‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 140 sur 158 · III · texte numérisé non relu

III

* Jean XIY, 6: Je 8ui8 le chemin.

cœurs raction de TEsprit. Il leur donne Tintime conviction qu'il n'y a pour eux ni sainteté ni félicité sans une coinplète obéissance aux réyélations du Verbe, et il est avec eux, auprès d'eux, au dessus d'eux, jusques au moment où il entre en eux pour y faire sa demeure. ^

Triples sont les phases du développement normal des êtres libres, dont la sainteté latente est le point de départ et la sainteté réelle le but.

a) Créé de Dieu , l'être libre est de nature (an sich , dirait Hegel) dans une complète dépendance de Dieu. « C'est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l'être. » * L'être libre est ce qu'il a plu à Dieu qu'il soit.* Dieu l'a bien fait à son image : il l'a fait esprit, c'est à-dire amour, intelligence et volonté, conscience et liberté ; mais il lui a donné un cot'ps grossier ou une forme aérienne ; il a élargi ou rétréci ses facultés; la place qu'il lui a assignée dans l'organisme cosmique peut être humble ou sublime. Il ne les a faits tous égaux que dans l'obéissance aux lois morales de la justice. Elles s'imposent à eux tous avec la même inflexible rigueur, et c'est de notre fidélité à les observer que dépend notre bonheur ou notre malheur.

b) En effet, libre dans son intime essence , l'être intelligent doit, tôt ou tard, apprendre à vivre par lui-même (fur sich) sous sa propre responsabilité. Il a sa vie propre comme l'animal ou la plante; mais il a de plus qu'eux le pouvoir de la faire à sou choix heureuse ou inalheu-

' Jean XIV, 47.

• Act. XVII, 28.

reuse. Il est Fauteur de sod sort. < D se fait homme, » disait Ballaache.

A cette époque de son existence , Fèlre libre feit usage des facultés de son âme (^v^^) selon tes directions de sa conscience qui lui fait eonnattre les lois de sa nature. Sa vie est psychique.

C'est le moi qui agit et qui déploie ses propres forces. Il se borne à demander à Dieu secours et assistance. Sa Tie est morale, et la religion y est à l'arrière-plan.

Comme les lois de sa nature sont celles de la nature divine, en obéissant à sa conscience il obéit en même temps à Dieu. Mais Dieu n'est encore pour lui que Tauteur et le gardien des lois morales. L'immense réseau de ces lois s'interpose entre Dieu et lui ; il se sent le serviteur d\in Dieu de justice qu'un abtme sépare de lui. Sa vie psychique et morale est sévère comme la loi , et la crainte de ^Eternel est le caractère de sa piété.

S'il accomplit la loi (l'ange le fait), il est un être juste qui s'est sauvé lui-même. Sa félicité éternelle est la rémunération de ses bonnes œuvres : des oeuvres de la loi, dit St-Paul ; de la tertu, dit Platon.

c) Cependant l'être fini qui de nature (an sich) vit et se meut en Dieu, et qui est comme sorti de Dieu pour fonder sa vie propre (fur sich), se sent intérieurement pressé de rentrer en Dieu. Créé de Dieu , il vit sous Dieu, mais il se sent fait pour Dieu. Toutes les perfections divines ont concouru à le former, et il en rend grâces à Dieu ; la justice divine l'observe, et elle le remplit d'un respect mêlé de crainte; mais il veut se sentir aimé de Dieu et pouvoir l'aimer.

Aimer Dieu de tout son cœur est le plus grand des commandements de la loi mosaïque ; car toute loi morale a

380 LA THÉORU DB LA RSDKMPTIOiN.

pour fin Tamoiir, qui assure TaecompUssement de tous les devoirs. Attendre Tère de l'amour et de la grâce, est le résumé de b prophétie juire. Daos le monde païen, dont Athènes est la fleur, aspirer au vrai, au bon, au beau absolu, s'unir à Dieu par un hymen mystique, est le résumé de la philosophie de Platon.

A cette aspiration, à cette attente de l'être fini, Dieu, en <]ui l'amour est l'alpha et l'oméga (§18), répond par son Esprit qu'il communique à ses créatures justes et dociles <§ 25).

La créature monte. Dieu descend.

Elle monte par la justice à la perfection qui est la sanctification. Il descend en son Esprit de sainteté.

-Quand l'Esprit divin s'unit à l'esprit fini, il se produit chez celui-ci une vie nouvelle.

A sa vie psychique s'ajoute alors la vie spirituelle. Il est ainsi initié à une existence qui lui était jusques alors inconnue.

Par un légitime amour de soi-même et une confiance non moins légitime en ses propres forces, il avait vécu de sa vie. Maintenant le centre de ses aflections se déplace, sort de lui et se fixe en Dieu. Sa vie morale est absorbée par la vie de la religion ou de la foi. La foi qui lui rend visibles les choses invisibles et présentes les choses absen- 4es, lui apprend à décupler ses forces propres en puisant <au grand réservoir des puissances divines, et l'espérance élargit indéfiniment ses horizons.

En même temps, par l'Esprit saint, il entre en une relation personnelle, immédiate et vivante avec Dieu. Dieu n'est plus pour lui un Dieu de loin, mais un Dieu de près. Il est non plus le serviteur de Dieu, mais son enfant, pour ne pas dire sa mystique épouse.

LBS ÊTRES LIBRES. 381

A ce degré suprême de son déreloppem^it mtérieur^ Fètre fini se sent saint plutôt que joste , agréable à Dieu plutôt qu'irréprochable devant la loi morale, en possession de réternel bonheur bien moins par les œuvres de la loi ou de la morale que par celles de la foi ou de la rdigion.

Bon de nature, juste dans sa vie psychique et ses rap» ports avec la loi, saint ou parfait dans sa vie spirituelle et dans ses relations personnelles avec le Dieu trois fois saint, Fétre libre est comparable au limpide cristal qu'éclaire la lumière du soleiH. Il a le joyeux sentiment de ssl pureté et se sent vivre sous les rayons du Dieu qui l'illumine, le réchauffe et le vivifie.

 ces trois relations correspondent chez l'être fini normal trois cultes distincts :

a) La glorification inconsciente de Dieu par son existence tout entière ;

b) Le culte psychique d'adoration, d'actions de grâces et d'invocation ;

c) Le culte mystique et spirituel d'initiation^ de oommu* nion, où, pendant l'âge transitoire des symboles, l'homme s'unit sacramentellement à Dieu en mangeant et buvant des choses saintes.

L'être libre peut faire choix du mal, pécher, déchoir. Nous n'avons pas à rechercher ici comment la chute

* EiXixpiv^ç, Phil. 1, 10; 1 Cor. V, 8, etc.

possible est devenue réelle. Gela s'est fait chez les anges qui sont fout intelligence, par orgueil, avec la pleine connaissance de leur ooulpe et de ses conséquences ; chez rhomme, par séduction, en aveugle, sous Faction des sens et de la chair.

Dans ses triples relations avec Dieu^ l'être libre qui a dévié,

a) ou tremble*, comme les démons, devant le Dieu invisible contre lequel il a bien pu se révolter, mais dont il ne saurait nier l'existence, la sainteté, la justice, la toute-puissance, ou, comme les enfants d'Adam, perd r intelligence des attributs de Dieu, lui substitue dans son entendement des faux dieux de son invention, et finit par le nier.

b) Mais Tètre libre qui blasphème le Père et s'égare dans l'incrédulité, peut être ramené sur la droite voie par les révélations du Verbe qui s'offre à lui sous une forme TÎsible, lui rend la foi plus facile, redresse ses erreurs, ranime son courage , l'effraie à salut, et déploie toutes les ressources des perfections divines pour l'arracher à la perdition.

c) Si le Verbe échoue et que l'être libre blasphème son nom, l'Esprit de Dieu peut encore sauver ce malheureux. Par une action toute intérieure et surnaturelle, il le convainc de son péché, de l'inflexible justice de Dieu, du jugement qu'elle prononce sur lui ; ^ il lui explique les ré-

* Matth. XII, 31 sqq.

' « Les démons croient aussi qu'il y a un Dieu et ils en tremblent. » Jacq. II, 19.

• Jean XVI, 8 sqq.

v^ations du Verbe, lui en démontre l'absolue vérité, l'inonde d'une divine lumière et ne lui laisse pas le moindre doute sur la route à suivre pour revenir à Dieu.

Si le pécheur blasf^ème l'Esprit saint (et il le peut, tant est indéfiniment puissante chez la créature l'énergie de la libre volonté), * il est perdu sans ressource ; car Dieu a épuisé pour le sauver tous ses moyens d'action.

Voyons maintenant les perturbations que le péché produit dans les trois phases de notre développement.

Il va sans dire que la chute n*a point détruit la nature de l'homme. Il reste homme ^ et c'est là précisément ce qui fait son tourment. Les nobles facultés qu'il aurait dû rapporter à Dieu et qu'il a tournées contre lui, sont encore là ; mais elles ne sont plus pour lui qu'une source de déceptions ; car elles ne lui donnent plus le bonheur dont il est avide. Il aurait dû vivre en Dieu par sa libre obéissance à la loi morale, et il est sorti de Dieu par un de ces actes insensés qui constituent le péché. 11 dépérit comme ferait le palmier en Sibérie ou l'ours blanc sur les rives du Gange ; mais il ne peut périr et rentrer dans le néant, car Dieu, en le créant à son image, lui a fait don de l'immortalité, et « ses dons sont irrévocables. » ^

a) Cependant, si sa nature primitive subsiste après sa chute et si elle languit et se meurt sans être anéantie, elle se fait à son état de perversion, et il se forme ainsi en nous, par la puissance de l'habitude, comme une seconde

» Matth. XXIII, 37.

* Jacq. III, 9.

* Rom. XI, 29.

nature qui pèche sans discontinuer. En effet, la loi nous commande d'aimer Dieu par dessus toutes choses, et nous l'oublions; — d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, et nous sommes radicalement égoïstes. Nous c buYons l'iniquité comme Teau, > ^ sans nous douter qu'elle est un poison mortel. Nous sommes les esclaves de notre nature corrompue et nous croyons être libres. Nous < vivons, > ^ heureux de suivre nos mauvais instincts et nos convoitises. Combien de peuples idolâtres, civilisés ou sauvages, qui jouissent de ce triste bonheur, et pour qui Dieu, le vrai Dieu, n'existe pas !

b) Mais le moment vient pour plusieurs, où la conscience s'éveille, où la loi morale s'oppose fortement à leurs passions. La lutte s'engage entre la chair et l'entendement. Toutefois les St-Paul comme les Ovide ou les Sénèque disent : « Je vois et approuve le bien, je fais le mal. > Alors la crainte de Dieu saisit les meilleurs d'entre eux, et ils cherchent les moyens d'apaiser sa colère.

c) Chez les autres, à la corruption de la vie psychique s'ajoute celle de la vie spirituelle. Us se lassent d'une lutte inutile et s'abandonnent entièrement à leurs passions. Leur conscience s'assoupit et se paralyse; ils prennent un vrai plaisir à mal faire. Ces joies du péché sont, chez les démons, celles de l'orgueil ; chez les hommes, celles de la volupté ; chez les uns et les autres, celles de dire : Non, quand Dieu dit: Oui; de se faire son propre centre, de devenir un Dieu au petit pied. Elles grandissent et les souffrances du remords diminuent en proportion directe de la perversité qui aboutit à une haine mortelle pour Dieu. On le tuerait si c'était possible.

» Job XV, 16.

* Rom. VII, 9.

Les peines du péché sont les unes fatales et subjectives, les autres objectives et afflictives.

Si rhomme, si Fange fidèle éprouve la joie intérieure d'une bonne conscience et d'une surabondance de vie, s il est heureux de Testime et de l'affection de ses frères; s'il est certain de la faveur de son Dieu, désobéissant et rebelle, au contraire, l'homme est tourmenté par la terreur de son Juge suprètne, par la crainte du juge terrestre et par la honte qui est l'écho de la réprobation de ses égaux, par les remords de son propre cœur, et par les querelles et les haines, les infirmités et les maladies, suites inévitables dQ ses péchés.

Il est certains péchés qui, sous le nom de délits ou de crimes, sont punis par les tribunaux. La justice pénale (de Maistre a dit : le bourreau) est dans notre race déchue le pivot de l'Etat. La loi fondamentale de tous les jugements qui se prononcent et s'exécutent chez les nations civilisées comme chez les hordes les plus sauvages, c'est celle du talion : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent. Cette loi exprime avec une rigoureuse exactitude, mais sous une forme grossière, la notion même de la justice divine : au mal que vous avez commis , répond un mal pareil qu'on vous cause. Le mal qu'on cause ne doit point, d'ailleurs, être nécessairement de même nature que le mal commis à expier : il suffit qu'ils soient d'égale valeur, et la compensation qui substitue à la peine identique une peine équivalente, ne fait que confirmer le grand précepte du talion.

Personne ne prétend que le remords est ici-bas une peine suffisante du crime, ni ne conteste à la société le

droit de prononcer et exécuter des peines afflictives. On fait bien ; car, sûrs de leur impunité, les criminels deviendraient si nombreux et si insolents, qu'ils opprimeraient, voleraient et tueraient tous les gens de bien.

Mais on nous dît que ce qui est vrai de notre société et de notre justice terrestres, est faux de la justice divine et de la société universelle.

Pour faire triompher une thèse semblable, il faudrait démontrer, ou que la justice divine se contente d'approximations, ou que le remords est l'exacte peine du péché.

Le premier de nos devoirs est d'aimer Dieu de toute notre âme; le second, d'aimer notre prochain comme nous-mêmes. Quels remords éprouvons-nous de notreégoïsme habituel et de notre profonde indifférence pour Dieu ?

Le souvenir de certains actes mauvais nous ronge le cœur, il est vrai. Mais le remords est à l'âme ce que la douleur physique est au corps : les coups font mal à l'un comme les fautes font à l'autre. Or l'âme déchue n'est plus saine. Quand la conscience est émoussée, l'entendement obscurci, le cœur paralysé, la volonté énervée, comment soutenir que les souffrances morales du péché sont proportionnelles à la coulpe? Si la maladie peut rendre le corps insensible aux coups, ne peut-il pas arriver que l'âme aussi devienne ladre? Le propre du péché n'est-il pas, en se répétant, d'amoindrir le remords jusques à l'anéantir? N'a-t-on pas vu les plus grands criminels être intérieurement les moins malheureux, et les plus cruelles morsures de la conscience ne sont-elles pas pour les moins corrompus? Enfin, les remords du pécheur sont étouffés par les joies du péché. Etre mixte, l'homme cause à la béte qui est en lui une très vive satisfaction chaque fois qu'il la fait boire et manger avec un certain excès, ou savourer les

voluptés de la débauche. Le bonheur immédiat de la faute est même si puissant qu'à chaque tentation nouvelle il l'emporte sur les craintes éloignées de la souffrance physique. •

Il y a plus. L'homme que le vice n'a pas abruti, éprouve le besoin de peines afflictives. On a vu des meurtriers contraints par les tourments intolérables de leur cœur à ^e dénoncer eux-mêmes à leur juge, afîn d'apaiser par leur sang la justice humaine et divine. Une faute non avouée, non découverte, impunie, suffit pour empoisonner la vie en apparence la plus heureuse. Les hommes les plus altérés de sainteté s'imposeront les privations les plus dures, les plus cruelles macérations, pour compléter tes remords que leur causent leurs faiblesses.

Laissons donc Dieu, qui est la source de tout droit, être le gardien toijyours vigilant de son code universel. II se nomme le vengeur. Lui contester ce titre, c'est nier sa justice; nier sa justice, c'est lui refuser la sainteté, c'est le nier lui-même (| 6).

Souvenons-nous que si le prince, le juge ne porte pas ici-bas l'épée en vain, c'est parce que Dieu ne la porte pas en vain dans le ciel. Du jour où Dieu et le prince déposeraient leurs glaives, le tnal, rompant ses digues, déborderait sur l'univers entier.

Nous pouvons donc affirmer hardiment que la justice divine réserve l'homme pour le grand jour où elle réglera ses comptes avec toutes les créatures rebelles. Dieu leur laisse le temps d'achever en plein leur développement pour qu'elles ne puissent prétendre qu'avec plus de patience elles seraient revenues sur le droit chemin. Mais le temps viendra où Dieu déterminera mathématiquement pour chacune

388 LA THÉOftIE DE LA RÉDEMPTION.

d'elles la peine * qui répond à la totalité de leurs pensées, de leurs paroles et de leurs actions, et il ajoutera au ver indestructible du remords le feu inextinguible des souffrances afflictives.

Corrompu dans sa nature, injuste et coupable dans sa vie psychique, profane dans sa vie spirituelle, Fétre déchu se fait à lui-même l'impression d'un être dégradé, taré, souillé. A la limpidité, à la brillante pureté de Tètre normal, s'oppose ainsi Timpureté, qui devient excessive dans notre race mixte où la chair domine sur l'esprit et se vau* tre dans la boue. Tout est ténèbres chez l'impur, sa lumière intérieure s'est éteinte et du dehors Dieu l'illuminerait en vain : il est aveugle.

Conscient de sa souilhire, le débiteur insolvable de la justice divine est l'esclave fugitif du Dieu trois fois saint. De même que l'enfant qui a commis une grosse faute s'enfuit en silence, redoutant à la fois le courroux de sa mère et la rigueur du châtiment, de même Adam et Eve, après leur chute, « se cachèrent de devant la face de TEternel parmi les arbres du jardin.' » Ainsi encore < les anges qui n'avaient pas gardé leur originaire » position, c abandonnèrent » spontanément « leurs propres demeures ^ » et s'enfuirent loin du ciel et de Dieu. Cette fuite est le premier

^ Les écrivains duN. T. ne connaissent sans doute pas le nom de :roivTJ et ils emploient celui de xoXaatç qui pourrait signifier correc^ tion. Mais ils font constamment usage de xplatç, xaTàxpiatç, et Jude (v. 7) emploie S^xi). Ces termes s'opposent à TratBeta comme en français jt>6mes et châtiments,

» Gen. ra, 8.

» Jude 11.

pas dans la voie qui conduit à la haine mortelle de Dieu

Cependant, Dieu qui voit la haine prendre la place de l'amour dans le cœur des coupables, détourne d'eux sa face, les abandonne à leurs justes souffrances et, comme il est la vie infinie et que tout est en lui d'une incomparable énergie, il les « rejette de devant lui, » dit Bossuet, < par » toute sa sainteté et par toute son essence. » Le Dieu trois fois saint a en abomination les profanes.

Il n'y a pas de culte et de religion possible chez l'être déchu (1 16). Adorer Dieu, c'est s'approcher de lui, et la créature souillée le fuit. Aussi dans leur cité les anges rebelles n'ont certainement ni temples, ni autels, ni prêtres, ni sacrifices. Mais pourquoi l'humanité, malgré sa chute, s'obstine-t-elle à invoquer Dieu et même multiplie-t-elle à l'infini ses faux dieux? Comment expliquer chez deux races rebelles une aussi criante disparate? Le mot de l'énigme est l'espoir du pardon.

Dans toutes les théories de la rédemption on a confondu les relations directes et spirituelles de l'être souillé avec le Dieu de sainteté , et les relations psychiques de l'être coupable avec la loi morale et par celle-ci avec le Dieu de justice. Justice n'est pas sainteté, les lois de Dieu ne sont pas Dieu, la coulpe n'est pas la souillure et le rejet de la personne immonde n'est pas la peine d'un acte mauvais.

Un homme vole : il est taré et souillé pour la vie» par ce seul délit. Il aura beau subir la peine adéquate de sa faute : il est et restera toujours un être taré.

Sa souillure peut s'accroître par de nouveaux vols : mais

sa position dans la société n'en sera pas sensiblement changée. Chacun de ses nouveaux vols au contraire attire sur lui de nouvelles souffrances, qui peuvent aboutir à la peine de mort s'il a ajouté au vol le brigandage.

De même l'être pécheur est rejeté une fois pour toutes de Dieu à cause de son état personnel de chute, et il est en outre soumis aux châtiments de la justice divine en proportion du nombre et de la gravité de ses actes de péché.

Les êtres souillés sont tous rejetés de Dieu et expulsés de son ciel. A ce titre-là ils sont tous égaux. Mais la quantité de leur coulpe peut varier à l'infini et avec leur coulpe leur punition et leurs souffrances.

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