‹ Un mois en Allemagne. NauheimChapitre 22 sur 54 · SOURCES A BOIRE · texte numérisé non relu

SOURCES A BOIRE

Il est six heures et demie du matin; l’orchestre harmonieux que dirige si habilement^. Edmond Neumann, — le maître de chapelle de Nauheim, comme on dit làbas, — un Strauss au petit pied, dont les quadrilles, les valses, les polkas sont populaires en Allemagne , — M. Edmond Neumann, qui, dans les grands jours, bat la mesure à ses musiciens avec un vrai bâton de maréchal de la musique, en argent, incrusté de pierres précieuses, que lui a offert la commune de Nauheim, le jour fortuné où a jailli pour la première fois le Friedrich- Wilhelm... Il jouait, ce jour-là, à la place heureuse où la source nouvelle est sortie de terre, armée de sel et de gaz; et

l’on* a supposé sans doute que la naïade avait quitté sa retraite un peu pour venir l’entendre. Qui sait? la musique en a fait bien d’autres, dans la mythologie.

Je reprends ma phrase interrompue, dont il a fallu renoncer à joindre les deux bouts.

Il est six heures et demie du matin ; une douce musique se fait entendre ; cela veut dire : Messieurs les buveurs sont servis. On les attend au Salzbrunnen et au Kurbrunnen. Les uns vont boire; les autres, s’ils sont diligents, vont voir boire.

La scène est dans une partie du parc ou nous n’avons pas encore pénétré, au sud, derrière le Kursaal et le Kurhaus. C’est là qu’il y a le plus de massifs de fleurs, le plus de gazons et le moins d’arbres. Aussi ce côté est-il fréquenté surtout le matin, avant que le soleil ne soit ardent, ou le soir, après son coucher.

Les galeries couvertes de la Trinkhall, soutenues par des colonnes, ornées de fresques, flanquées de quatre pavillons, s’étendent au fond, dans touto la largeur du parc, qui se rétrécit à mesure qu’il se rapproche des salines. La Trinkhall, — ceci n’est pas du provisoire, mais du définitif, et vraiment il serait difficile de faire plus beau, — la Trinkhall est aussi près de la ville que des salines. Elle est juste située à la hauteur de la principale rue : Eaupstrasse , où se trouve la poste aux lettres.

Devant les galeries couvertes de la Trinkhall, qui n’est, achevée que depuis deux ou trois ans, est le Kurbrunnen (fontaine de guérison), découvert en 1849, à une profondeur de 561 pieds, et dont voici l’analyse faite, par MM. Bromeis et Chatin, à tour de rôle :

Bromeis.

Chatin.

Chlorure de sodium .

— de chaux ? .

— de calcium .

— de magnésium .

Bromure de magnésium .

Iode (libre?) .

traces.

Carbonate de soude .

— de chaux .

— de fer. . .

— de manganèse .

Sulfaté de chaux .

Silice et traces d’alumine .

Arséniate de fer? .

. traces.

Nitrates alcalins .

traces.

Sels de potasse .

traces.

— d’ammoniaque .

traces.

Matières organiques .

. traces.

fortes traces*

Total des matières fixes. . . .

Le Kurbrunnen habite un kiosque très-élégant, autour duquel une rampe en fonte décrit un cercle prudent, afin que les enfants ne tombent pas au fond et ne dégringolent jusqu’au bassin où il jaillit, au lieu de descendre un des escaliers qui y mènent plus tranquillement. Au milieu de ce bassin en marbre blanc, une sorte d’aiguière en métal forme l’extrémité du tube conducteur de l’eau. Un petit garçon est à poste fixe le matin près du bassin, et présente à l’eau mousseuse le verre des... dirai-je convives ou patients ? qui sont séparés de lui par une table en bois large d’un demi-mètre, laquelle décrit autour du bassin un cercle plus grand que lui et sert à poser les verres au repos, et à empêcher les gens de se servir eux-mêmes.

de se bousculer peut-être à qui sera le premier servi. L’enfant, qui joue le rôle de maître d’hôtel de la fontaine, vous rend plein et sur un plateau, en garçon bien appris, le verre que vous lui avez passé vide.

Chaque personne en prend deux ou trois, et se promène entre un verre et l’autre, environ dix minutes, soit autour du Kurbrunnen , soit le long des galeries couvertes, ou dans la belle allée de grands arbres qui leur est perpendiculaire, et forme la limite du parc, parallèlement à l’Ousa. Les promeneurs vont, viennent, s’abordent et se quittent, souvent sans longues cérémonies, pour aller rêver purgations du côté de l’Ousa, derrière un rideau de marronniers discrets. C’est admis, à pareille heure et à pareille fête, de couper les conversations entamées, comme le fait le malade imaginaire de Molière les jours où M. Purgon l’a visité.

A Purgon, Purgon et demi, répondent aux buveurs

du Kurbrunnen ceux du Salzbrunnen. ■

Cette dernière source mérite son nom de Fontaine salée . C’est la fontaine salée par excellence, au milieu de toutes ces eaux salées. Elle demeure à cent mètres environ de l’autre, derrière la Trinkhall. Elle est abritée aussi par un toit, que des colonnes soutiennent. Mais on n’a pas creusé la terre autour d’elle; son bassin est au niveau du sol. De plus, elle est beaucoup moins fréquentée que le Kurbrunnen ; du moins, c’est ainsi que les choses se passaient pendant la dernière saison.

Quand M. le docteur Rotureau vint à Nauheim, en 1855, il vit au contraire, à ce qu’il rapporte, le Kurbrun -

nen délaissé pour le Salzbrunnen , qui lui-même, ù son tour...

D’adorateurs zélés à peine un petit nombre Ose des premiers temps lui retracer quelque ombre.

Sa découverte est postérieure à celle du Kurbrunnen . Elle date de 1851. Ce fut à une profondeur de 90 pieds.

Le Salzbrunnen , certes la plus désagréable à fréquenter des sources de Nauheim, est plus entourée de fleurs et de gazons que toutes les autres. Tout près d’elle, tout contre, est la serre adossée à la galerie de la Trinkhall.

Cette année, M. Bénèque conseillait à ses malades de boire les eaux tant du Salzbrunnen que du Kurbrunnen , coupées soit d’eau ordinaire, soit d’autres eaux minérales, et la plupart se sont trouvés très-bien du mélange, disait-il.

Ni lui ni personne ne m’avait dit un mot d’une troisième source à boire, Alkalischer-Saüerling, qui n’est pas dans le parc, et que je fus tout surpris de rencontrer un beau jour en flânant du côté des salines. Son goût ressemble beaucoup à celui de l’eau de Vichy. Elle a peutêtre énormément de mérite, mais son heure n’a pas sonné encore. Elle est comme oubliée dans la famille de sources à laquelle elle appartient.

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