‹ Un musicien en vacances: études et souvenirsChapitre 8 sur 14 · LES · texte numérisé non relu

LES

RiVERffiS D'UNE SENTINELLE

ANS rintérieur d'une baraque, construite au milieu : d'un terrain yague inondé par les pluies récentes et f situé non loin de la porte Saînt-Ouen, une cinquan* taine d'honunes étaient enfermés.

La plupart, étendus sur des matelas maculés et presque aussi minces que ces crêpes de sarrazin chères aux Bretons et aux Normands, darmaient enyeloppés de leurs couyertures et, tout raidis par le froid, faisaient soa^er à ces généraux anglais et hanoyriens que le canon français ayait couchés côte à côte dans leur manteau sur la route de Waterloo à Bruxelles ; une lampe de cuiyre suspendue aux poutres qui soutenaient le plafond était censée éclairer le triste intérieur.

Cinq ou six gardes, assis au milieu de la baraque, se serraient, comme poui? se réchauffer, autour d'un maigre brasier soufflé par les courants d'air ; la flamme de ce brasier paraissait enrhumée et toussottait au lieu de ronfler dans un poêle de fonte, bri£^ comme une cuirasse ramassée à Reichshoffen.

Ces cinquante hommes formaient la première section de la compagnie de garde au bastion Saint-Ouen ; ces cinq ou six

gardes étaient les futures sentinelles qui allaient prendre la faction de deux heures à quatre heures du matin sur le bastion n®...

Je fais partie de ce bataillon, où presque toutes les classes de la société se trouvent représentées.

Cette nuit-là une bise aiguë soufflait au dehors, égratignant de son ongle Jes petites vitres carrées.

Dans la baraque régnait un grand silence, troublé seulement par la respiration mo'dulée des dormeurs.

Il y avaîit là un jeu complet de ronflements, depuis le roucoulement amoureux jusqu'au cri furieux du taureau qu'on égorge I

La porte s'ouvrit brusquement toute grande en découpant sur le ciel un carré plus clair ; dans ce cadre parut un homme armé d'une lanterne ; six noms prononcés d'une voix forte retentirent.

Dans les circonstances où nous nous trouvons, on ne '^peut pas plus respecter le sommeil des hommes que l'on ne respec-* terait leur vie, si cela devenait nécessaire, i

On se lève. Un bruit d'armes se fait entendre, on s'aligne tout Mssonnants sous l'air glacé, l'époux songeant à sa moitié, qui dort si bien à cette Jieure ; le célibataire, au chat qui lui chaufie vainement sa place au fond de l'édredon relevé en tulipe ; puis, clapotant dans une fange épaisse, vous voilà partis dans la nuit noire à la suite d'un falot dansant devant vous comme un follet. Bientôt, trébuchant, glissant à chaque pas, il vous faut tenter l'escalade d'un talus de frangipane, dont on doit atteindre le sommet au risque d'embrocher les autres avec sa baïonnette, ou d'être embroché soi-même par celle d'un compagnon d'armes maladroit.

A cette heure, la nuit est si noire que l'on ne voit pas littéralement à ses pieds ; mais lorsque le caporal de pose s'est éloigné avec sa lanterne, au bout d'un instant vos yeux, comme ceux des prisonniers et des chats, commencent à acquérir la faculté de percer les ténèbres.

Je suis en faction près d'un formidable canon dont Taffût perfectionné est garni de contre-poids, de roues et de cylindres.

Pour couvrir autant que possible les canonniers et les défenseurs du rempart, deux petits murs formés de tonneaux de terre affermis par des clayonnages ont été bâtis à droite et à gauche du canon, et forment, avec le parapet garni de sacs, une petite chambre d'une vingtaine de pieds carrés, à laquelle manquent bien entendu le plafond et un des côtés de la muraille.

Un petit fossé profond a été creusé à la base du mur latéral de droite.

.Quelle nuit! quelle bise ! et quelle solitude !

Qui m'aurait dit, il y a quelques mois, lorsque je pérorais le soir dans le petit foyer des artistes, à l'Opéra- Comique, ce petit foyer si gai, si chaud, si parfumé, qu'un jour je serais ainsi seul, armé et enrhumé, sur un rempart à deux heures du matin ? Allons, faisons quelques pas, car voilà que je commence à penser à la Bérésina et à Moscou.

Pauvres camarades de la compagnie de marche, ils ont aussi froid que moi, eu^ ! et ils n'ont pour se réchauffer ^ue le feu des sentinelles prussiennes. Que Dieu veille sur eux et les protège !

Tiens ! que vois-je là au fond de ce fossé ? C'est comme un tas de vêtements immobiles... une forme humaine... Hé ! y a- 1>-il là quelqu'un?... Pas de réponse. Je sonde doucement ce paquet d'habits avec la crosse de ma carabine, et je sens le vide sous ces vêtements bientôt ramenés à mes pieds avec la pointe de ma baïonnette. C'est une grande capote militaire, grise, avec de larges manches, qui semblent des bras, et un capuchon serré au cou par un bouton de corne, et conservant encore la forme de la tête qui l'a habité.

Comment est-elle là? L'a-t-on abandonnée après en avoir dépouillé quelque sentinelle frappée par le mystérieux fusil à vent qui a déjà fait des victimes sur le rempart?

Je continue ma faction, mais cette forme humaine^ aplatie la face contre terre dans les ténèbres me prëocciipe et me gène. C'est ainsi que je verrai peut-être un jour, étendu à mon c6té, mon vieil ami Etienne Enault, ou mon bon et célèbre camarade Stevens f...

Que le diable emporte et la capote et les idées saugrenues qu'elle vient m'înspirer !

Voilà près de ce canon un pieu qui semble planté là tout exprès et qui va faire parfaitement mon affaire.

Je ressaisis le vêtement persécuteur, et le dispose sur le porte-manteau improvisé ; le pieu s'enfonce sous le capuchon, la longue capote tombe d'elle-même le long de ses maigres flancs, et s' affaisse autour de lui sur la terre; on dirait maintenant une vieille femme qui prie, agenouillée et vue de dos.

En Bretagne, on rencontre ainsi, dit-on, après minuit, des religieuses prosternées au pied des croix si fréquentes sur les chemins. Si Ton passe sans rien dire, elle continuent leur prière ; mais si Ton ose leur parler, elles tournent lentement vei's vous un visage si épouvantable que, pour l'avoir contemplé un seul instant, plusieurs sont devenus fous.

Qu'y a-t-il de vrai dans ces légendes?

Tout cela est-il donc si incroyable ?

Qui donc a jamais sondé avec le moiijidre succès l'abîipe effroyable de l'inconnu t

Que de morts déjà dans ces plaines l Si^ dans cette nuit, on voyait venir sans bruit de pas et sans falot quelque ronde de soldats de cette grande armée dont les Césars décédés passent aux Champs-Elysées l'étemelle revue... ils s'avanceraient les yeux blancs, la figure convulsée, le flanc ouvert sous l'uniforme souillé de sable, le fusil tordu par la balle à l'épaule, ou le sabre brisé dans la main. Qui vive? Sans rien répondre, ces morts héroïques disparaîtraient dans le brouillard après s'être assurés que l'on veille sur ces remparts, derrière lesquels pleurent les fiancées et les mères qu'ils ne reverront plus I

Faisons encore quelques pas ; je sens que je deyiens funèbre ; c'est l'effet ordinaire que produisent sur les nerveux la nuit et le fh>id.

Une idée ?

Si, au lieu de me quereller ainsi avec ce vêtement, je Tutilisais à mon proôt f ^ ,

Allons ! passons ces bonnes manches çur mes bras gelés ; enfonçons mes oreilles sous ce chaud capuchon.

Ah t je me sens mieux.

Bête que je suis ! c'esft la capote banale destinée aux sentinelles, et que Ton a laissée ici pour moi.

Après m'être ainsi débarrassé du spectre en me l'assimilant, je songeai à mon devoir; à travers les espaces réservés pour le tir entre les sacs de terre, je jetai un regard sur la campagne.

Plus sombre, plus déserte et plus couverte de brume que la mer dans ces nuits de décembre, la vaste plaine dormait dans un grand silence, jusqu*aux limites oti Thorizon se confondait avec le firmament sans lune et sans étoiles.

Un chien triste aboyait au loin dans quelque ferme abandonnée ; une lanterne avançait, s'arrêtait, puis se remettait en marche, éclairant une œuvre mystérieuse.

A gauche, se dessinant par une obscurité plus profonde sur le ciel obscur, on apercevait, menaçant comme un gigantesque et formidable écueil, le Mont-Yalérîen.

De temps* en temps, ainsi qu'un fauve accroupi qui commence à se mettre en colère, le monstre] devenait phosphorescent ; un. feu bleuâtre sertissait sa terrible silhouette ; ses larges flancs noirs semblaient palpiter, puis il finissait par lancer sur l'ennemi un jet de lumière électrique^, mortel pour lui comme le regard du basilic.

Mon inspection terminée de ce côté, et certain qu'une autre sentinelle plus vigilante et plus redoutable que moi veillait sur la campagne, je roulus parcourir Fespace dont la garde m'était confiée, et je sautai de la banquette du tir sur ce talus

inférieur qui descend par un sentier tournant jusqu*à la rue du rempart.

Mes yeux commençaient à s'habituer à l'obscurité et je distinguai, s'enfonçant sous la banquette que je venais de quitter, une espèce de hutte ayant pour piliers des troncs d'arbres, qui semblait faite pour abriter Robinson dans son île.

Je pénétrai sous son toit casemate et gazonné, et je reconnus que je me trouvais dans un singulier vestiaire où les canons de rempart et les pièces d'artillerie de marine déposent, pour les reprendre après la danse, leurs paletots et leurs sorties de bal. ,

Quoique la nuit fût fraîche, on voyait là suspendus à la muraille de vastes étuis de cuir graissé destinés à couvrir les épaules de ces messieurs de sept et de vingt-quatre. Un fourreau de cuir fauve, a'grémenté de clous de cuivre, large à y fourrer la moitié de la colonne de Juillet, mais d'un aspect plus coquet et plus féminin, devait être la pelisse que l'on jettera sur les terribles appas de Joséphine^ lorsque, après la fête terminée, cette fête dont elle est la reine, on la réintégrera dans l'arsenal paternel, précaution touchante et utile pour épargner les refroidissement^ et les maladies à cette fragile beauté :

Hélas ! que j^en ai vu mourir de jeunes filles.

Je reconnus bientôt, moitié avec mes yeux, moitié avec mes mains, que le sol de l'aimable et discret réduit où je venais d'entrer était couvert d'espèces de pains de sucre en fer, assez semblables à ces moules d'étain destinés à confectionner les bombes glacées, Gomment, me dis-je, ce vestiaire est-il donc aussi un buflfët ?

Hélas ! ces pains de sucre n'étaient autre chose que des obus, ces lourds et aveugles projectiles destinés à briser et à anéantir ce fragile chef-d'œuvre composé de mille découpures et de mille broderies délicates, que l'on appelle le corps humain.

Cette découverte m'ayant inspiré quelque mélancolie, je regagnai mon premier poste, j'appuyai mon coude sur la base de ma baïonnette, j'entrelaçai mes deux mains, et, le menton appuyé sur l'avant de mon bras gauche, laissant siffler autour de moi le vent du nord, je pris la pose classique de la sentinelle en faction.

Maintenant, à ma droite, émergeant de son lac de boue et rappelant par sa forme l'arche de Noé dans les gravures des vieilles Bibles, on voyait la longue baraque aux fenêtres rougies. A gauche, Montmartre s'élevait silencieusement dans le ciel noir ; au milieu de cette masse sombre veillaieût encore deux pâles lumières.

Montmartre! dont les ombrages et la verdure ont déjà tant souffert de cette guerre impitoyable que, depuis vingt ans, le moellon fait à l'arbre.

Montmartre ! qui n'est plus qu'une batterie et que , dans notre jeunesse, nous avons connu si charmant, avec sa fontaine antique entourée de sycomores, ses cabarets jaseurs et ses sentiers bordés de haies pleines de fruits d'ébène et de corail !

Ainsi, me disais-je, là-bas, derrière moi, retenus seulement » par la crainte et l'impuissance, ils sont là, deux cent, trois cent mille peut-être? Et sans ces bonnes forteresses qui veillent, sans ces fidèles canons qui penchent le cou dans les embrasures, sans ces excellents murs de pierre sur lesquels ils craignent de voir leurs ongles s'émousser, ils viendraient, ils nous massacreraient, ils rempliraient de sang, jusqu'à la faire écumer, cette vaste coupe formée par la nature et Tart, entre les collines de là-bas et ces murailles ; ils teindraient en rouge ce ciel noir ; ce Paris qu'ils ont fait funèbre, ils le laisseraient dévasté et sanglant !

Ils sont venus pour cela, tous, de si loin; et s'ils s'en retournent chez eux sans avoir commis ce crime, il manquera quelque chose à leur triomphe.

Certes, de tout temps, les princes ont eu entre eux des querelles, ils se sont fait de la gloire avec des combats meurtriers.

mais, Vhonneur des armes^ cela s'appelle aiûHÏ, une toïs satisfait, chacun s'en retournait <îhez soi, et, comme après un duel loyal, on n'en était que meilleurs amis.

Mais ceux-ci, c'elst notre vie qu'il leur faut; une blessure ne leur suffît pas, il faut qu'elle soit mortelle ; pour un peu, ils empoisonneraient les épées, tariraient l'eau des fontaines, et nous verraient mourir à leurs yeux faute d'un morceau de pain, qu'en toute autre circonstance ils ne refuseraient pas à un malheureux défadllant de misère. Et pour cela, comme a dit le poète : que leur avons-nous fait ?

D'autres ont parlé, pour leur reprocher leur ingratitude, de ces Allemands revenus en ennemis dans un pays qui les avait trop bien accueillis ; artiste, moi, je veux dire ici ce que nous avons fait pour leurs idées, leurs coutumes et surtout pour leurs artistes, que nous avons trop souvent préférés aux nôtres, et que nous avons (ce qui est une faute) pris obscurs pour les leur renvoyer grands, après avoir mis à leur disposition ces mille collaborateurs qu'ils n'auraient pas trouvé dans leur pays, faisant ainsi servir le génie et l'intelligence de la France à créer des supériorités de»vant lesquelles, aveugles que nous étions, nous abaissions les pauvres grands hommes nationaux dont nous avons laissé parfois la gloire inachevée^ et à qui, trop souvent, nous avons marchandé le succès.

Ainsi cette Allemagne qui nous hait, lorsque pour la prer mière fois au commencement de ce siècle elle nous fut révélée, séduits par ses coutumes naïves et originales, enchantés par ses poètes et ses musiciens, nous lui avons ouvert notre cœur, nous avons adopté ses usages et nous avons même substitué ses idées aux nôtres, à ce point que notre caractère national en a été profondément altéré.

N'avons-nous pas, par exemple, nous, les fils de Voltaire, laissé Robin des Bois nous reparler de spectres et d'apparitions ?

N'avons-nous pas chassé de notre foyer la vieille chanson française, avec ses bergers et ses bergères, que leurs frères de

S.èvres ou des Gobelins écoutaient en souriant du haut de la cheminée et du fond des fauteujls, ainsi que ces romances dans lesquelles les chevaliers chantaient leur mie, applaudis et encouragés par les troubadours de nos pendules, pour installer à la place de ces hôtes innocents les fiancées plaintives, les cloches funèbres et les fantômes meurtriers de Schubert.

Et, à la même époque, n'avons-nous pas oublié Candide, Clëveland et Manon Lescaut, pour nous plonger dans la lecture de ces contes d'Hoffmann, où les cordons de sonnettes deviennent des serpents, où les pommes rouges se métamorphosent, sur rétalage de la sorcière, en figures de conseillers, et où les violons se brisent en même temps qu'expirent les filles poitrinaires des conseillers mélomanes ; et ces rêveries maladives, qui eussent fait hausser les épaules à Lafpntaine et à Molière, pendant un moment n'en avons-nous pas fait nos délices ? Et l'arbre de Noël! qui donc y pensait il y a trente ans, avant le premier chapitre de l'histoire de Peregrtnus ?

Ah! si nous avions su quelles fêtes devaient éclairer, en 1870, les? petites bougies jaunes et bleues, comme nous nous serions méfiés, même de cette Allemagne enfantine de velours noir et de paillon rose et vert ; et comme nous aurions froidement accueillis ces bons hommes et ces grotesques venus de Nuremberg et d'autre part, si nous avions su qu'ils n'étaient autres que les premiers uhlans que nous envoyait l'Allemagne!

N'avons-nous pas pris presque inconnu Meyerbeer, Tauteur du pâle Crociato^ et, après l'avoir nourri de nos idées, galvanisé de notre flamme, ne lui avons-nous pas ouvert nos chroniques, donné notre Scribe, notre Nourrit, notre Falcon, nos merveilleux décorateurs, notre sublime orchestre dirigé par Habeneék? Et, pendant qu'il triomphait, grâce à deux chefsd'œuvre qu'il n'aurait certes pas faits en Prusse, Hérold, l'auteur de Zampa , représenté six mois avant Robert fe Diable^ sollicitait vainement u« libretto de grand opéra, composait des ballets et conduisait les chœurs dans les coulisses du Théâtre- Italien! Et Mendelssohnî n'a-t-il pas fallu nous faire quelque

violence pour nous forcer d'accepter ce talent exquis, mais un peu froid ? Sans les merveilleuse^ exécutions de la Société des concerts du Conservatoire, y serait-on arrivé ?

Hélas ! Hector Berlioz aussi était un grand symphoniste, et ce magnifique orchestre ne lui a jamais été confié qu'avec parcimonie ; cependant, qui sait, grâce à ces puissants coUahorateurs, quels trésors on eût trouvés dans les parties restées obscures de l'œuvre immense et originale de ce maître mort de fatigue et de tristesse I

Allemands, Allemands, votre Mignon, c'est la musique de Thomas qui lui a donné des ailes !

Votre Faust^ c'est la partition de Gounod qui l'a fait naturaliser citoyen de tous les pays !

Nous avons tout accepté de vous, jusqu'à cette musique de l'avenir, nuageuse parfois comme les systèmes de vos philosophes, indigeste souvent comme ces mets composés de choux aigris, auxquels après tant de révoltes d'estomac nous avons fini par nous habituer.

Ah î si nous ne vous avions pas accueillis avec tant d'affection fraternelle, si, gardant nos idées nettes comme la lumière de notre soleil, vives et légères comme nos vieux vins de France, nous n'avions pas adopté votre bière épaisse et vos pipes fatales, vous ne seriez peut-être pas aujourd'hui à Versailles !

Pauvre et chère France ! comme ces sultanes qu'on étranglait avec leurs colliers précieux, c'est avec ta franchise, ton esprit bon enfant et ta loyale confiance, que l'on t'a presque mise à mort !

^ais, gr§lce à Dieu et à ton courage, voilà que le cercle fatal se desserre, bientôt il s'entrouvrira...

Dans un recueil de vieilles poésies écossaises, on trouve cette légende : Insouciant et la visière levée, un chevalier vient d'entrer dans la forêt. Après avoér attaché son coursier au tronc d'un chêne, il s'étend désarmé sous le vert feuillage ; il sait pourtant que cette forêt est pleine d"ennemis, mais on a

parlé de trêve et il accueille en souriant un barde qui cherche à rendormir aux sons de sa harpe galloise.

En voyant se fermer les yeux du chevalier, le traître chanteur fait signe à des assassins cachés de s'emparer de] a longue lance et du poignard acéré. Mais le cheval hennit ; à ce bruit, plus promprt que Téclair, le chevalier est debout, l'épée à la main ; sous ses coups, les meurtriers se couchent comme des épis fauchés; celui qu'ils ont réveillé, et qui endormi paraissait si facile et si paisible, c'est Cœur de Lion ! c'est l'invincible Richard ! . . .

— Ah çà, sacredié ! sentinelle! dit une voix rude, est-ce ■que vous dormez ? Voilà deux fois que je crie : Ronde major ! et vous ne répondez pas. Si je faisais mon rapport, vous en auriez pour un jour de clou, et vous ne l'aiiriez pas volé ! — Voilà, voilà, m'écriai -je en me secouant : avance à l'ordre !

— Vous devez ajouter : et au mot de r alignement^ dit le •caporal d'une voix rageuse... Oh ! ces bourgeois, ajouta-t-ilen se remettant en marche, ça laisserait voler les canons sous leur nez et entrer les étrangers sans rien dire !

— Je pensais justement à trouver le moyen de les renvoyer tous chez eux, et pour toujours, répliquai-je avec la douceur -de quelqu'un qui se sent dans son tort.

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