‹ Un mois en Allemagne. NauheimChapitre 37 sur 54 · LA NAÏADE DE SCHWALHELU ET SON POETE · texte numérisé non relu

LA NAÏADE DE SCHWALHELU ET SON POETE

Schwalheim et Nauheim riment ensemble et sont voisins comme deux hexamètres bien appris.

Schwalheim est un village, presque un hameau, quoique d’antique noblesse. Une route romaine passait par Schwalheim. Des monnaies et des médailles romaines, des débris d’armes, habitent là le sous-sol. Et cependant, c’est à peine si l’on connaît ce nom, destiné à devenir sous peu aussi célèbre dans le monde civilisé que celui de Selters, dont nous avons fait Seltz.

Schwalheim aussi possède une naïade d’eau minérale et gazeuse, sœur de celle de Selters, et d’un commerce encore plus précieux.

Aussi les cruchons de l’eau de Schwalheim se mettent en route, et vont partout porter la gloire de ce nom qui demain sera populaire.

De plus, un poëte français, dont la verve pétillé et mousse, et lance des perles au nez du lecteur, comme l’eau de Schwalheim au nez du buveur, M. Méry, a célébré en prose et en vers, latins aussi bien que français, les agréments du lieu qu’il a habité pendant deux mois, il y a quelques années, et les dons rares de sa source.

Au-dessus de la porte de la maison qui. a eu l’honneur d’abriter notre poëte, le distique suivant s’épanouit en lettres d’or sur une plaque de marbre noir :

Fons vitæ saliens gemmas efîundit in herbam ;

Merge, puer, pateram, sub pede vita fluit.

Ce qui peut se traduire ainsi en humble mot à mot:

« La source de vie, en jaillissant, répand des perles sur l’herbe ; plonge la coupe, enfant ; sous ton pied, c’est la vie qui coule. »

La promenade à Schwalheim ne serait pas complète si, avant d’avoir demandé un verre d’eau à la naïade de céans, vous ne cherchiez à franchir le seuil du logis lit— térairequi parle latin aux passants. Frappez, et on ouvrira. C’est un riant et avenant cottage, appartenant au fermier des eaux de Schwalheim, et presque toujours uniquement habité par un serviteur à lui, garçon très-accommodant, qui commence généralement par vous dire : « On n’entre pas, » mais qui s’empresse de vous ouvrir la porte toute grande, de vous accueillir de son mieux, et de vous faire tout visiter en détail dans ce joli logis de campagne dont M. Méry s’est constitué le décorateur en chef. Il a tapissé de rimes une grande pièce oblongue à murailles

2/jO UN MOIS EN ALLEMAGNE

blanches, la plus importante de la maison. De la poésie à fresque, en guise de papier à trente sous le rouleau, quel luxe ! Et des rimes d’une richesse !... Trouvez-moi des dorures qui soient aussi riches que des rimes de Méry. Schwalheirn autrefois et aujourd’hui , tel est le titre du morceau dont le panneau principal est revêtu.

J’ai dérobé deux fragments de cette poésie murale, — le commencement et la fin, — et je ne me fais aucun scrupule d’en décorer mes pages. Ce sera la récompense de ceux qui ont bien voulu nous suivre jusqu’ici, et la rançon de notre prose :

SCHWALHEIM

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