CHAPITRE
suite de l’itinéraire.
Je me suis demandé en passant à Meaux, dont on aperçoit la cathédrale de la gare du chemin do fer, si jamais touriste anglais, — je mets Anglais par respect pour la tradition qui porte toujours au compte de l’Angleterre les bévues de cette espèce ; l’Angleterre, en pareil cas, mettrait: Français; — je me suis demandé si jamais touriste, — de n’importe quelle nation, peu importe, il faut seulement qu’il soit étranger aux belleslettres françaises, — avait débarqué à Meaux avec le dessein d’y contempler le fameux aigle de la ville, dans sa cage. On voit bien les ours historiques de Berne, dans leurs fosses ; pourquoi, ô habitants, cacheriez-vous aux regards l’aigle non moins historique de Meaux?
Les dieux protecteurs de la gaieté ont manqué à tous leurs devoirs s’ils n’ont pas encore dirigé sur Meaux ce quiproquo récréatif. S’il n’existe pas, il a fallu l’inventer. On a dû l’inventer bien avant qu’il se mît à battre des ailes dans mon cerveau.
De même à Cambrai, l’on a dû voir ou imaginer un « curieux malavisé » (ceci est le titre d’une nouvelle insérée par Cervantes dans son Don Quichotte) qui voulait à toute force rendre visite au cygne de Cambrai, et demandait l’adresse de sa pièce d’eau.
O Fénelon! ô Bossuet! doctes et éloquents prélats, quel est donc le parrain, — plus malavisé encore que la naïveté de co curieux, — qui vous a donné des sobriquets prêtant à l’équivoque, et sentant la volière?
C’est sur la grande place de Meaux que Bilboquet a dansé la cachucha, avec la permission de M. le maire, et l’on ne montre pas dans le musée de la ville une seule de ses castagnettes! Sic transit gloria mundi.