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SUITE DES CHRONIQUES DE FRIEDBERG

Le grand fait qui domine toute l’histoire du seizième siècle, c’est la Réforme. Le personnage du seizième siècle dont l’œuvre a jeté les plus profondes racines dans la société moderne, c’est Luther.

Au retour de la diète de Worms, où il s’était rendu muni d’un sauf-conduit de Charles-Quint, Luther passa par Friedberg. Deux de ses lettres, Tune adressée à l’empereur, l’autre aux États de l’empire, sont datées de Friedberg. Sans doute l’apôtre de la ré formation s’y arrêta quelques jours , le temps nécessaire pour jeter la semence de ses doctrines sur ce terrain , puisque, dès cette époque, l’on voit apparaître les premiers signes de la révolution religieuse à Friedberg.

Cependant on continuait a descendre de plus en plus bas sur l’échelle de la misère ; la ville et le château se

battaient toujours le plus souvent qu’ils pouvaient. Il se trouva qu’un enfant de Friedberg, du nom de Tilemann Kreich, devint doyen de Wetzlar, et secrétaire de Charles V. Il se servit de sa grandeur pour tâcher de soulager la misère de sa patrie, en y faisant établir deux nouvelles foires.

Les chroniqueurs friedbergeois du seizième siècle étaient tout aussi minutieux que les chroniqueurs parisiens d’aujourd’hui ; ils se sont donné la peine de consigner sur leurs tablettes le fait suivant : en 1582, le concierge du château ayant été surpris, comme il volait des pommes dans un jardin, fut condamné à prendre un bain de la main du bourreau. Voici comment : mon dit concierge fut inséré dans un panier d’osier auquel fut attaché une corde. L’exécuteur des hautes œuvres jeta le panier habité à l’eau, et l’en retira par la corde quand on jugea que le bain prolongé davantage pouvait devenir mortel.

Nous passons sur quelques autres événements de même importance. Dans la dernière année du quinzième siècle, il y eut à Friedberg une réunion des principaux ambassadeurs des états protestants.

Dans la guerre ue trente ans, l’histoire de Friedberg est un véritable martyrologe.

On fut occupé successivement par les Espagnols, par les cavaliers de Tilly, qui commirent de tels excès dans la ville, que le bourgmestre se tua de désespoir.; par les soldats de Gustave-Adolphe, par les Autrichiens, par Bernard de Weimar, par Deveroux, qui fut plus tard un des assassins de Wallenstein, par lestroupes de Saxe-

Weimar, et cœtera. On fut ravagé par les pestes, les incendies, les bombardements, les guerres, les pillages, les assassinats. Enfin, le 1er janvier 1641, les bourgeois notables de la ville déjeunaient à la maison commune avec du pain et du fromage pour tout potage, comme l’on dit, et telles étaient les misères par lesquelles on avait passé, qu’ils chantèrent les louanges de 'Dieu, qui leur avait permis de survivre à tant d’horreurs et de conserver encore cette maigre pitance.

En 1647, les Hessois bombardèrent la ville, s’en emparèrent, et y restèrent jusqu’à la signature de la paix de Westphalie.

La guerre de trente ans coûta au pauvre Friedberg, en tout 379,234 écus de l’empire et ses faubourgs, qui avaient complètement disparu au milieu de tant de tourmentes. Cependant, leurs communes disgrâces n’avaient apaisé en rien ni la ville ni le château, et à peine furent-ils débarrassés des ennemis étrangers, qu’ils retrouvèrent des forces pour se faire la guerre.

Tel était l’abaissement de Friedberg, qu’à la diète de Ratisbonne (1656) on ne reconnut pas le plénipotentiaire de Francfort comme représentant de Friedberg. On avait biffé le nom de la malheureuse ville. Elle n’existait plus, pour ainsi dire, qu’à l’état de souvenir. Ainsi traitée, elle se tourna vers le landgrave de Hesse-Darmstadt, et entama des négociations secrètes qui n’aboutirent pas pour le moment.

Rien ne prouve mieux le navrant état des fortunes, publique et privée, que certaines ordonnances somptuaires que les magistrats de Friedberg furent obligés

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do rendre à la fin du dix-septième siècle. Les unes con-

cernent les baptêmes: on ne doit pas, à l'occasion d’un baptême , donner plus d’un demi-écu à la sage-femme qui a reçu l’enfant. Le cadeau du parrain ne doit pasdépasser un tbaler, et tous les autres présents, même ceux du jour de l’an, sont légalement supprimés. Au repas qui suit la cérémonie, seize femmes seulement peuvent être invitées. Il est formellement interdit aux convives d’envoyer chez eux les restes des plats qu’on leur sert. On ne peut leur donner que deux quarts de vin par tête. Enfin, le festin ne peut durer plus de six heures.

Pour l’Allemagne, patrie des longs repas, ce dernier article veut dire : famine, de la façon la plus éloquente. Tout est relatif.

A l’occasion des mariages, les mêmes règlements somptuaires décidaient qu’il ne pourrait pas y avoir plus de deux jours de fête, et que le nombre des invités ne devrait, en aucun cas, dépasser dix couples.

Les danses publiques étaient défendues, excepté les dimanches et les lundis pendant les foires. Quant à la toilette, il fallait s’interdire les draps étrangers, les collets de dentelles, les coiffes en soie de prix. Les femmes ne pouvaient pas porter de corsages de couleur rouge, ni chargés d’ornements.

Mais voici, dans un autre ordre d’idées, une ordonnance de la même époque qui est bien remarquable, et cjui doit compter parmi les titres de gloire de la ville : Tout ménage, qu’il eût ou n’eût pas d’enfants, était obligé

de contribuer aux frais de l’école. Tout enfant, à partir de cinq ans, était obligé d’en suivre les leçons.

En 1683, il se présenta une circonstance qui aurait pu relever Friedberg. Spire était, depuis 1530, le siège de la chambre impériale qui jugeait des causes entre États d’empire. C’était trop près de la rive du Rhin. Il fut un moment question de transporter la chambre impériale à Friedberg, dont la position géographique offrait plus de sécurité au point de vue des luttes avec la France. En effet, Turenne, en 1688, entra dans Spire.

Une commission fut nommée pour visiter Friedberg, et juger jusqu’à quel point il pouvait être propre au rôle qu’on lui destinait. On a conservé le rapport des commissaires, et le tableau qu’ils firent de la ville. Les particularités curieuses, les remarques ingénieuses n’abondent pas dans ce document. Mention y est faite des excellentes eaux minérales gazeuses (lisez eau de Schwalheim) par lesquelles les habitants suppléent avantageusement au manque d’eau potable. Il y est dit encore que chacune des quatre portes de la ville était défendue par trois hommes armés. Quant au château, but principal de leur mission, puisque c’est là que se fût réuni le tribunal émigré de Spire, ces commissaires, que l’on ne saurait accuser d’une curiosité indiscrète, ne le visitèrent pas, parce que le burgrave était pour lors absent de chez lui.

Il est pourtant une observation de bon sens que firent ces commissaires : « Le voisinage de Francfort tue Friedberg, » dirent-ils.

Après cette enquête incomplète, ce ne fut pas Fried-

berg, ce fut Wetzlar qui fut choisi pour remplacer Spire. Wetzlar resta jusqu’en 1806, c’est-à-dire jusqu’à la chute de l’empire lui-même, le siège du tribunal impérial. C’est à Wetzlar que l’on vit des procès plus que centenaires. La longue vie des procès y fat proverbiale.

Francfort succéda à Wetzlar en qualité de siège de la chambre impériale.

Au dix-huitième siècle, la ville de Friedberg, écrasée par le château, s’adressa au landgrave de Hesse-Darmstadt, et obtint de lui une lettre de protection. Mais ce traité ne convint pas à l’empereur qui le cassa.

A la durée des maux près, la guerre de sept ans ne fut guère moins cruelle que celle de trente ans pour notre pauvre ville. Les Français y établirent une place d’armes. Il y eut, sous les murs de la ville, plusieurs combats entre eux et les Prussiens. Dans l’un d’eux, notamment, le jeune prince hériditaire de Brunswick, le même qui plus tard commandait l’armée prussienne à Iéna, fut battu et blessé.

Les traités de Paris et de Hubertsbourg, qui mirent fin à la guerre de sept ans, furent célébrés par une fête à Friedberg qui espéra respirer un peu.

Trop misérable pour pouvoir payer son contingent à l’empire, la ville fut dispensée pour vingt ans, à partir de 1772, de payer tout tribut, charge ou redevance quelconque.

Mais on n’avait pas encore eu le temps de se remettre de la guerre de sept ans, quand la France, de royauté devenue république, mais toujours incommode pour l’Allemagne, franchit encore le Rhin sous les traits du

général Custine. Friedberg lui demanda une lettre de sauvegarde et l’obtint. Voici la teneur exacte de cette pièce :

« Au quartier général de Mayence, le 1er novembre 1702, l’an i de la république française.

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