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CHAPITRE VI

OU IL EST QUESTION DE PAS MAL DE LANDGRAVES ET d’üN BEAU TRAIT DE COURAGE.

Le premier landgrave de Hesse fut Henri de Brabant, dit l’Enfant, fils puîné de Henri II le Magnanime, duc de Brabant, et de Sophie, héritière de la maison de Thuringe et de Hesse. Du chef de sa mère, Henri de Brabant prit (1263) le titre de landgrave de Hesse, qu’il 'transmit à ses descendants avec la dignité de prince de l’Empire qui y fut annexée, vingt-neuf ans plus tard, par Adolphe de Nassau.

Le landgraviat de Hesse comprenait les terres allodiales de l’ancien landgraviat de Thuringe, qui forma,

du reste de son démembrement, la Thuringe moderne.

Les anciens ducs de Brabant auxquels se rattache, comme l’on vient de le voir, l’origine do la maison de Hesse, étaient eux-mèmes issu des premiers comtes de

Louvain par Godefroi le Barbu, lequel vivait au commencement du douzième siècle. Quelques écrivains établissent pour eux, à travers les âges, une filiation qui remonte jusqu’à Regnier, d’autres disent Ragnier ou Ramil* au long col, comte de Hainaut.

Dès le temps de Charlemagne, on trouve des seigneurs ou comtes de Hesse héréditaires, appelés presque tous Werner ou Gison. L’héritière de Gison IV porta, en 1130, ses douaires dans la maison de Thuringe ; nous venons de dire comment ils en sortirent dans la seconde moitié

du treizième siècle.

L’auteur des diverses branches de la maison de Hesse qui subsistent encore, est Philippe le Magnanime, qui succéda à son père, Guillaume II, en 1509, n’étant âgé que de cinq ans, et joua dans l’histoire du seizième siècle en Allemagne un rôle important. Il fut, avec l’électeur de Saxe, le chef le plus zélé de la ligue de Smalkalde formée entre les états protestants de l’Allemagne pour s’opposer aux empiétements de Charles-Quint. Il avait embrassé le luthéranisme en 1526 et signa, quatre ans après, la confession d’Augsbourg. Vaincu et fait prisonnier à Muhlbergen (1547), il fut quatre ans prisonnier do Charles-Quint et mourut en 1567, laissant quatre fils.

L’aîné, Guillaume IV, le Sage, eut Cassel en partage et la moitié de tout l’héritage.

Ce fut l’origine de l’état de la Hesse-Cassel, ou Hesse électorale.

Le quatrième fils de Philippe le Magnanime, Georges, eut Darmstadt et son territoire.

Ce fut la souche des grands-ducs.de Hesse-Darmstadt.

Nauheim appartenait, en 1255, aux seigneurs de Munzenberg dont le château, aujourd’hui en ruine, est un but de promenade pour les baigneurs de Nauheim.

A l’extinction du dernier mâle de la famille de Munzenberg, Reinhard Ier de Hanau hérita de Nauheim pour un sixième. Il paraît que le dernier des Munzenberg avait eu six filles, et que Reinhard avait épousé l’une d’elles.

Les cinq autres sixièmes appartenaient aux seigneurs de Falkenstein. En 1419, les seigneurs de Hanau devinrent possesseurs du tout par suite de l’extinction des Falkenstein.

En 1642, la ligne de Hanau-iMunzenberg disparaît à son tour, et alors ses domaines reviennent à- la branche cadette de Hanau : Hanau Lichtenberg, qui subsiste jusqu’en 1736.

A cette époque, le comté de Hanau fut partagé entre la Ilesse-Cassel et la Hesse-Darmstadt, et peu après possédé tout entier par la Hesse-Cassel.

En 1803, le comté de Hanau fut érigé en principauté; mais, en 1806, les Français s’emparèrent delà nouvelle principauté et la réunirent, en 1809, au grand-duché do Francfort, dont elle fit partie jusqu’en 1813.

Elle retourna alors à la Hesse.

Que devint Nauheim au milieu de toutes ces révolutions?

En 1806 (4 novembre), proclamation du général de division Lagrange qui déclare la saline occupée au nom de l’empereur Napoléon.

En 1807, la direction de la saline est confiée à M. Mar-

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catte de Forceville, intendant de la principauté de Hanau.

En 1809, à partir du 22 août, la saline est administrée par des employés que nomme M. de Villemansy, intendant général des pays pris en garantie.

En 1810, prise de possession de la saline, le 9 août, par l’inspecteur des mines et salines, M. de Getto, pour le compte du prince d’Eckmuhl, — ainsi se nommait Davoust, depuis la victoire du 22 avril 1809. Nauheim fit partie de la dotation du maréchal Davoust jusqu’à la retraite des Français en 1813.

Quant au bailliage de Nauheim, Napoléon le céda, en 1810, au grand-duc de Hesse-Darmstadt, qui avait fait ouvrir une carrière de tourbes à Dorheim (à une demiheure de Nauheim).

En 1816, un contrat d’échange eut lieu entre la Hesse électorale et la Hesse grand-ducale, en vertu duquel Nauheim appartint désormais à la Hesse électorale. Dorheim n’a pas suivi le même sort et fait partie des possessions du grand-duc de Hesse-Darmstadt.

Nous continuons à feuilleter, sans beaucoup d’ordre, les annales de Nauheim.

Antérieurement aux dates que nous venons de parcourir, on y remarque plusieurs pages militaires qui ne sont pas sans gloire.

A la fin du mois d’août 1762, Louis-Joseph, prince de Coudé avait planté son camp sur le Johannisberg, petite montagne dont nous aurons à parler plus d’une fois et au pied de laquelle est Nauheim; le prince héritier de Brunswick traversa la Wetter, et vint attaquer victorieu-

sement les Français. Puis, ceux-ci à leur tour, renforcés p3r l’arrivée de Soubise et de d’Estrée, battirent les Allemands, leur tuèrent deux mille quatre cents hommes et leur prirent huit cents canons.

Après la prise de Mayence par l’armée de Custine, un détachement français de dix-huit cents hommes fut envoyé à Nauheim pour enlever un convoi de sel que l’on savait tout prêt à partir (26 octobre 1792). Les Français étaient commandés par un officier appelé Houchard.

Était -ce le général de ce nom qui périt treize mois plus tord sur l’échafaud, condamné par le tribunal révolutionnaire? Il venait pourtant de remporter l’éclatante victoire de Uondschoote, qui obligea les Anglais à lever le siège de Dunkerque ; mais il fut accusé de n’avoir pas suivi les instructions qui lui avaient été envoyées par le comité de salut public, et ses services ne le sauvèrent pas. Lieutenant-colonel et chevalier de Saint- Louis, au moment où la révolution éclata, il en avait embrassé la cause avec enthousiasme et avait bientôt obtenu le grade de colonel. Em ployé, en 1792, sous les ordres de Custine, il se distingua dans plusieurs occasions, à la tête d’un régiment de chasseurs à cheval, devint dans la même année maréchal de camp, lieutenant général, et remplaça Custine dans le commandement des armées de Moselle, du Nord et des Ardennes. L’avait-il dénoncé, quoiqu’il fût son bienfaiteur ? Quelques-uns ont accusé Houchard de ce vilain trait.

Quoi qu’il en soit, il était, à ce qu’il me semble, en 1792, un bien grand personnage, — lui quial- . lait bientôt commander l’armée en chef, — pour se

charger en personne d’une expédition contre un convoi de sel ! Je suppose qu'il y avait dans le camp de Custinc un autre officier du môme nom, un parent, peut-être, du général ïlouchard, et que ce fut celui-ci qui mena sur Nauheinr la colonne de dix-huit cents hommes dont il vient d’être question plus haut.

Il y avait alors à Nauheim cent soixante hommesarmés, — cinquante-sept de plus qu’il n’y eut de Français à Mazagran. Le chef de ces cent soixante braves, — on nous a conservé son nom, — le capitaine Martorf, se retira avec sa petite troupe sur le Johannisberg, garni alors de fortifications qui ne devaient pas être bien importantes, puisqu’il n’en reste plus la moindre trace.

Martorf, — aussitôt qu’il avait eu connaissance de la marche des Français, — avait expédié à Hanau des nouvelles de sa situation. Il attendait donc des secours. Le difficile, c’était de se maintenir assez longtemps pour être encore là quand les renforts arriveraient.

Il avait peu de chances d’y réussir. J’ai dit pourquoi les fortifications maintenant disparues ne devaient pas inspirer beaucoup de confiance; en outre, figurez-vous bien que le Johannisberg n’est pas plus une montagne qu’un vignoble, malgré ses noms et qualités.

C’est une colline essentiellement accessible et pacifique. Notre butte Montmartre est escarpée, en comparaison.

Donc, il ne fallait pas beaucoup compter sur les avantages de la position pour suppléer à l’infériorité du nombre des défenseurs de Nauheim. Jusqu’à l’arrivée des troupes demandées à Hanau, le seul véritable auxiliaire de cette poignée de Ilessois, c’était leur courage.

Martorf fit donner de la bière à ses hommes, but avec eux, puis les harangua. Les paroles qu’il tira de son cœur pour la circonstance ne sont pas venues jusqu’à nous. C’est dommage; mais soyez bien sûrs qu’elles ne durent pas ressembler aux discours que Tite-Live et Salluste ont mis dans la bouche des généraux, et que des règlements universitaires souvent maudits imposent aujourd’hui aux lèvres des écoliers de rhétorique.

Sur ces entrefaites, un parlementaire français vint sommer les Hessois de se rendre et de livrer leur sel au commandant Houchard, qui se retirerait sur-le-champ, une fois le but de sen expédition atteint.

On se garda bien de laisser voir au parlementaire le petit nombre d’hommes que l’on avait en réalité à opposer aux Français, et si l’on ne répondit pas aux sommations de se rendre comme devait le faire, en 1826, l’héroïquo garnison de Missolonghi : « — Les clefs de la ville sont suspendues à nos canons, viens les prendre, » c’est que Nauheim n’était pas alors une ville; c’est qu’on n’avait ni portes, ni clefs, ni canons.

Quant au sel, on se défendit plaisamment de le livrer, sous prétexte qu’on était forcé de le garder pour charger les fusils quand les munitions manqueraient.

Houchard avait pris ses renseignements, et savait qu’il ne devait pas trouver à Nauheim do résistance capable d’arrêter sa petite troupe. Cependant, la réception fièro et goguenarde qui venait d’être faite à son envoyé lui donna à supposer qu’il était arrivé à son insu des renforts do Ilanau.

Tant et tant se multiplia la poignée d’entêtés retran-

chés sur la hauteur du Johann isberg; tant de fois on les vit passer et repasser, défiler, s’agiter, manœuvrer dans leur campement, qu’ils firent l’effet aux assaillants d’une garnison respectable.

Tels, vingt figurants alertes et bien disciplinés peuvent, sur un théâtre, compter pour deux ou trois centaines. Ce n’est qu’à force de les voir sortir par une coulisse et rentrer par l’autre qu’on les reconnaît enfin, et que l’on se dit : a — Tiens ! ils ne sont que vingt! »

Ainsi, Houchard trompé par le stratagème de Martorf et de ses hommes, hésita avant d’oser les attaquer. — cr Si, avec l’avantage de la position, ils étalent aussi nombreux que les siens, ou à peu près! » — Dans celte pensée, il crut devoir passer vingt-quatre heures à les observer.

Ah ! si l’on s’était dépêché à Hanau d’envoyer des renforts !

Mais les renforts ne paraissaient pas. Houchard finit par comprendre, comme les spectateurs de tout à l’heure, qu’il était la dupe d’une mise en scène intelligente, et attaqua.

Malgré leur vaillance, les Français furent repoussés.

Second assaut ; second échec pour eux.

Les renforts n’arrivaient toujours pas, elles munitions étaient épuisées du côté des Hessois, épuisés eux-mêmes, blessés , décimés. Le brave Martorf tint avec deux ou trois des siens une miniature do conseil, et l’on décida qu’il fallait tâcher de gagner Butzbach à la faveur delà nuit.

Dans un des chapitres suivants, quand nous irons en promenade de Nauheim aux ruines de Munzenberg, nous passerons par Butzbach.

Protégés dans leur retraite par l’épaisseur des ténèbres, les Allemands purent quitter leurs positions sans avoir donné l’éveil aux Français ; mais, malheureusement pour eux, ils rencontrèrent une colonne de cavaliers qui leur coupa le passage. Cette fois, il fallut se rendre. Les fusils n’avaient plus de balles à lancer.

Houchard traita en vainqueur généreux les restes de ces braves trahis par la fortune. Il fît rendre aux officiers leurs épées et aux soldats leurs fusils, dont on retira seulement les pierres.

Il tint aussi ce propos, que l’amour-propre desHessois s’est bien gardé d’oublier :

« Avec trois mille hommes de cette trempe, je me chargerais de prendre le diable. »

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