‹ Un mois en Allemagne. NauheimChapitre 43 sur 54 · SAUVEGARDE · texte numérisé non relu

SAUVEGARDE

» Nous, Adam-Philippe Custine, citoyen français, général des armées de la république,

j ) Ordonnons à tous commandants de postes et de troupes, à soldat et citoyen français, de respecter et faire respecter la ville de Friedberg dans la Vétéravie, maisons, habitants, citoyens, femmes, enfants, meubles et effets, appartenances et dépendances, rendant tous commandants de troupes et de postes, responsables de toutes violences qui pourraient être commises sur ladite ville et les personnes qui l’habitent.

» Déclarant que tout soldat ou citoyen français qui déshonorerait ce beau titre en se permettant ces violences, sera regardé et traité comme ennemi de la république.

» Custine. »

Le général français ne demanda rien à la ville de Friedberg. Elle n’avait probablement rien qu’il pût lui demander. Mais il réclama du château 25,000 florins, à titre de contribution de guerre, et comme le château hésitait à obéir, il prit des otages.

Quatre ans après Custine, ce furent les généraux Kléber et Lefebvre qui s’approchèrent de Friedberg. Les Prussiens s’y retirèrent. On se battit dans les rues. O pauvres bourgeois ! C’était comme la reprise d’une scène do la guerre de trente ans, montée avec le luxe de moyens de destruction qui rend la guerre moderne des peuples civilisés cent fois plus barbare que celle des sauvages.

Ce fut un bonheur, lorsqu’un peu de temps avant le traité de Lunéville, Louis X, landgrave de Hesse-Darmstadt, — qui devait plus tard changer son titre contre celui de grand-duc, — voulut bien prendre possession do la ville. Naturellement, il ne tarda pas à s’élever plus d’un conflit entre la ville, désormais au landgrave, et le château toujours au burgrave; et, un an après, les Hessois prirent de vive force possession du château. Le burgrave vaincu, protesta devant le conseil de l’empire, et il fut enjoint par décret au landgrave de ne pas violer le territoire du burgraviat.

Vient 1806 ; plus d’empire allemand: le vieux burgrave avait succombé un an avant l’empire. Son fils,. Clément-Àuguste-Guillaume de Westphal, fut le dernier burgrave de céans, c’est pourquoi nous avons voulu exhumer son nom. Par l’organisation de la confédération du Rhin, la souveraineté du burgraviat fut adjugée au grand-duc de Hesse-Darmstadt. Le burgrave conservait, sa vie durant, la propriété du territoire qui, à sa mort, devait pleinement appartenir au duché de Hesse. En 1817, il renonça par un traité avec le grand-duc aux droits viagers qu’on lui avait laissés par politesse, et

l’on n’entendit plus parler de lui jusqu’à la dissolution de la confédération du Rhin. Il s’adressa alors au prince de Metternich pour obtenir d’être replacé en sa qualité de burgrave dans la confédération germanique qui remplaçait celle du Rhin.. L’arbitre du congrès de Vienne donna quelques espérances à ce pétitionnaire du passé, mais ne crut pas pouvoir les réaliser.

Dans son article 53, la constitution hessoise de 1820 donnait à la ville de Friedberg, « pour honorer de vieux et respectables souvenirs, le droit d’élire un député. » C’était beaucoup pour une ville qui n’était pas habituée à être gâtée. Mais la chose indispensable, c’était d’obtenir le payement des dettes accumulées' pendant des siècles de misère. A la première assemblée des états, Friedberg présenta un mémoire sur sa situation, à l’effet d’obtenir que le gouvernement se chargeât de ses dettes. Après quelques lenteurs, on accéda à cette demande (1827), et depuis lors de meilleurs jours ont pu naître.

L’année même où il succéda à son père, en 1830, le grand-duc Louis II, — mort au mois de juin 1848, laissant le trône ducal à son fils Louis III, qui l’occupe aujourd’hui, — Louis II vint à Friedberg, où il y aurait eu de l’ingratitude à ne pas le recevoir, puisque c’est depuis son accession à la Hesse qu’elle s’est remise à revivre.

Les révolutions de 1830 et de 1848 n’ont pas eu de contre-coup à Friedberg, malgré les sanglantes agitations auxquelles elles donnèrent naissance sur d’autres pointsde l’Allemagne. Friedberg habite enfin réellement la « montagne de la paix;» en paix s’y exercent quelques indus-

tries passablement florissantes, entre autres la fabrication d’une bière à succès, très-applaudie des amateurs.

En mars 1850, l’ouverture du chemin de fer qui relie Friedberg à Francfort, est venue doter la Wetterau de ce qui lui manquait. Elle n’avait pas de rivière navigable, à plus forte raison lui fallait-il un chemin de fer. Celui qui la traverse a contribué non-seulement à la prospérité, mais aussi à l’embellissement de Friedberg par l’établissement du viaduc monumental de Rosern thaï.

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