II. Le Fils et TEsprit de Dieu
Nous ayons jusqu'ici supposé que Dieu agit immédiatement et par lui-même. Il n'en est rien. Dieu n'apparaît jamais sur la scène du monde et jamais ne se montre à ses créatures, pas même aux archanges. Il se révèle à l'univers par son Fils ou son Verbe, qui est son Image visible, l'Ange de sa face, l'Homme des origines éternelles (Adam Qadmon). Le Fils est le Médiateur de toutes les œuvres divines, l'universel Aci. C'est par lui que Dieu crée, et il est ainsi la porte par laquelle les êtres finis sortent du Père. C'est par lui que Dieu poursuit l'exécution de ses plans, et il est l'auteur manifeste de tout pr<^ès. C'est par lui que Dieu r^ne, et il est le Seigneur de toutes ehoses. C'est par lui que Dieu juge, et il est la vivante colonne de l'ordre, la répression de tout désordre. C'est par hii seul que Dieu triomphe de ses adversaires, et il est l'invincible héros de la Cité de Dieu. Enfin, c'est par lui que Dieu pardonnera, s'il peut pardonner, et seul il sera aussi l'universel Sauvesr.
Si Dieu se révèle et agit pur le Fils, il se communique par l'Esprit. Après avoir créé hors de lui par le Fils des êtres doués d'une vie propre. Dieu alimente par l'Esprit
a reculé devant la contradiction et Ta fait disparaître adroitement : nullusque apud le per se innocens est, — Comp, Nomb. XIV, 18, et surtout Jeréraie XXX, 11, où les mêmes mots nébreux se retrouvent à la suite de magnifiques promesses avec lesquelles on ne sait comment les concilier. — Voyez en outre Nah. I, 3.
ces vies individuelles. La force centrifuge du Fils projette dans le néant les êtres finis ; la force contraire de l'Esprit les fait graviter vers Dieu. Le Fils est leur porte de sortie; l'Esprit, leur porte de rentrée. Dieu est TAIpha et TOméga de la création ; mais le Fils en est plus spécialement TAlpha et l'Esprit l'Oméga. Le Fils pose la diversité; l'Esprit la ramène à l'unité, et l'unité dans la diversité, c'est la perfection. La perfection morale, c'est l'amour; l'amour divin aspire à communiquer de sa félicité à tous les êtres saints (§ 18), et cette communication de substance s'opère par l'Esprit. L'Esprit est la synthèse finale du fini et de l'infini. Cette synthèse est le but de toute l'histoire.
D'ailleurs, l'Esprit (son nom l'indique) est invisible comme le Père; mais sa présence se donne à connaître par des manifestations éclatantes. C'est ainsi que, pénétrant de ses effluves les eaux ténébreuses du chaos, il y a fait resplendir la lumière. C'est ainsi qu'en effleurant de son souffle les hommes d'élite en Israël, il les transformait en des prophètes. C'est ainsi qu'en venant faire sa demeure dans le cœur des premiers chrétiens, il donne naissance à la race nouvelle des hommes spirituels en qui < Dieu sera tout en tous > à la fin des temps. *
Dieu a créé à son image les seuls êtres libres que nous connaissons, l'ange et l'homme.
Il y a entre eux et lui homœousie. Il faut, pour les
» Cor. XV, 28.
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bien comprendre, les élever à la hauteur à laquelle les Ariens rabaissaient le Yarbe incarné.
Les anges sont les fils de Dieu ^ et tout fils ressemble à son père.
Adam est, d'après St-Luc^, fils de Dieu. Aussi l'homme est-il appelé à être saint comme Dieu, et sa nature (Platon Ta dit) est tout aspiration à l'absolu. Il a ses racines dans les bas lieux de la terre et sa tète dans les hauteurs des cieux. Ses facultés (§ 6) sont susceptibles d'une extension incommensurable; elles s'élargissent ici-bas ou là-haut jusques à contenir l'infini (^ 18, 25). Mais s'il peut s'élever à la sainteté et à leternelle félicité de Dieu, il peut aussi descendre jusques aux plus profonds abîmes du péché et de l'éternelle souffrance.
Triples sont les relations des êtres libres avec Dieu.
a) Us croient d'instinct au Dieu invî^ble qui a déposé en eux son image et qui les appelle à devenir, par le libre usage de leur liberté, saints, c'est-à-dire parfaits et heureux comme lui. Dans ce travail de sanctification, leur conscience est leur guide ; elle les pousse au bien et loin du mal.
Dieu leur vient en aide par son Verbe et par son Esprit.
h) Ils voient dès leur origine ou ils verront un jour le Verbe qui leur révèle les décrets du Père, et qui les conduit ou plutôt les porte jusques à Lui. ^
c) Sous la discipline du Verbe, ils subissent dans leurs
> Job I, 6 ; XXXVIÎI, 7; Luc XX, 36.