THÉOCRATIE
Dans les théocraties vigoureusement organisées, tout s'appuie sur des révélations.
Le temps amenant des progrès que fatalement le législateur rehgieux n'a pas pu prévoir, le désaccord surgit bientôt entre la loi et la civilisation.
Les progrès non prévus qui s'installent malgré la résistance des croyants, sont expliqués d'abord facilement : on trouve à certains textes révélés, une interprétation qu'on n'avait pas entrevue jusqu'alors. Mais la marche est bientôt trop rapide, la lutte devient acharnée : la décadence commence.
Pour un Européen, rien n'est plus curieux à étudier que la théologie musulmane. Les tolbas soutenant avec conviction que Mahomet parle de tout, tourmentent leurs malheureux textes : tout Orientaux qu'ils sont, c'est-à-dire figurés, ces textes pré-
misme, d'après le Koran lui-même, remonte à la création de l'homme et non à Tavénement de Mahomet. Ne trouvant rien à répliquer, mon antagoniste se vit forcé de garder le silence et de me laisser en paix. Je cite cette circonstance à dessein, principalement pour prouver que le chrétien protestant (sic) quelque peu versé dans la connaissance duKoran, est parfaitement à même de défendre ses croyances contre des Mahométans même instruits, sans pour cela blesser les leurs, ce qui serait une folie des plus dangereuses, n (D^ Barth, page 89, tome 4.)
sentent alors à Tobservateur non fanatisé l'aspect le plus étonlant qu'on puisse rêver, et le plus intéressant qu'on puisse re- :;ueillir, pour méditer sur une matière aussi grave.
Toute théocratie aurait donc une mort rapide, si le remède n'était pas prévu parle législateur religieux. Ce remède, c'est la ^enue d'un prophète réformateur.
La plupart des savants arabes attendent leur messie et croient iivec la plus grande religion, ce qui est fort possible (*), qu'il réveillera l'Islam de son engourdissement.
Comme ce fait est pour le monde européen de la plus haute impoi'tance ; comme il démontre la nécessité d'étudier l'Islam à fond pour éviter de nouvelles luttes religieuses contre le Croissant ; comme c'est le besoin de régénération qui caractérise en Algérie aussi bien qu'en Syrie, aux Indes, tout soulèvement de {.Musulmans : nous ne pouvons trop attirer sur ce sujet l'attention lie nos amis.
Cela leur donnera idée de ce qui pourrait survenir en Algérie, À notre administration n'était pas animée de la plus sage tolérance et lâchait la bride à certaines coteries.
(*) Le docteur Barth {Voyage dans l'Afrique centrale) dit, page iOT : ( li est digne de remar([ue que, tandis que Tislamisme marche à pas 'apides vers sa chute sur les bords de la Méditerranée, il se trouve lans l'Afrique intérieure quelques sectes ferventes qui réunissent encore ses derniers zélateurs. J'avoue éprouver de la satisfaction à la vue le l'expansion d'une grande secte de l'islamisme, car je ne vois pas le progrès dans l'indiflférence et le mépris que peuvent nourrir les iMahométans à l'égard de leurs propres doctrines religieuses. Bien plus, |o crois encore à la vitalité de l'islamisme, pourvu qu'un réformateur u cil ne le régénérer. »
[jC savant qui a écrit ces mots n'est pas sujet à caution pour les seniinients religieux. Dans un village écarté de l'Afrique centrale, il a préféré la mort au moindre simulacre d'abjuration de ses principes relii> ux, et il n'a été sauvé que par son énergie.
Le même auteur raconte, page 345, tome 3:
«Pendant tout mon voyaj^e, depuis Sa'i, on me demanda constaraiiiMit des nouvelles de l'avènement du meliedi, car c'est de l'Orient que l'on attend le retour du messie rédempteur de toutes les misères humaines. »