‹ Un mois en Allemagne. NauheimChapitre 38 sur 54 · AUTREFOIS ET AUJOURD’HUI · texte numérisé non relu

AUTREFOIS ET AUJOURD’HUI

Soit récente, soit lointaine, L’histoire du genre humain Nous dit que cette fontaine Était sur le grand chemin Que fonda, chose certaine,

Le bras du peuple romain.

Or, sur la terre ou nous sommes, Au pied de cette villa,

Ont passé tous les grands hommes, Depuis César et Sylla.

Ils avaient tous la manie De se rendre en Germanie,

La torche et le glaive aux mains, Pour teindre de sang les herbes, Aux sillons brûler les gerbes Et massacrer les Germains.

Cette sanglante folie Dura longtemps ; T Italie Était un épouvantail,

Et devant ce coin de terre, Elle vint, avec sa guerre, Défiler toute, en détail ;

Et la naïade germaine,

Fille de ce beau domaine,

Par devoir toujours humaine, Désaltérait le passant;

Et même, après les batailles, Recevait quelques médailles, Cicatrisait les entailles,

Et dans l’eau lavait le sang.

Oui, sur le sol ou nous sommes, Ont passé tous les grands hommes.

Ce jardin a dù les voir,

Et sa fontaine chérie,

Sur la pelouse fleurie,

Par eux ne fut point tarie Au fond de son réservoir ;

Seule, quand l’homme en démence, Chaque siècle, recommence Un jeu de bataille immense,

Seule, elle fait son devoir.

Enfin, la sainte sagesse,

Que l’homme attendait sans cesse, Vient éclairer tous les yeux ;

Le doux calme est dans t’espace,

Et savez-vous ce qui passe Aujourd’hui dans ces beaux lieux Savez-vous bien ce qui foule Le sol ou la source coule Dans la paix qui vient des cieux ?

C’est l’enfant, la jeune fille, Messagers de la famille,

Qui s’en vont, l’amphore en mains, Puiser l’eau vive à la source,

Sans redouter daus leur course Les Français ou les Romains.

Et maintenant, allons boire à la source, n’est-ce pas? — car l’admiration altère; — nous aurons encore à admirer dans cet heureux Schwalheim, en nous désaltérant.

Page 1