I.E!$ CHATEIiAlMi^ ARABES
Comme dans notre moyen-âge, les villes du désert, malgré les lurailles et les tours bien fortifiées qui les défendent, se placent resque toujours sous la protection d'un grand chef de la tente, ue pourraient faire dans un moment de crise, comme il s'en prémte tant dans l'Islam, depuis quelques siècles, sans cette puismte tutelle, de malheureux bourgeois perdus dans le désert au lilieu de hoi'des nomades pouvant venir, quand il leur plaît, à L rescousse, presque insaisissables et protégés par l'esprit de la li ? Bloqués chez eux , ils inq)lorent l'alliance et la protection a plus puissant de leurs adversaires. Les Arabes de la tribu,
(*) Depuis 1854, une modification heureuse s'est pi-ononcée : le pou- )ir et la fortune se sont dirigés vers les douars. r,es Juifs ont perdu ti peu de prééminence.
qui sont tous parents et appui du chef, comme nous l'avons établi, [Kirticipent natui'ellcment à son pouvoir : cela explique encore la suprénialie îles nomades.
En ajoutant à cela l'antipathie qu'ils ont pour la vie de la ville, le nié[)ris pour les citadins, on peut conclure, croyons-nous, qu'ils sont d'une race dilïércnte.
Les études ethnographiques et d'histoire qui ont été faites sur les populations du désert, ratifient cette opinion. On sait que sous le rapport des races de l'Algérie, le remarquable travail de M. le docteur Bodichon, d'Alger, a jeté la lumière la plus vive. C'est donc à cet ouvrage que doivent recourir spécialement ceux qui veulent étudier cette question à fond. Que ce savant n'a-t-il su employer le baume du philanthrope aussi bien que le scalpel de l'anatomiste ?
IJIV FAIT CARACTÉRQ^^TIQCK DE FII.IATIOM DIFFÉREMTE.
Le quidam qui examine en passant ces populations, trouvei'a, à première vue, une grande différence entre les habitants des ksours et les Arabes nomades. Les premiers n'ont ni la fierté, ni la force de constitution, ni la vigueur des seconds: ils sont timides, doux, faciles, respectant l'autorité, moins fanatiques, plus positifs, et surtout moins jaloux de leurs femmes, qui livrent facilement leurs faveurs aux étrangers, ce qui, pour la femme du nomade, est un arrêt de mort iri'émissinle.
Voici, sur ce fait, ce que Moula-Ahmed dit des gens d'Ain Madliy. « Toutefois, ils permettent que leurs femmes, jeunes ou vieilles, sortent à visage découvert et fassent conuiierce avec les pèlerins. Dans mon pèlerinage, je leurs fis des reproches à cette occasion; ils me répondirent: telle est notre coutume à nous autres Arabes d'origine bédouine. D'ailleurs, la pauvreté de la plupart d'entre nous, nous y oblige, et quant à ceux qui ont de l'ai'gent, ils font de n.ême à cause de la rareté des étoffes. »
Qji'on conqjare à cela .ce que Léon l'Africain dit des nomades
dans son langage naïf: « Les maris, irrités par faniiliarilé envers leurs épouses, se tuent sans merci aucune, car ils ne peuvent dissimuler, en sorte que ce soit, le regret qu'ils ont quand ils s'aperçoivent être aussi vilainemrnt outragés; parce que pour chose du monde, ils ne voudraient porter les cornes. »
La réclusion des femmes comme sauvegarde du ménage, n'estelle pas un des traits du caiactère musulman en général? Gela seul démontj'era encore que les habitants des ksours, quoiqu'en dise Moula-Ahmed en leur donnant une origine bédouine, sont complètement étrangers à la filiation arabe(*).
ElAIiliBi:^ A ilfOTBiE: CIVILISATION.
Nos mœurs et nos lois nous ont paru être plus antipathiques aux nomades qu'aux habilants des ksours. Nous nous sommes expliqué facilement cela en pensant àladiflerence de l'économie de la vie de chacune de ces races. Les boni geois cultivateurs et arboriculteurs du ksar ont, malgré la civilisation dans laquelle ils se trouvent oppressés, les idées et les besoins de noire société européenne, et nous ne doutons pas qu'ils seront les premiers Musulmans qui se l'allieront de cœur à la domination fj'anyaise.
Pour terminer ce que nous avons observé de la différence du caractère des deux populations, nous rappellei'ons ce que nous avons dit de la fiei'té avec laquelle les nomades, dans le procès
(*) Pour donner idée de Ui })osiliou des propriediires de jardin, on peut citer les cliapitresde Sidi-Krélil où il donne l'autorisatiOii à tout voyageur et même promeneur, démanger, sans en emporter, autant de fruits qu'il peut. Qu'on juge, avec une loi pareille, ce que deviendrait le jardin que le bon bourgeois de Lille entretient, avec tant de soin, au faubourg St-Maurice ou au faubourg de Béthune ?
Rappelons-nous que les seules circonstances où nous ayons vu ce cher concitoyen sortir de sa bonhomie naturelle, c'est lorsqu'il parlait des affreux volours qui avaient razzés trois de ses plus beaux groseillers, un abricotier magnifique, et la poire du poirier planté par Madame son épouse. En lui parlant de la loi de l'Islam, il serait certainement mort d'apoplexie foudroyante, si M. Legrand, son spirituel historiograplie ne nous avait annoncé sa mort en 1848.
de Tagcinoiit, acceptaient leurs méfaits envers leurs voisins. Les habitants des ksours, eux, n'avaient aucun acte de violence à se reprocher : ils n'avaient envoyé là leurs représentants que pour réclamer la dia de quelques meurtres commis chez eux par les nomades
Ol'VRAGKS DE DÉFEMf^E FI.AMQilJ.%MT E,i: lUUR DE CEINTURE DEil4 J.lRDlMg) DEiS KiiOURS.
Entre temps, je m'étais promené plusieurs fois dans les jardins de Tagemout. Ils sont, comme tous les jardins de ksours, séparés par des murailles en briques séchées au soleil. Le mur de ceinture du massif est flanqué, dans son pourtour, de plusieurs tours carrées à un étage, défendant l'approche et le pillage des jardins. On monte à l'étage par une échelle de cordes qu'on enlève après soi. De là, quelques Tagemoutis bien décidés pouvaient tenir en échec toute une troupe de maraudeurs arabes: on le sait, les fils d'Ismaël sont les plus tristes ingénieurs militaires qu'il soit au monde, et jamais ils n'ont pris la moindre bicoque convenablement défendue. La porte de chaque jardin est lermée par une serrure en bois, qui s'ouvre au moyen d'une clef également en bois, ou en passant le bras d'une manière connue seulement du propriétaire, par un trou carré pratiqué dans la muraille.
ARBOR1CUE.TIJRE J^AHARIEIVME.
Dans une de mes promenades, je rencontrai un Tagemouti et son fils, qui me montrèrent l'intérieur de plusieurs jardins et m'indiquèrent quelques-uns de leurs procédés d'arboriculture, que je trouvai admirables par les résultats. Ils sont très forts sur l'écussonnage, le greffage, la taille des arbres, les irrigations. Comme tous les propriétaires du monde, ils furent enchantés de mon admiration et des louanges que je leur donnais. Le petit garçon surtout, qui avait été un peu dans les marchés du Tell, prenait plaisir à me donner des détails.
Il me renseigna sur ses jeux avec ses camarades.
JEUX DES JE1IIVE9 AUIiALSii (bourgeois des Ksours).
« En automne, me dit-il, la garbout (toupie), les ak'ab (osse-
lets). En hiver, le jeu de balle. Armés d'un bâton dont une extrémité a été recourbée, nous poussons une balle que la partie adverse poursuit en courant. Nous nommons ce jeu coura. Au printemps, nous avons l'asm-allah-kach (saut du mouton) et la petite guerre. Deux partis se forment et s'attaquent à coup de morceau de terre. Certains de nous s'arment de frondes, d'autres de bâtons. Nous avons nos chefs. Je vous assure que le combat est parfois très curieux et que nous attirons des spectateurs. Il arrive bien, par ci, par là, des blessures assez graves ; mais cela est rare. D'ailleurs le blessé se glorifie lui-même. Nous agissons entre nous avec le plus de courtoisie possible. Cela n'est jamais qu'un jeu et nous chasserions de notre société celui qui aurait porté un coup avec haine, ou conserverait du ressentiment d'une blessure. »
J'achevai de gagner le cœur de cet enfant en lui mettant une pièce de un boudjou dans la main. Il me remercia avec une effusion qui me charma.
Les jours suivants, je le vis souvent près de nos tentes, et chaque fois qu'il pouvait m'aborder, il venait me souhaiter le bonjour avec beaucoup d'affection. Le pauvre enfant conserve peutêtre encore le souvenir du n'sar a (chrétien); puisse-t-il lui porter bonheur!
Souvent, nous allions nous promener dans l'intérieur du ksar Tagemout. Nous achetions quelques menus objets chez les marchands et en faisions présent à notre entourage i)Our remercier des bontés qu'on avait pour nous.
Nous eûmes la tentation d'une pipe à fumer le kif ; mais réfléchissant qu'on pourrait peut-être, malgré notre qualité de Français, nous attribuer un vice fléti'i par les indigènes, nous eûmes la sagesse de résister à notre désir.
liE KIF.
Ce qu'on appelle en France le hachich (l'herbe) et en Algérie le
kif (cliaiivro) soiU li^sflcni's el les feuilles desséchées d'une espèce de chanvre.
On ''onnaît clicz nous les propriétés de cette matière : elle pro^ (luit sur ceux qui la fument, un sommeil voluptueux tellciiicnt agréahle que le malheureux ([ui a connu encé à s'en servir, éprouve pour s'en griser un entraînement diflicile à guérir. Mais aussi quel réveil! Dans les premiers tem})S, une atonie qui dégoûte de la vie réelle ; puis, plus tard, l'abrutissement et l'étiolement. La face se décbarnc, les jambes flageolent, le sujet est hideux à voir: c'est une vieillesse anticipée <pii donne à l'oijservaîeur des impressions semblables à celles qu'on ressent chez nous en apercecevant un blasé par les liqueurs fortes.
Nous avons été plusieurs fois témoins des effets produits [)ar le kif. Le malheureux fumeur prenait sa pipe, dont le tube était grand comme le dé d'une petite fdle, la boni l'ait de narcotique, s'étendait dans un coin où il ne devait pas être dérangé, allumait et aspirait la fuuiée enivrante. Chaque bouffée ôtait de l'éclat aux yeux du fumeur. Bientôt arrivait le sommeil.
Souvent le capuchon dn !)urnous était rabattu sur la face. Mais nous eûmes plusieurs fois la chance de pouvoir contemple"" le jeu de la physionomie pendant cette ivresse. L'acteur (pii voudrait étudier sur un niasque humain, Je travail des passions, pourrait trouver là un fort beau niodèle. Nous avons conq^ris l'épuisement ressenti au réveil : il y avait dans cette heuie de volupté, les impressions de bien des journées ordinaires.
Les fumeurs de kif ne sont, heureusement, pas très nombreux: ce sont ordinairement des n:isérables qui cherchent dans ces rêves des consolations pour leurs peines. Partout la misère a des effets désastreux : en Angleterre, l'ivresse du gin; en Orient, celle du kif; dnns l'exti'ême Orio;!!, c;'lle C.v. Vo\n\u\u
Le meilleur remède à ces maux dépiadatit notî'c. espèce, c'(^ftt la charité. Les Musulmans le saveul fort bien, et l;;i!t en méprisant profondément ceux qui ne peuvent se guérir de cette aflVeuse
passion, ils s'appliquent à aider les malheureux pour ne pas laissa' augmenter le nombre des fumeurs de kif.
PRÉCEPTE!^ IIIU»IJL!*I%M^ ^IIR TiA CHARITÉ.
Le mahométisme est plein d'esprit de charité. Si Abd-el-Kader nous en citait souvent de bien belles maximes. M. Daumas, dans sou livre, le Grand Désert, en donne quelques-unes qui nous rappellent tout à fait celles que nous avons entendues dans le Sahara.
« Le prophète et, comme lui, tous les amis fidèles de Dieu, ont été les amis des pauvres. »
« L'aumône, c'est le réveil de ceux qui souuneillent ; celui qui l'aura faite reposera sous son ombrage, lorsqu'au jour du jugement Dieu ré^^lera le compte des hommes. »
« Il passera le Sirat, ce pont tranchant comme un sabre et qui s'étend de l'enfer au paradis. »
« L'aumône faite avec foi, sans ostentation, en secret, éteint la colère de Dieu et préserve des morts violentes. »
« Elle éteint le péché comme l'eau éteint le feu. »
* Elle ferme soixante et dix portes du mal. »
« Dieu n'accordera la miséricorde qu'aux miséricordieux ; faites donc l'aumône, ne fût-ce que la moitié d'une datte. »
« Abstenez-vous de mal l'aire, c'est une aumône que vous ferez il vous-même. »
« Un ange est constamment debout à la porte du paradis ; il ci'ic : Qui fait l'aumône aujourd'hui sera rassasié demain. »
Ces sentences étaient la règle de Sidi-?»fohauimed-Moul-el-Gandouz ; il les a recueillies dans les hadites du prophète et dans son cœur; et il les a commentées dans son livre sur l'aumône.
I/ORIRIVT E!^T \,,\ TKRRG rX..%N9(IQUff] RE 1..% MÉDKCIIVE.
Dans un carrefour de Tagemout, nous fûmes arrêtés par un j>;iuvrc homme qui avait les yeux très malades. Notre costume de couleur sombre nous avait fait prendi'c pour un médecin.
Les soins bienveillants donnés i)ai' nos docteurs français ont
vivement impressionné les indigènes. 11 y a là un précieux moyen d'influence dont il faut se servir hahilemcnt. C'est comme médecins que les explorateurs de l'Afrique centrale ont pu facilement pénétrer seuls, et sans autres moyens d'action, au milieu des populations les plus hostiles aux chrétiens. En Algérie, les médecins militaires sont accueillis partout avec la plus grande affection, même dans les contrées où la guerre a laissé les traces les plus sanglantes. On nous a affirmé qu'ils pourraient, en se faisant reconnaître par un anaya (passeport), traverser toute la Kabylie encore insoumise. •
Cette puissante popularité assez forte pour vaincre le fanatisme musulman, si terrible dans son intolérance, démontre combien le terrain est bon pour la médecine. Aussi l'étude de cet art a-telle été portée fort loin par les Arabes. Citer les noms, célèbres parmi nous, d'Avicennes et d'Alvaroès, suffit pour établir ce fait.
Le tribut de reconnaissance que l'humanité doit à ce peuple, est plus grand qu'on ne se l'imagine généralement. Chaque année, nos sociétés orientales font la découverte de nouveaux noms de médecins considérables et d'ouvrages érudits complètement ignorés jusqu'à ce jour en Europe. C'est ce qui fait que, dans certain monde savant, on considère désormais les orientaux comme nos maîtres dans l'art médical.
D'où viennent les préjugés répandus parmi nous sur les médecins arabes? Nous allons essayer de répondre à cette question; cela nous permettra d'essayer ensuite d'apporter notre petite part à la solution de celte autre question bien plus importante au point de vue de l'humanité : comment modifier le monde musulman au moyen de la médecine, comment user de riieureuse influence que cet art nous met entre les mains, pour diriger le génie de ce peuple vers le nôtre ?
Ei'ART D'ADlIlIVIfiiTKICK I.VM KB^]|ir.B>E^ 1%\\ PA<S FAIT
DK i>no<;iti<:Ni i>e:b*liin i.iovi akaisf.n.
Deux branches de la faculté de médecine, la chirurgie et l'hy-
giène, ont fait en Europe, depuis un siècle, des progrès tellement considérables qu'il ne peut plus être fait de comparaison entre Tétat de ces sciences chez nous et celui chez les Arabes. De là vient, suivant nous, la différence remarquable entre nos praticiens et les praticiens arabes.
Mais en est-il de même pour l'art d'administrer les remèdes? Des docteurs érudits, dans l'intimité, confient leur doute à cet égard
« Aujourd'hui, dit M. Pinny, il y a presque autant d'opinions sur les moyens de traitement qu'il y a de praticiens. Témoin cette masse d'opinions contradictoires sur la manière de traiter une seule maladie, la phthisie pulmonaire. Strol attribue la fréquence de cette maladie à l'introduction du quinquina ; Morton regarde le quinquina comme un moyen efficace de guéi'ison; Reid pense que si cette maladie est si fréquente, on le doit surtout à l'usage du mercure; Brillonet affirme que le mercure seul est etfîcace contre cette maladie, etc., etc. Et pourtant, il ne peut y avoir qu'une théorie de vraie sur la maladie. »
Nous ne nous trompons donc pas en constatant ce fait, que, depuis Alvaroès, l'art d'administrer les médicaments a fait fort peu de progrès en Europe. Cela est si vrai que la plupart des plantes médicales viennent de l'Oi'ient. Chaque fois qu'un remède souverain apparaît chez nous, tel que le Kousso, découvert dernièrement pour le ver solitaire, c'est toujours cette terre classique de la médecine qui le produit, jamais les régions similaires de l'autre continent.
Les préjugés contre les médecins arabes viennent donc uniquement de leur infériorité incontestable, sous le rapport de la chirurgie et de l'hygiène.
Cette infériorité esl fatale. La législation musulmane, ce maître absolu vlont nous avons cherché à donner idée à nos amis, empêche le vrai croyant de se livrer à l'étude indispensable pour devenir chirurgien expérimenté, la dissection, et d'admettre les
conditions liygiéniqucs autres que celles dont le législateur mahoniétaii a lait articles de foi.
De là, une place réservée aux docteuis européens aux foyers musulmans.
Nous pensons que cet heureux moyen d*action peut, s'il est dirigé avec sagesse, permettre d'tittaquer l'Islam dans sf^-s forces vives. Le principal contre-poids des exagérations religieuses est certainement l'étude des sciences positives. L'analyse parfaitement élaborée d'un i)hénomènc, fait disparaître toutes les chimères dont une imagination plus ou moins brillante l'a environné. Quelle autre corporation est plus faite pour remplir cette mission du bon sens contre le fanatisme, que celle des médecins? Aucune. Le seul tort (pie même on puisse lui reprocher, est, au contraire, celui de pécher par Irop de matérialisme. Le scalpel ôte la croyance. Ce défaut pourrait nuire à l'action sur les Arabes si l'on ne savait avec quelle pi'udence nos docteurs passent dans nos sociétés françaises, sans froisser les préjugés, et avec quelle sagesse ils profitent mê'i:e le [)lus souvent de ces préjugés, pour guérir leurs malades.
UM TOtJBIBS'^ (méflecJn) IMPROTI^É.
Dussions-nous être proscrits par la docte faculté, qui ne nous a donné aucune licence, nous avouerons que nous n'avons pu résister au désir de donner au pauvre halall (bourgeois) qui se ti'ouvait devant nous, quelques conseils d'hygiène, tout en protestant que nous n'étions pas toubibcs (médecins).
Ces conseils se résuniaient à prescrire l'hygiène des nomades, étudiée un })eu par nous pour notre usage particulier. En général, les yeux de l'homme de la tente ont un éclat qui étonne tous les voyageurs et qui fait un contraste frappant avec le regard éteint des Juifs et des gens des ksours.
liE GOUDROIV.
Signalons on passant le fréquent emploi par les toubibes arabes d'un remède de la pharmacie Raspail, le goudron.
r/est surtout dans l'art vétérinaire que ce vermifuge' est em- [iloyc. Les moindres blessures dans les temps chauds, après un lavage miimtieux, sont pansées avec un baume fait d'un mélange d'huile et de goudron. Traitées ainsi, elles se guérissent rapideîment. A définit de goudron, ils emploient le charbon de paille.
Nous croyons que notre art vétérinaire aurait beaucoup à butiner chez les Arabes.
nw. B.KtJR H^GIÈHK PADlTICîIîilÈRE.
Nous avons parlé de l'infériorité incontestable des médecins .'uabes sous le rapport de l'hygiène.
Il s'agit de s'entendre : nous voulons parler de cette hygiène universelle qui tient compte des conditions climatéi'iques aussi bien des zones glaciales, aussi bien des zones les plus équatoriales que de la zone tempérée du méridien de Paris. Sous ce rapport, romme sous tant d'aulres, nous croyons que la France tient bien ]e drapeau de l'association universelle des peuples.
Est-ce à dire pour cela que nos connaissances des hygiènes particulières soient tellement parfaites que nous n'ayons rien à appiendrc, tout à enseigner? Nous sonunes d'une opinion contraire il celte prétention. Nous avons trop vu, dans la pratique, combien les préjugés du climat que l'on a habité dans la jeunesse dominait même chez le savant le plus érudit, pour ne pas croire à la puissance de la tradition comme enseignement hygiénique. Pour ce ([ui concerne les pays musulmans, cette tradition a été tellement puissante (pie le législateur religieux s'est emparé des moindres pi'cscriptions d'hygiène pour en faire articles de foi et d'obligation civile. Les Musulmans connaissent donc fort bien leur hygiène particulière. Comme chacune des deux civilisations, européenne et mahométane, a suivie une marche presque isolée de l'autre, on remai'que pour cette science, ce que nous avons déjà roustaté pour l'économie sociale et pour l'his'.oii'e, et ce que M. C... nous fil remarquer pour la géographie, lors de notre rentrée au camp : des
deux parts, du côté de l'Europe aussi bien que du côté de l'Islam, de l'ignorance pour les faits concernant l'autre civiHsation.
Ainsi, il est urgent d'encourager le {)lus possible les société? d'orientalistes, et dans toute installation dans un pays appartenant à l'Islam, nos médecins doivent se renseigner près des indigènes, pour améliorer la santé publique de leurs nationaux.
Il est, entre autres, deux genres d'bygiène que nous trouvoni bien précisés par la tradition musulmane et fort peu connus ches nous : c'est l'hygiène de l'eau et l'hygiène de la ventilation. I est vrai de dire que si l'on consulte la docte faculté {*) pour U moindre dérai^gement de santé, on évite de prendre son avi{ dans les graves circonstances qui sont les causes permanentes d( ces dérangements, travaux publics, constructions, disposition! des appartements, foj-age, aménagement des eaux potables, etc
M. C. . ., lorsque nous l'aperçûmes, tenait en mains la carte du Sahara algérien. Il y marquait, suivant sa coutume, tous lef renseignements qu'il avait recueillis en causant avec les indigènes,
Il me fit remarquer les erreurs singulières commises par noî compatriotes dans la désignation des lieux. C'était, à l'adresse des géographes européens, le même reproche que j'avais entendi articuler à Alger contre les Arabes : lorsqu'ils s'étaient établis dan! la Mauritanie, ils avaient pris le nom générique berbère tel qu( fontaine, par exemple, et y avaient ajoute le nom générique arabe, de manière que cela faisait la fontaine de la fontaine, h vallée de la vallée, etc.
Ainsi, la plupart de nos cartes européennes portent pour le col de Mouzaïa, célèbre pa ' nombre de combats, le nom de col de
(*) Cette observation peut s'appliquer surtout à nos compatriotes. Nouî avons vu avec peine, depuis la rédaction de notre manuscrit, lamanièn assez cavalière avec laquelle on a traité les observations des médecin! sur les travaux de l'agrandissement de Lille. Les générations futurei nous reprocheront cela avec raison.
Téniat , ce qui est un pléonasme, Téniat signifiant col en irabe. Nous avons le territoire du territoire, la source de la source, etc.
La carte actuelle du Sahara algérien, dressée par des officiers expérimentés, est vierge de toute désignation de ce genre; mais ces pléonasmes sont fréquents dans toutes nos cartes des pays musulmans peu explorés par les orientalistes. Beaucoup de ces erreurs proviennent du fait des guides indigènes peu intelligents ou cherchant à égarer le chrétien qui se renseigne sur le pays. On questionne, et on répond en vous donnant le nom générique qu'alors on prend pour le nom propre.
De plus, il est un fait auquel il faut bien prendre garde lorsqu'on dresse une carte des pays arabes : c'est la position des marchés.
On sait combien les marchés ont d'importance pour les peuples pasteurs. La vie des Arabes se passe à courir de marché en marché. Cela se comprend. Nos villageois viennent souvent à ceux de nos villes, pour vendre leurs produits et acheter des vêtements. Mais dans l'époque économique oii nous sommes, l'échange a pris chez nous un tel caractère d'activité que ces relations sont de moins en moins indispensables: pas de village qui n'ait ses marchands, ses cafetiers, épiciers, etc. Il en est autrement chez les nomades, oii rien de cela n'existe.
A jour dit, on se réunit sur un point désigné, et là, toutes les affaires, toutes les opérations, coupe de cheveux, saignée..., toutes les entrevues d'affaires et de relations, toutes les réclamations au chef, toutes les discussions, tous les procès, en un mot, tous les actes de la vie sociale, s'accomplissent. Le soir, chacun retourne chez soi, et cet endroit si animé quelques heures auparavant, est le plus souvent tout à fait désert. C'est ordinairement une plaine ou un plateau admirablement choisi connue centre de relations.
D'après cela, qu'on se figure la confusion des noms sur une carte: le luarclié étant ordinairement désigné par le nom du jour où il a lieu, les sept jours de la semaine se trouvent répétés sur tous les points du territoire. En examinant la carte de la Kabylie, tracée avec tant d'intelligence par M. Carotte, on voit cela de suite. Le seul fil conducteur dans ce dédale, c'est celui que les indigènes ont adopté : le nom delà tribu oii lemarcfié a lieu. M. Carette l'a fort bien compris. Alors, il devient fort clair, par exemple, que le tleta des Issers est l'endroit oii se tient, le troisième jour, c'est à dire le mardi, un marché dans le territoire des Issers : la carte d'Algérie n'est pas condanmée à exposer en cent endi'oits invariablement les mêmes noms. Qu'on se garde donc de suivre les traditions des {)remières administrations françaises. Qu'on laisse, puisqu'il l'a pris, le nom d'arba (quatrième jour, niercrcdi) tout court, au village de la Mitidja. Que chaque autre arba soit toujours accompagné du nom delà tribu.
0.) aurait tort de croire, malgré leur ignorance très grande en géographie eui'opéenne, que les Arabes n'ont pas travaillé beaucoup cette science. Nous leur devons les premiers dictionnaires géographiques. En outre, toutes les contrées de l'Islam ont été parfaitement étudiées par eux. Ils ont coimu et fort bien décrit, longtemps avant nous, l'Inde, la Chine, l'Afrique orientale. Nos seules connaissances sur l'Afrique centrale avant les explorations hardies de ces derniei's lcni|)S, viennent de Léon l'Afiicain, un maure de Grenade. Trois géographes arabes très estimés des Musulmans, El-Bekri, Ebn-Batoutah, Ebn-Khaldoun, ont fiiit des ouvrages très éiudits, dont la traduction rendrait les pins grands services à la science européenne. Espérons que la société asiatique, qui comprend si bien sa mission, mettra sous i)eu ces œuvres dans les mains du public européen (*).
(*) Celte publication a été laite en 1858. No.s anii.s peuvent lire ces ouvrages :
La tente de M. Ca.., chef du bureau arabe de Lagouat, se trouvait près de la nôtre. Gomme il était dans sa circonscription, il rendait justice à ses administrés. Nous assistions souvent aux seiiuces. Gela nous procurait toujours de nouveaux renseignenients sur la législation mahométane. Le secrétaire de M. Ca. . . le jeune spahi français, qui voyait l'intérêt que nous prenions à l'ctude de l'Islam, eut la bienveillance de nous raconter le fait suivant, dont, disait-il, un de ses amis indigène? avait été témoin.
SERMENT SUR I.E TÉI.A.C (divori-e).
Le serment est, dans l'Islam, un acte très grave. Sidi-Krélil l'ontient des chapitres entiers poui' surveiller l'exécution de ce jqu'il appelle : a une déclaration qui établit comme positif et 'obligatoire ce qui ne l'était pas. »
11 existe, entre autres, une manière d'engager la parole, employée souvent par les Arabes, c'est de faire jurer sur le télac (divorce). L'homme qui a fait ce serment, est obligé ou de tenir sa promesse, ou de répudier sa femme. On conçoit combien cela est douloureux : jamais on n'est assez maladroit pour faire jurer sur le télac un mari fatigué de son ménage. Ge qu'il y a de plus Icrrible, c'est que le législateur, comprenant parfaitement qu'un nouveau convoi entre les époux divorcés ôterait tout caractère à la loi, prescrit que cette réunion ne peut avoir lieu que lorsque la tenune sera divorcée d'un autre mariage.
Le pauvre mari qui a juré sur le télac est donc bien malheul'cux, s'il ne peut accomidir sa promesse. Il est condamné ou à Ane séparation éternelle, ou à re;, rendre sa fennne. Dans quelles louditions? Nous n'osons y faire songer un mari français. Il CvSt 'lai que souvent il est avec la loi des accommodements. On em-
l'Il-Bckri, journal asiatique 1.S5S.
I^jn-Iiatoufah, chczU. I)n[)i'al, lilji-airo, Paris. v.bn-Khaldoun, Paris, 3 vol. iii- 1"
Nous si,i>nalous ces achats utiles à la coiunussiou de la bibliothèque le i.iUe.
ploie l'intermédiaire d'un ami intime qui épouse la femme et divorce aussitôt. Mais que de souffrances pour le vrai mari, surtout s'il est de la même race qu'Othello, comme les Arabes sont presque tous ! Heureux qui possède un véritable ami aussi bien dans les régions de l'Islam que sous le ciel de notre France !
L'Arabe dont il s'agissait avait, dans un sentier étroit, rencontré un créancier. Celui-ci, furieux, avait empoigné la bride du cheval en vociférant quil ne la lâcherait pas si son débiteur ne jurait sur le télac qu'il paierait avant de descendre de son cheval. Le pauvre diable, honteux et confus, fut obligé de prêter le terrible serment.
Comme il n'avait pas d'argent, le soir, pensif et la mort dans le cœur, le malheureux retournait à sa tente. Comment annoncer à sa chère Sora, qui l'aimait tant, cette triste nouvelle. Chemin fesant, il aperçut dans une gorge un homme à pied attaqué par des maraudeurs. Sans songer au nombre , il lança son cheval au galop contre ces bandits et les mit en fuite. L'homme délivré des assassins était un talet) très instruit qui, pour prouver sa reconnaissance, lui donna le moyen de sortir d'embarras, sans répudier sa chère Sora. « Va à Tlemcen consulter le cadi de la part de son ami, Si Hadj-Ahmed-ben-Krodja; dis-lui que je suis en bonne santé et conte-lui mon aventure d'aujourd'hui : sois certain qu'il te donnera un bon conseil. Aie confiance en Dieu, il peut tout. »
La solution du problème de jurisprudence musulmane, comment descendre de cheval sans violer le serment, fut trouvée aussitôt par le cadi. Monter sur les étriers; passer près d'un arbre ayant des branches à portée; en saisir une fortement; laisser le cheval glisser sous soi. 11 paraît que cela n'est pas descendre de cheval, c'est descendre de l'arbre.
On voit que la fluiieuse figure de la toile d'araignée où passent les gros et oii restent les petits, est aussi souvent applicable aux juges de l'Islam qu'elle ne l'était jadis aux Romains. Nous avions
dans la pensée le nom d'un pays qui nous est cher à tous : nous nous sommes arrêtés à temps.
IJIV FAIT TRÈ«» TÉRITABL.E, QUI POVRTAMT POURRAIT
TROIITER l^Eâ iMCRÉDUI.E<S, SI TOUiS
liElS liECTEURS M ÉTAlEx^T PAS MOS AIIIS (*),
Dans une de nos promenades dans le ksar, nous rencontrâmes le kalifa Abd-el-Kader-Ould-Froun. Nos âges nous avaient beaucoup rapprochés: il avait montré quelque sympathie pour nous, et nous lui avions rendu quelques petits services. De façon que le capitaine C. . . nous avait surnommé les deux amis, et que tout notre entourage nous désignait ainsi. Tout en devisant xlans la ville, Abd-el-Kader, qui avait pris la tournure d'un coq de tribu, ciré à la turque sa moustache, jeté une couronne de jasmin autour de sachâchia, mis dans ses deux narines, qu'il portait au vent en se cambrant fièrement dans les larges plis de son burnous, ces deux fleurs classiques de jasmin ou d'oranger donnant un aspect
(*) Les mœurs des femmes d'Agades ne sont guère dignes d'éloges. Un matin, arrivèrent dans notre maison cinq ou six femmes ou filles qui venaient m'offrir leurs services, alléguant avec une grande naïveté que l'absence du sultan rendait toute retenue superflue. Deux d'entre elles étaient assez jolies et bien faites, sans trop d'embonpoint; elles avaient de longs cheveux noirs retombant en tresses, des yeux vifs, le teint clair comme beaucoup de femmes à Agades, et les traits agréables. La plus grande d'entre elles était toute vêtue de blanc. Elles n'avaient pas de voile, mais portaient, plutôt par coquetterie que par décence, une sorte de coiffure, et avaient toutes le sein couvert.
Je ne me laissai pas ébranler dans ma prudente réserve par les séductions de ces femmes. Si un Européen pouvait se faire suivre, dans iCfcs pays, d'une compagne, il gagnerait beaucoup dans l'opinion des indigènes qui ne comprennent pas que l'on puisse vivre sans femme. Quoique cela ne soit guère faisable, il est bon, dans l'intérêt du succès même de l'entreprise à laquelle on se livre, de se conduire avec sagesse, dùt-on même s'exposer aux railleries des indigènes, moins scrupuleux sur ce point. (D'" Barth, page 263, tome 1, Afrique centrale, Parie, jl863. Le docteur Barth a visité Tombouctou et le lac de Tsad. Ses iVoyages viennent de faire avancer considérablement les connaissances géographiques dans les parties inconnues de l'Afrique centrale).
si original; notre ami Abd-el-Kader, disons-nous, nous offrit de l'accompagner dans une visite intime qn'il allait faire à une dame de Tagemout : « Tu feras connaissance de la sœur » cadette, me dit-il, c'est une liourie de 15 ans à l'œil de » gazelle ; ses sourcils noirs sont desnouns renversés; ses zeizas » sont blancs connue de l'ivoire etc., etc., »
Malgré certain diable qui nous poussait vivement à juger, d'après nature, des mœurs sabarienncs, nous eûmes la force de résister à notre envie. Nous étions trop en évidence : chacun de nos faits et gestes était étudié et interprété. D'ailleurs ne pouvionsnous pas attirer quelques désagréments à noti'e hôte si gracieux, M. le capitaine C. .? Nous répondîmes sans hésiter à Abd-el-Kader qu'il montrait nous estimer fort peu en faisant une pareille proposition : « Quand je prends du vin avec le capitaine, ajoutai-je en- » suite, est-ce que je t'invite à boire? Je croirais te faire injure, » car cela est défendu par ta loi, etc., etc. »
Le pauvre Abd-el-Kader fut tout confus. Pourtant, je ne sais s'il me comprit bien. Beaucoup de Français sont moins pointilleux : il en avait eu cent preuves dans le ïell.
Mais une pai'tie du Tell est maintenant en grand travail de modification dans le sens européen : on cherche à fusionner les races et les idées, pour raccorder l'amalgame à notre civilisation. Cet essai ne peut malheureusement donner des résultats que par la corruption des principes de l'une et l'autre doctrine. Quelqu'opinion qu'on ait à ce sujet, on sera, certes, d'avis qu'il faut se garer de pareille entreprise sur le Sahara : ce pays doit conserver bien longtemps encore son caractère musulman. Nous devons lui laisser ce caractère afm d'avoir toujours entre nos mains une brèche sur l'Islam, notre voix à la Mecque.
Cette précieuse action de la France, sur cette puissante société, est évidemment un des plus grands résultats de la conquête de l'Algérie. Employée avec intelligence, ne doit-elle pas nous permettre de réagir sur tous les cœurs musulmans?
Qu'on songe avec quelle rapidité la centralisation établie à la Mecque,par les pèlerinages, répand les nouvelles dans l'Islam. Partout où se trouve un Mahométan, on sait ce que fait la France en Algérie et en Orient. Nous avons entendu de nos propres oreilles raconter, en plein Sahara, la campagne du 1" cojisul en Egypte avec une précision de détails, qui nous a étonnée, par un cadi qui ignorait les moindres faits de notre histoire européenne. 0IJELQIJES remseignehieivt^ imtîmf.^ a i^'usage de ivos
A.m» f^UI TOUDRAIEMT I^IER DEl^ REI.ATIOMS iSlJlVlKS ATEC liES MUSULIUAIVi^.
La bonne tenue sous le rapport des mœurs au point de vue mahométan, la réserve dans les paroles, la bienséance, sont indispensables à toutes personnes qui veulent avoir de l'influence sur les Arabes.
« La pudeur modérée est une source de respect; la pudeur ex- » cessive est un djinn malfaisant qui tyrannise à chaque instant; » la pudeur insuffisante dépouille de la décence et de la dignité.» (Préceptes de Platon cités par les tolbas algériens).
«Le kalife Omar, en satisfaisant ses besoins naturels, se cachait I tqute la tête, honteux d'être, en pareille affaire, la face découverte devant Dieu {Commission scientifique de l'Algérie). »
Certains officiers, fort instruits d'ailleurs, n'ont pas réussi dans les affaires arabes, sans tenir compte de la question de célibat, dont nous parlons plus loin, parfois pour des motifs les plus vulgaires.
y\insi, on nous en a cité d'aucuns qui avaient froissé leur entourage indigène pour n'avoir pas eu l'éducation assez anglaise sous le rapport des choses que nos voisins appellent inexpressibles (^).
(*) Il m'expliqua avec une grande naïveté une coutume payenne, identique à celle des Européens, mais tellement abominable aux yeux des I Mahométans, que celui qui n'y renoncerait pas courrait grand risque de périr victime de leur fanatisme; je veux parler de l'habitude de se tenir debout pour satisfaire certain besoin naturel. (D^ Barïh, page i24, tome 2).
PRKJVGÉIS nmSUIiUlAMS fiUR l^Wlfi CÉI.IBATAIRE9.
Oa se lait généralement une idée fausse des mœurs et de !a bienséance musulmane.
L'Arabe, sous nombre de rapports, à une décence enfantine et des principes qu'il est dangereux de froisser et qu'il est urgent de connaître lorsqu'on veut être respecté par lui.
Que les voyageurs soient donc indulgents pour les officiers dont l'intérieur, dans certains pays où l'habitation d'une femme européenne est impossible, est quelque peu africain.
Un célibataire, hormis quelques bien rares exceptions, est généralement peu considéré des Arabes. îl est craint comme un homme dépravé. Les Arabes disent des célibataires ce qu'en a dit Montesquieu (livre XXII, chap. XXI, De l'esprit des lois) : « Moins » il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages: » Comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols. »
Rappelons à ce sujet l'histoire (ort connue en Orient, de ce diplomate chargé d'une mission importante en Egypte, qui, pour réussir, a dû, sur l'injonction du cadi, épouser, pour les six mois de son sgoui', une jeune femme du voisinage : elle a consenti, pour quelques avantages pécuniaires, à traiter cet hymen à courte échéance.
Au point de vue de notre civilisation, ce fait est odieux : il froisse gravement toutes nos idées sur l'organisation de la famille, sur la puisscuce des liens du mariage. Le génie de nos législateurs a doniié à nos femmes toutes leurs garanties dans l'indissolubilité de ces liens. La civilisation musulmane est partie d'un principe diamétralement opposé. Elle base complètement la position de la femme sur l'intérêt pécuniaire. De là, un fait remarquable : c'est que si nos Françaises sont sous le rapport moral, dans une position qui fait le plus grand éloge de notrvi état social, cette indépendance et ce prestige sont parfois achetés si cher qu'on peut regretter souvent notre vieil état patriarchal.
Aussi nos penseurs qui ont écrit de si belles pages suj' l'escla-j
vage des femmes mahométanes, seraient bien surpris que la plupart des dames dont ils se sont faits les chevaliers, hausseraient les épaules en écoutant leurs dissertations C). Nous avons assisté à quelques discussions sur ce sujet délicat entre des Européennes et des Musulmanes; un jour, entre autre?, à un colloque fort animé entre une Française assez fûtée et une jeune Mauresque, fort patriote. Nous sommes forcés d'avouer, malgré notre opinion aussi française que possible sur la matière, que l'Européenne n'obtint la victoire qu'en subissant une satire près de laquelle la satire si connue de Boileau, n'est que de l'eau de rose.
Pour terminer en quelques mots un chapitre dont le sujet nous a paru des plus délicats, nous devons citer les services que rend au point de vue français, sous le rapport de la moralisation de la colonie, M. le général Randon.
Montrer aux Arabes d'excellents foyers domestiques parfaitement organisés suivant la morale française, c'est attaquer victorieusement cet abandon de mœurs qui sépare tant le monde musulman de la civilisation eupéenne.
liEi^ HAlMEfS MATIOMiUiE^i PROTIEJVMEMT DES PRÉJUGÉS.
Ces services sont précieux. Les Musulmans ont aussi, de leur côté, les plus grands préjugés sur nous. Qu'on en juge par le fait suivant.
Le krodja (secrétaire) du bureau arabe d'Alger nous peignait un jour avec beaucoup d'esprit, les idées absurdes que, dans certains temps, comme la plupart de ses compatriotes, il avait des Français. Entre autres choses, il nous raconta que pendant bien longtemps, il nous avait cru incapables d'un sentiment de famille. Ce
(*) Nous arrivâmes à Rokorotsche, où nous rejoignit la femme de Grema, qui était restée pendant tout le temps chez son père, à Moustafadji ; je mentionne ce détail, cette visite d'une l'emme mariée dans la maison de ses parents étant l'argument le plus propre à donner aux Européens une meilleure idée de la vie de l'amille des Africains, car on Ignore réellement en Europe les bons rapports dos époux entre eux dans ces contrées. Mon guide, dont je ne ralVolais pas du reste, m'en otVrait avec sa femme le plus remarquable exemple. (Docteur Barth, page 147, tome 3).
célibat de presque tous les militaires français, celte vie passée loin (le tous ses parents, pour lui, comme pour la plupart des Algériens, malgré certain entraînement qu'il ressentait vers nous, était un problème auquel il ne pouvait donner une solution à notre avantage (^).
« Le général Bosquet, dit-il, que je servais, me mena un jour » en France. Parmi toutes les merveilles de votre .pays, savez-
> vous ce qui m'étonna le plus? Vous ne le devineriez jamais. Ce » fut de voir la tendresse avec laquelle M. Bosquet embrassa sa » mère. Je fus témoin pendant un mois du dévouement filial du » général. Le poids qui m'oppressait le cœur tomba tout à coup. » Malgré toutes les preuves de dévouement que je croyais avoir V données au général, je sentis que je ne l'avais pas assez aimé !
» Dans mon voyage, j'ai eu l'occasion de voir d'autres lamilles » françaises. On s'aime tout autant chez vous que chez nous. Si * les hommes se connaissaient mieux, ils ne se haïraient pas
> tant. »
Gravons en lettres d'or cette conclusion du krodja. Mettons de la lumière partout. Le jour oti nous connaîtrons parfaitement nos frères les Musulmans et oii nous leur aurons fait apprécier notre civilisation, il n'y aura plus de question d'Algérie ni de question d'Orient.
Tout en songeant aux maux produits par les préjugés humains,
nous étions arrivés près de notre camp.
Un spahi que nous accostâmes, nous fit remarquer le Guettaf, Cette plante est connue à Alger sous le nom de Sououak ; or
s'en sert comme de brosse à dents. Pour cela, on coupe un mor-
(*) Ceci l'amena à prélendra que l'abus des boissons était, chez le: chrétiens et les Européens, la conséquence directe de la monogamie, le époux mal assortis, attelés pour toujours sous le morne joug insuppor table, devant chercher à noy^r leur tristossH et leur chagrin dans li bière et le vin. Il est du reste un fait,c'est que les Musulmans sont beau coup plus attachés au foyer domestique que les chrétiens (Docteur Barth page 128, tome 2).
ceau de la racine, qui est bien filandreuse, on l'effile par un bout, de manière à en former une petite touffe avec laquelle on se frotte les dents. On dit que cette racine a un goût salé. Les pèlerins de l'ouest, en traversant les contrées de l'intérieur, en font provision. Elle se vend bien à Alexandrie et dans les villes des Etats barbaresques.
Plusieurs nouveaux personnages étaient venus ajouter de l'intérêt aux conversations du soir.
Le despote Djelloul parlait peu et écoutait beaucoup. Il passait une bonne partie de son temps à faire des agaceries à son deuxième fils, un entant de quatre à cinq ans qui était venu le rejoindre. Le jeune Bou-Beckre montrait déjà le caractère fier, sauvage et tyrannique de monsieur son père. Le premier jour que je le vis, il répondit par une grimace, aux quelques regards que je jetais sur lui. Pourtant, nousfûmes vite bons amis : les enfants apprécient avec un tact parfait les personnes qui les aiment. Bou-Beckre ne me regarda donc plus en grimaçant et vint même me serrer la main, ce qui me fit gagner énormément dans l'estime de Djelloul. Jusqu'alors le terrible aga avait répondu par une indifférence complète à la profonde antipathie qu'il sentait en moi ; mais lorsqu'il me vit caresser Bou-Beckre, il s'occupa de moi et me parla avec affection.
TRACE DE liA CiRA'VUE ÉPOQUE SCIEMTIFIQUE DEiîi ARABES.
Le cadi du bureau de Lagouat attira notre attention aussitôt que nous le vîmes. C'était un jeune homme d'une trentaine d'années, d'une beauté ravissante: son front était haut et large, ses yeux pleins d'une douceur séduisante, son port, d'une noblesse antique. Il mangeait peu, parlait j eu, tirait délicatement avec le bout des doigts, un morceau de mouton rôti, ou une cuisse de poulet dans le ragoût: faisant en cela conti'aste complet avecSi- Abd-el-Kader, très érudit légiste, mais mangeur fort malpropre.
allant niêrne jusqu'à racler ses mains graisseuses sur le bord du plat, de manière que le jus exprimé retombait dans la sauce du ragoût. Vers la fin de notre petite soirée à Tagemout, M. C. . . vint, nous ne nous rappelons plus à quel propos, à causer science. Le jeune cadi Lagouati qui, jusqu'alors, s'était tenu sur la réserve, prit la parole et parla de la pesanteur de l'air, de l'atmosphère, des nuages, des météores aqueux et même des premiers principes de l'électricité, avec une rectitude d'idées qui nous étonna d'autant plus qu'il ne savait pas un mot de français. Questionné sur Toriiiine de ces connaissances et sur celle de bien d'autres qu'il paraissait avoir, il nous dit qu'il les avait p/ises à la lecture de certains livres arabes.
M. le capitaine Ca. . ., son hakem, nous affirma ce fait (*). De là, ne peut-on pas conclure qu'on a eu tort d'avancer l'ignorance
(*) Le docteur Barth, pendant son séjour dans le royaume de Bagheermi, près du lac de Tsad, dans l'Afrique centrale, signale un fait qui démontre l'amour de certains Arabes pour les sciences et les lettres.
«Un personnage réellement extraordinaire pour ce pays, était Fakî- Sambo, poullo déjà âgé, aveugle, maigre, à la taille svelte, à la barbe rare et aux traits pleins d'expression. Je ne me serais guère attendu ù rencontrer un homme semblable à Masséna, ville privée de toute relation avec le monde civilisé et même avec les régions Je l'Afrique les plus avancées. Il connaissait non-seulement toutes les branches de la littérature arabe,mais même les parties d'Aristote et de Platon traduites en arabe, ou, pour mieux dire, entièrement adoptées par l'islamisme. Il les avait lues et les possédait même en manuscrits. En outre, il connaissait à fond tous les pays qu'il avait eu occasion de visiter. Jamais je n'oublierai le jour où je vis pour la première fois Faki-Sambo, qui devint bientôt mon ami : le malheureux aveugle était assis dans sa cour, devant la porte de la petite hutte de roseau où il passait ordinairement la journée, entouré d'un tas de manuscrits, il s'amusait à les palper, comme Polyphème tâtait ses brebis qu'il ne pouvait plus vo:r. Faki-Sambo était né dans le Wada"i méridional (Africiue centrale), où ses parents avaient émigré. Dans sa jeunesse, son père, savant luimême et auteur d'un ouvrage sur le Ilaoussa (Afrique centrale), l'avait envoyé en Egypte où il étudia pendant plusieurs années dans la mosquée El As Har. Sambo se proposa alors de visiter Sebib, dans l'Arabie méridionale ou Yemen, ville déjà très célèbre chez les anciens Arabes, par la science des logarithmes (el-hessab), etc. »
des Arabes en physique ? Nous leur devons les principaux rudiments des sciences modernes, pourquoi celle-là serait-elle exceptée?
Très probablemant, lorsque nos orientalistes auront déchiffré plus de manuscrits musulmans, nous serons forcés d'augmenter de beaucoup notre tribut d'admiration envers la civilisation mahométane au temps de sa grande époque, et peut-être parlerons nous dans nos écoles, autant des Arabes que des Grecs et des Romains.
Les cadis Si-Kamel et Abd-el-Kader étaient éblouis des discours du jeune Lagouati. Leur amour-propre de savant fut blessé des éloges que chacun de nous adressait. « Nous verrons » si demain il sera aussi fort en législation, nous dit Abd-el- » Kader, lorsque le jeune cadi eut quitté la tente au moment du * coucher : il n'y a de vrais savants que ceux qui connaissent à » fond les préceptes de Sidi-Abd-AUah (Mahomet). »
ISAMCTIOMS DEIS I.OIS iSIAHOiMÉTAMES.
Couchés dans notre lit de cantine, dans le silence de la nuit, le trait de Parthes lancé par le vieux cadi, nous fit réfléchir. Nous pensâmes à l'effet que produirait au milieu de l'Institut de France pareille proposition émise par un théologien catholique: chacun frémirait d'indignation sur sa chaise curule. Pour les Musulmans, l'argument était sans réplique, la première de toutes les sciences étant l'étude des lois de l'Islam. Cel-a se comprend parfaitement : comme il a étéétabli, la législation mahométane, scellée d'un sceau divin, embrasse tout ce qui régit l'homme ou est indispensable à l'homme.
De plus, comme nous avons également cherché à le démontrer, le code du Prophète, si sage, si étendu, est l'arche sainte de la liberté publique: le plus misérable des hommes peut sortir de la foule, le livre sacré à la main, pour lutter en tribun contre le tyran le plus formidable.
On peut juger des ordres religieux organisés pour la défense
du droit public et environnant tout l'Islam du réseau de leur; fils, par cet extrait des études de M. le capitaine De Neveu (*).
Sept ordres religieux ont des affiliés en Afrique.
r L'ordre de Sidi-Abd-el-Kader-Djelali pour le patronag( des pauvres et des êtres souffrants.
2* L'ordre de Moulci-Taleb, à la tête duquel figure uu niembn de la famille de l'empereur du Maroc. Ce sont les Kouans (le Frères) de cet ordre qui anéantirent, à Sidi-Brahim, le peti corps du colonel Montagnac.
3* L'ordre de Sidi-Mohammed-ben-Aïssa, qui s'occupe de mé decine.
4* L'ordre de£idiMohammed-ben-Abd-er-Rhaman-bou-Gueteren fondé à Alger et réunissant par un lien de fraternité les Arabe et les Kabyles souvent opposés d'intérêts et surtout de carac tère.
5* L'ordre de Sidi-Yousef-el-Mansali, fondé à Constantine e circonscrit à la banlieue de cette ville.
6* L'ordre de Sidi-Ahmed-Tedjini, fondé à Ain-Madhy pou rapprocher les populations éparses du Sahara, et possédai! quatre mosquées à Tunis, deux à Constantine, deux à Alger une à Boue.
7* Les Derkaoua. Comme celte association religieuse offre de particularités intéressantes pour l'intelligence de l'insurrectio d'El-Garnough décrite plus loin, nous copions presque textuel lement le travail de M. Garette, Univers pittoresque, page 13J
c Au commencement de 18i5, un événement terrible, d'u caractère tout à fait insolite, vint révéler inopinément l'existenc
(*) Voir le travail de M. le capitaine du jrénie Carette, secrétaire ( la commission scientifique, inséré dans VUnivers pittoresque, volume R gemes harharesques. Ce résumé des travaux de'la commission estje mei leur guide qu'un touriste puisse choisir pour un voyage en Algéri C'est avec ce hvre que nous avons visité le Tell. 11 nous a rendu 1 plus grands services.
d'une nouvelle association clandestine, constituée en état permanent de révolte et de conspiration. »
c( Le 30 janvier, vers dix heures du matin, une soixantaine d'Arabes précédés de deux cavaliers et de quelques enfants, passèrent près d'un poste avancé se dirigeant vers la redoute de Sidi-bel-Abbès. Au qui-vive des sentinelles, ils répondirent par la formule d'usage, semi, semi (amis, amis), et poursuivirent leur chemin. Ils arrivaient en chantant près de la redoute, dont ils allaient franchir le seuil, lorsque le factionnaire s'opposa à leur passage et voulut les visiter. Aussitôt deux coups de yatagan, assénés sur la tête, le renversèrent dans le fossé. »
« Alors les conjurés tirent les armes cachées sous leurs burnous, pénètrent dans la redoute, et se dirigent vers les chambres occupées par les officiers, en déchargeant sur tous ceux qu'ils rencontrent, leurs fusils et leurs pistolets. Au bruit des détonations, le combat s'engage, mais ne dure pas longtemps: les conjurés étaient entrés dans la redoute au nombre de 58 ; ou bout de dix minutes, on comptait sur le sol 58 cadavres. »
« Une enquête commence aussitôt et ne tarde pas à faire connaître que les conjurés appartenaient à une tribu voisine et étaient affiliés depuis peu aux Derkaoua, société secrète qui compte de nombreux adeptes en Algérie et au Maroc. Un marabout arrivé récemment de Fez, avait persuadé à ces malheureux qu'il était en leur pouvoir d'anéantir les chrétiens. Pleins de confiance dans ses promesses, ilss'enivrèrent d'opium et de hachich, et entrèrent dans la redoute en chantant les louanges de Dieu, qu'ils remerciaient à l'avance de leur triomphe. »
« C'est ainsi que s'est révélée l'association religieuse des Derkaoua. Ils tinrent leur nom de Derka, qui veut dire révolte. »
» Les Derkaoua professent, en matière religieuse, un ascétisme rigoureux, et en matière politique, le radicalisme absolu. Ils ne reconnaissent comme légitime d'autre pouvoir que celui de Dieu, et rejettent toute idée temporelle qui ne s'appuie pas sur le raaho-
j^4 UN MOIS DANS LE SAHARA
niétisme. 11 ne peut se manifester dans l'Islam des germes de mécontentement , sans qu'aussitôt un Derkaoui surgisse pour exploiter et développer l'irritation naissante. — Aussi ont-ils été er révolte continuelle en Algérie, contre les Turcs, au Maroc, contre les chérifs. »
« En 1784, révolte de Derkaoua à Tlemcen; — en 1808, ils détruisent le camp du bey de Gonstantine; — en 1809, soulèvemeni dans l'Ouest et blocus pendant deux mois du bey Miistapha-el- Miinsali dans les murs d'Oran; — en 1835, un marabout derkaou livre bataille à Abd-el-Kader sous les murs de Milianah ; — er 1838, le même dispute encore à l'émir, à la têle des Ouled-Mokhtar, le passage du mont Dira, etc., etc. »
« Les Derkaoua se reconnaissent facilement à leur extérieur. Ordinairement, ils portent à la main un bâton armé à son extrémité d'une pointe en fer, et, au cou, un chapelet formé de groj grains. Leur vêtement de dessus est presque toujours remarquable par un luxe de haillons; mais ces guenilles recouvrent souveni des vêtement propres et même riches. Ils affectent une prononciation cadencée et un certain grasseyement des lettres gutturales. »
« Les Derkaoua ont, comme les francs-maçons, leur loge (fondouk) et leur Grand-Orient, qui est la djema ou assemblée de cheiks (vieillards, chefs). La djema nomme annuellement son président par voie d'élection. Le président est le grand-maître de l'or dre. Ghaque fondouk élit également les cheiks en assemblée générale. »
« Les Derkaoua possèdent, soit dans leurs fondouks, soit dan; les lieux secrets, des dépôts d'armes et de minutions. Leur principal dépôt, leur quartier-général en Algérie, est à l'Ouarense-
nis. »
« Ils dominent surtout dans la province d'Oran. » On peut se faire idée de l'importance des confréries religieuse! arabes par ce petit fait. Au plus fort de l'insurrection du Dahra le jour où toutes les tribus se ruèrent sur Orléansville à la suit(
de Bou-Maza, notre cadi qui était en même temps mokadem de la bonfrérie Muley-Abd-el-Kader, debout sur le seuil de son gourbi, iirrêta d'un geste les hommes armés de sa tribu que leur caïd coniluisait au rendez- vous général.
L;l POLITIQUE A l§UIVRE POUR DIRIGER liElS PRÉJUGÉS REIilGIEUX DES ARABES.
On voit que le droit à l'insurrection rêvé par les législateurs de a Constitution de l'an III de la République française, se trouve pratiqué dans l'Islam sur une grande échelle , et que la loi de yîahomet est toujours là immuable, montrant du doigt à tous les croyants les infractions aux droits.
I Gela explique pourquoi, malgré la décadence qui travaille l'Isiam depuis quelques siècles, le moindre taleb pouvant faire retenir la vie dans un membre que la gangrène semble gagner, la dissolution n'arrive pas et n'arrivera; ou plutôt l'écoulement dans notre grand fleuve européen n'arrivera qu'au moment oii la science européenne, s'étant emparée et ayant rendu vulgaires chez nous tous les livres arabes, nous pourrons, en nous appuyant sur ies textes mahométans, discuter l'esprit et diriger les interprétations dans le sens de notre civilisation. Ce n'est donc que par la 'controverse et le Koran à la main que nous pourrons combattre victorieusement et les Tolba et les Derkaoua (*).
Ne pouvons-nous pas espérer la victoire, nous tous qui som-
(*) Pendant que se passaient ces événements, j'avais beaucoup à souffrir (le la mauvaise humeur de Sidi-Mohammed, qui me tracassait sans iflàche au sujet de ma religion et ne me désignait que sous le titre l»<'n flatteur de « Kafir. » D'autant plus indigné que je ne désirais inuj de partir au plus tôt, je saisis une occasion qui se présenta à moi • le traiter ce personnage d'une manière plus vigoureuse que d'habitude: i<' lui prouvai, en présence de ses frères, que, dans l'acceptation pure 'i réelle du mot, je pouvais prétendre au nom de musulman autant et ;i\<'(' plus de droit que lui, attendu que la plupart de ses coreligionnaires ayant placé leur prophète Mahomet au-dessus de Dieu, ne méritaient guère (lue le titre do Mahométaus que nous leur donnions, du reste, nous chétiens. Je lui démontrai encore que le véritable isla-
mes pleins (le tolérance fraternelle? N'est-il pas admis par la plupart des savants que le mahométisme est une application du christianisme aux peuples pasteurs, annoncée au monde chrétien par l'hérésie d'Arius? Mahomet a été, il est vrai, un çrand génie pour son temps : mais depuis lors, quels progrès de toutes espèces? En arrêtant à ses seules connaissances et aux rêves de sa grande imagination, l'avenir de son peuple, n'a-t-il pas marqué la fin de son œuvre ? Ne voyons- nous pas qus ses adeptes les plus fervents sont écrasés dans le cercle de ses idées et qu'ils torturent la lettre de ses lois pour y trouver nos découvertes modernes ?