‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 136 sur 158 · L ASCENSION · texte numérisé non relu

L ASCENSION

jnenœnt leur chaot avec les vifs accents de la joie, le souffle (l*£n haat qui repoussait les âmes les attire comme par une marée montante qui emporterait toutes les di- ^es, et Moïse, appelant du geste les deux armées, pénétre dans le parvis des Gentils. Il le traversa d*un vol rapide suivi de tous les héros de la foi. Mais la foule des rachetés du premier mcHide, encore inquiète et tremblante, fit de ce parvis sa demeure. C'est là dans Timmensité des cieux le royaume qui a été préparé dès la création du monde pour les chrétiens d'entre les Gentils qui au jour du dernier jugement seront sauvés sans savoir comment, pour un verre d'eau donné à l'un des témoins du Sauveur. *

Dans le parvis d'Israël s'arrête le très grand nombre des rachetés de ce peuple qui n'osent aiïronter de plus près la sainteté de Dieu.

Le temple se remplit de la troupe des prophètes hébreux ^ui sur la terre priaient pour leurs frères. Ils se groupent autour de l'autel des parfums, d'où partent les foudres qui renversent les trônes et font périr les nations. ^

Dans le sanctuaire se dressent tout-à-coup douze trônes •à droite et douze à gauche de celui de l'Eternel et de son Oint. Par une impulsion divine, les patriarches du premier monde vont occuper les sièges de gauche. Sur les autres prennent place Abraham, Isaac, Jacob et Joseph, Moïse et Josué, Samuel et David, Ësaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel. Ces vingt-quatre vieillards étaient tous vêtus de vêtements blancs; tous avaient sur leur tète des couronnes d'or. Par un même sentiment d'humilité et de confusion,

^ Matth. XXV, 34.

• Apoc. VIII, â sqq.

l'ascension. 333-

ils se prosternèrent devant TEternei en jetant leurs couronnes au pied de son trdne. *

Pendant que les vieillards adoraient et priaient silencieux, les archanges, élevant la voix, chantèrent ea chanir : ^

« Glorifions notre Seigneur et notre Dieu f Son œuvre est achevée ; il a payé la rançon du monde, et le voilà qui s'assied de nouveau sur son trône éternel, couronné de son ancienne gloire, qui a doublé d'éclat et de splendeur.

» Le Fils de Dieu n'avait point pris notre nature ^: tel était le bon plaisir de l'éternelle sagesse. Dans sa miséricorde il était descendu aux plus bas lieux du monde , et c'est du fond de l'abîme qu'il remonte à la droite de Dieu.

» Il y remonte avec les enfants d'Adam, ses rachetés. O Fils de l'homme, ô Fils de Dieu qui règnes sur nous tous, tu les associes à ta puissance. Nous n'en sommes point jaloux et adorons tes décrets.

» Ceux que tu < appelles tes frères » sont là-bas aux prises avec Satan. Tes frères seront nos amis. Nous veillerons sur eux à leur insu ; invisibles, nous les sévirons \ en toutes choses, nous les fortifierons dans leurs épreuves, nous nous tiendrons près d'eux dans leur martyre, et les conduirons, triomphants, à tes pieds. »

Cependant les vieillards qui avaient achevé leurs prières, se tenaient debout devant leurs sièges comme perdus, dans leurs pensées.

ï Apoc. IV, 4, 10.

• Hébr. II, 16. **

» Hébr. 1, 14; II, 11.

334 l'ascension.

Les patriarches du premier inonde, n'osant élever la voix, se disaient les uns aux autres :

« Nous sortons à peine de notre sombre prison, et nous voici sur des trônes devant celui de Dieu ! Les esclaves du péché et de la mort sont en un instant devenus les saints <le VËternel t Ta grâce, ô notre Sauveur, est-elle donc sans limites ? Est-ce ainsi que tu agis avec de misérables enfants delà poudre?

» Sans la joie qui inonde notre cœur , nous nous croirions le jouet d'un rêve. Nous rougissons de tant de gloire devant les archanges, et nous voudrions nous dérober à leurs regards. Pour supporter et cette gloire et cette joie, 11 nous faut recueillir toutes nos forces comme nous le faisions sur la terre pour supporter les plus cruelles douleurs. »

Après un long silence, les douze vieillards hébreux chantèrent d'une commune voix :

« Comment avons-nous osé soulever le voile, et que faisons-nous dans le sanctuaire ?

» Nous voici au pied même du trône de Dieu, et nous y habitons en assurance !

» 0 toi qui nous as frayé la voie , que ton sang nous rende purs comme tu es pur !

» Tu t'es fait notre frère et tu sais quelle fut notre vie: intercède, ô notre Sauveur, pour nous auprès de ton Père!

» Intercède sans cesse, et pour nous et pour ceux qui combattent sur la terre ; épanche dans leur cœur ton Esprit de sainteté.

> D'éternité en éternité, répétons: La grâce ^e Dieu, la grâce de Dieu, la grâce de Dieu !

» Dieu est amour, »

l'ascension. 335

Les séraphins et les archanges autour du trône de Dieu redirent : « Dieu est amour. » Au deuxième rang les Prineipautés et les Puissances répétèrent : « Dieu est amour. » De degrés en degrés, de cieux en cieux, les anges chantèrent en mille langues diverses : < Dieu est amour, > et Fécho de ce cri d'allégresse alla se reproduisant sans faiblir jusqu'aux extrêmes limites de Funivers.

AVANT-PROPOS

La rédemption opérée en Golgotha nous explique le ciel et la terre, le passé et l'avenir, le cœur de l'homme et r histoire de l'humanité. Si, au pied de la croix, nous contemplons le Fils de Dieu mourant pour notre salut, les cieux des cieux s'entr'ouvrent sur notre tète et nos regards pénètrent dans les impénétrables profondeurs de la miséricorde, de la justice et de la sainteté de l'Eternel. Si de cette même croix nous considérons la longue série des siècles qui l'ont précédée, nous voyons y tendre et y aboutir, dans l'histoire sainte, toutes les promesses de délivrance faites à nos premiers parents, à Abraham, à David, à Ësaïe, à Malachie, toute la loi morale du Sinaï qui devait éveiller dans les consciences le besoin du pardon, et les rites de cette même loi qui figuraient tous le grand sacrifice de Golgotha. Les nations idolâtres ellesmêmes, du sein de leurs ténèbres, de leur corruption et de leurs souffrances, marchent sans le savoir vers la croix ; car, toutes, elles font d'immenses et d'impuissants efforts, les unes pour expier leurs fautes, les autres pour se purifier de leurs souillures ; elles produisent même des héros de foi et de dévouement qui meurent pour sauver leur patrie de la colère divine, et le Crucifié, qui est l'accomplissement de la prophétique attente d'Israël, est aussi Tac-

complissement des désirs les plus intimes des païens. Cette croix vers laquelle converge tout le monde ancien, est le centre d'où le salut et la vie rayonnent sur tout le monde moderne. C'est par la parole de la croix et de la réconciliation que St-Paul a fondé l'Eglise du Christ sur les ruines des temples païens, que Luther a réformé T Eglise déchue et que nos missionnaires font entrer les derniers peuples idolâtres dans l'Eglise évangélique. Cette croix enfin est l'apaisement de notre conscience, notre unique espérance en face du Dieu trois fois saint, la seule de nos joies que les souffrances et les deuils de la terre ne puissent nous enlever, notre arme invincible contre l'incrédulité^ notre force contre les tentations et notre vie dans la mort.

Telles sont nos croyances. Mais le siècle s'en rit et les traite de folies. H y a dans le monde un trop grand nombre de chrétiens de nom qui ne voient en nous que les derniers restes d'une orthodoxie qui a fait son temps; une foule de déistes qui traitent de blasphématoire notre foi aux miracles ; une multitude innombrable de matérialistes qui foulent aux pieds avec ironie le sang du Christ, et qui nient Dieu dans l'univers, l'âme dans le corps. On dirait une marée d'incrédulité qui monte, qui monte lentement, qui monte toujours ; elle ne connaît pas de rivages, elle emporte toutes les digues, elle recouvre l'Europe entière. L'Eglise, semble-t-il, va périr ; mais elle est le rocher des siècles éternels que battent en vain les flots du temps ; elle est Farche qui s'élève d'autant plus vers le ciel que s'accroissent et montent les eaux bourbeuses de la terre. L'E-

AVANT- PROPOS. 341

glise a fait ses preuves. Seule elle reste debout au milieu des ruines des empires, et nous sommes certains que l'avenir est à elle, parce que dans le passé elle a été la seule source de vie. D'ailleurs la prophétie ne nous raconterait pas le futur triomphe de la vérité révélée, que le sang même de Christ nous en serait un infaillible garant. Le sang n'est-il pas la vie? Le sang qui nous sauve, n'est-il pas la vie que le Christ a perdue sur la croix pour délivrer nos âmes de la mort? La croix n'a-t-elle pas été l'autel où la victime la plus pure et la plus noble s'est dévouée pour les plus malheureux de tous les êtres? Et le dévouement n'est-il pas ce que le monde estime et admire le plus? Or, si les nations gardent un pieux souvenir de leurs héros qui, en se vouant pour elles à une mort certaine, leur ont procuré de passagères victoires, comment l'humanité oublierait-elle le Fils de Dieu qui, par l'acte de dévouement et d'amour le plus sublime, est venu ici-bas la racheter au prix de son sang d'une condamnation éternelle ?

Tandis que le monde redouble d'efforts pour renverser la croix, elle est dans la vraie Eglise l'objet des incessantes méditations des théologiens. Il en est des mystères de la religion comme de ceux de la nature : le fait est certain, l'explication en est contestée. Les vrais chrétiens vivent tous à la lumière spirituelle de leur Sauveur ; tous ils en éprouvent la sainte efficace dans leur âme et dans leur vie. Mais ils font comme les habitants de la terre qui jouissent des rayons de l'astre du jour sans les analyser avec le prisme et sans scruter avec le télescope la nature du soleil. Petit est le nombre des astronomes, petit est celui des théologiens , et les uns comme les autres se divi-

sent en écoles rivales qui soutiennent des théories très différentes. Ces querelles des savants n'empêchent point Tun et l'autre soleils d'éclairer, d'échauffer, de vivifier la terre et l'Eglise. Les fidèles ne doivent donc pas s'inquiéter outre mesure de ces divergences d'opinions, et se souvenir de ce que dit St-Paul de la lente marche des fidèles vers la parfaite vérité. Mais il est incontestable que l'erreur innocente du maître devient d'ordinaire chez les disciples une fatale négation, et, certes, de nos jours, le vent est aux négations et aux ruines. Nous ne pouvons donc soumettre nos propres théories à une critique assez sévère, afin de ne donner lieu par notre faute à aucun scandale. Pour moi, simple laïque, qui avais il y a douze ans tenté la solution du problème, je viens faire amende honorable et confesser que j'avais négligé une des données fondamentales. J'avais cherché à concilier la théorie , toute théologique, de l'expiation, avec celle, toute psychologique, de la solidarité, et je n'avais pas pris garde que ni l'une ni l'autre ne tenaient compte de la purification. Je me flatte d'avoir maintenant devant les yeux tous les éléments du mystère et d'avoir fait faire un pas à son explication scientifique.

Je me propose, après avoir dit un mot des théories an» ciennes et modernes, i» d'étudier les personnages qui figurent dans le drame de la rédemption ; 2<> de rechercher dans Vhistoire la source primordiale de la foi au Rédempteur, les rites que cette foi a revêtus en Israël, et les traces de cette même foi chez les nations païennes; 3® enfin d'analyser l'œuvre accomplie en Golgotha.

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