plus formidable ^insurrection pourrait être le résultat de pareille entreprise.
(*) Que nos amis ne nous taxent pas d'idéologie. Le Congrès proposé dernièrement par le chef de l'État, fait entrer dans la pratique la théorie que nous soutenions en 1854. .Depuis cette époque, la politique de la France s'est éclaircie : on a compris que notre génie n'était plus aux con(iuêtes et on en a donné une preuve, en laissant le Mexique aux Mexicains.
avantageuses de cette puissante civilisation, qui a régi la moitié de l'Asie, toute la partie intelligente de l'Afrique, les plus belles provinces de l'Europe; qui a régi l'Espagne; et qui, si elle n'avait pas été vaincue par Karl Martel, dans la plaine de Poitiers, aurait enlacé le monde.
On l'a déjà reconnu généralement, le mépris dont nous la flétrissions, était bien injuste. Nous vivions alors sous la puissante centralisation qui nous a sauvés du joug musulman et a fait triompher le christianisme : dans la lutte des deux religions, aucune force ne pouvait être perdue et ce n'est que lorsque décidément nous avons eu la victoire que nous avons pu nous mettre à l'étude en secouant le vieux fanatisme religieux nécessaire pour le triomphe. Le temps de l'analyse commençait.
Cependant il faut dire que tout en traitant de barbare une société que nous ne connaissons pas, nous étions forcés de reconnaître que les plus grandes découvertes scientifiques nous venaient des Arabes ; qu'à l'époque des croisades, notre civilisation, nos arts avaient fait aux Sarrazins les emprunts les plus grands. Certains penseurs mieux informés que d'autres disaient même, que bien de nos grands hommes n'avaient dû alors leur célébrité en science, géographie, médecine, même en littérature, qu'à la connaissance de la langue arabe, dont l'étude approfondie, malgré certain enseignement classique dans un but exclusivement théologique, était restée dans les régions les plus élevées du monde érudit. Mais, comme il est dit plus haut, aucun n'avait osé analyser l'état social et politique de l'Islam, tant on se sentait de dégoût en pensant à cette civilisation qui nous est si antipathique.
A la fin du XVIir siècle, les Anglais, en étendant leur puissance dans rinde, se trouvèrent en lutte avec des Mahoiuétans et furent forcés, pour donner de la stabilité à leurs conquêtes, de laire quelques études sur l'organisation sociale des peuples vaincus. Ces études furent bien minimes. Si l'Angleterre est la première puissance du monde quant à la force du travail, on sait
i82 UN MOIS DANS LE SAHARA
que la pliilantropie n'est pas son fort, malgré l'étalage qu'elle en tait parfois : travailler pour le peuple soumis e:-.t le moindre de ses soucis, lorsque son intérêt n'est pas directement enjeu.
Néanmoins, elle applaudit vivement les travaux de Volney, et la société scientifique organisée à Calcutta le porta à l'unanimité parmi ses membres cori'espondants.
APEliÇU DE I/ÉTAT DES ÉTUDEJ^ FAITK0 SUR
On peut donc dire qne c'est Volney qui a fait la première brèche aux préjugés qui séparent les deux civilisations. Jeune, sans autres inspirations que celles de son génie, il part un jour de 1788 avec une faible somme, sans connaître un seul mot de la langue. Il est reçu en Syrie dans un monastère, y reste six mois à étudier l'arabe, et se jugeant assez fort pour marcher seul, il avance dans l'intérieur avec une simple lettre de recommandation pour un chef de tribu.
On lui offre l'hospitalité suivant les préceptes du Coran ; il demeure un an dans une excellente famille qui le comble do caresses : tout un moude d'idées s'ouvre à lui. Il parcourt ensuite l'Egypte et revient en France trois ans après son départ, avec les observations les plus curieuses. Aussi le livre qu'il publie, a-t-il un succès très grand, il est lu de toute l'Europe, même par l'impératrice Catherine II de Russie, qui lui envoie une médaille d'or.
Après Volney vient l'expédition d'Egypte, et avec elle d'immenses travaux scientifiques. On étudie les langues orientales ^ une chaire est ci'éé à Paris ; le goût de l'étude de l'Orient prend en Europe ; en 1823 la société asiatique est fondée à Paris; elle centralise pour leur donner plus d'action, tous les travaux disséminés ; on recherche avec empressement tous les manuscrits arabes pour en faii'e la traduction ; enfin la conquête d'Alger fait sortir ces questions des hauts lieux de la science et les rend populaires en France.
SOURCE OE» PRÉJUGÉS SUR LES MUSUIiMAMS.
Pourtant, malgré cette marche rapide, les études ne sont encore qu'à rétat d'analyse et aucun auteur n'a fait pour le public la synthèse de cette société si intéressante. Aussi, les idées les plus fausses sur l'Islam sont elles encore répandues partout le monde européen et admises comme faits patents.
L'observateur qui ne fait pas une étude spéciale, n'ayant à sa disposition aucun aperçu général, part de ses idées européennes pour raisonner des faits qu'il aperçoit. Fatalement, il est impossible, opérant ainsi, de porter des jugements précis sur une civilisation dans ses résultats si différente de la nôtre, quoique ses principes se rapprochent de ceux sur lesquelssont basées nos sociétés, plus qu'on ne le pense ordinairement. I Les préjugés sont grands, surtout dans le monde politique et idans le monde des affaires, par suite des renseignements erronés répandus par les colons.
QUEIiQUES MOTS SUR liA QUESTION D'ORIENT.
Nous avons parlé des Gestes de Dieu par les Francs. Détruire les barrières qui séparent les hommes, n'est-ce pas la mission séculaire de notre génie national ?
D'ailleurs la question d'Orient fait {*) en ce moment tressaillir le monde. Il faut, toute l'Europe occidentale est de cet avis, que les affaires turques soient arrangées d'une manière intelligente, afin que la guerre ne soit pas constamment en expectative entre les grandes nations européennes, pour la position stratégique de Gonstantinople, pomme de discorde depuis un demi-siècle. On ne peut souffrir l'oppression des chrétiens ; on ne peut refouler les Turcs en Asie : le problème est là avec toute son effrayante difficulté. Et cependant il faut trouver la solution.
Le monde européen doit donc savoir ce qu'il faut faire pour se rallier les Musulmans. Il le doit d'autant plus que, comme toujours,
(*) Décembre 1854.
un puissant intérêt matériel accompagne cet intérêt de cœur. L'Islam est énervé en ce moment, mais ne peut-il se réveiller fort et plein d'ardeur? Le règne de la justice commence : malheur aux nations qui selaissei'ont encore égarer parledi'oit de la conquête, comme le comprenait l'époque gothique (*) !
Sans tenir compte de ces considérations de politique spéculative, la France, pour ce qui la concerne spécialement, n'a-t-elle pas le plus grand intérêt, là comme partout^ à augmenter son influence dans ce monde particulier ? Chez elle bat le cœur de l'Europe : elle doit travailler avec ardeur à cette question si palpitante d'intérêt. Il faut qu'elle éclaire son action afin qu'elle soit plus grande. Le foyer qu'elle a établi en Algérie, peut grouper bien des membres de la famille musulmane : elle aura là des pionniers qui feront pénétrer nos idées depuis les rives de l'Indus jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Qu'elle soit donc juste, généreuse, bienfaisante envers les indigènes de l'Algérie. Elle a fait bien des fautes depuis l'occupation, sa raison n'a pas été toujours fort droite ; mais elle est si bonne que son cœur l'a toujours remis d'instinct dans la bonne voie.