‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 14 sur 158 · PB0L06UB · texte numérisé non relu

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sant aux folies des yieux mythes et aux contradictions des philosophies modernes, je me suis dit qu'il est impossible à un païen de s'élever par sa seule raison jusqu'à la connaissance de Dieu.

Sérapion.

Cependant ie mal m'offrait de bien autres énigmes. Notre Satan, Typhon, était le frère d'Osiris et son meurtrier, le vainqueur d'Horus, le prisonnier temporaire d'Isis, le perpétuel ennemi des hommes. Plus je réfléchissais sur ces mystères, plus les ténèbres s'épaississaient autour de moi. Comment le mal a-t-il le même père que le bien? Comment est-il assez puissant pour faire périr le Seigneur même du genre humain? Quand la Divinité Ta enchaîné, quel motif a-t-elle eu de le relâcher?

J'admirais en revanche les enseignements de nos ancêtres sur les destinées de l'homme : nous ne sommes qu'en passage ici-bas, nos maisons sont de simples hôtelleries; de nos vertus^et de nos vices dépendent nos destinées futures, à notre mort l'éternelle Sagesse pèse nos cœurs devant Osiris à la balance de l'éternelle Justice ; les âmes déclarées innocentes achèvent dans l'Amenthès leur purification par diverses épreuves et parviennent enfin à l'éternelle Lumière qui les inonde de vie et de joie. Mais qui me garantissait la réalité de cette glorieuse espérance? qui m'expliquerait le problème du mal? qui me dirait la pensée de l'être absolu? J'avais besoin d'une révélation divine...

Elias.

Et vous l'avez trouvée dans nos Saints Livres?

Sérapion.

Jugez de mon étonnement quand j'y lus que Jéhovah

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s*éUit fait eoimaître à Moïse sous le mèine nom : Je suis celui qui suis^. Votre Dieu était donc notre Dieu. Mais le vôtre seréfvèleet nese cache pas; il ne se tait pas, il parle; par dessus Tabîme qui le sépare des hommes, il leur oommuniqueson esprit. D'un mot il a tiré du néant le monde; par six paroles il a créé la terre, les plantes, les animaux et r homme; du premier homme à votre dernier prophète, il est apparu aux patriarches de Tancien monde, à votre père Abraham, à tout votre peuple de la cime du SinaT, à vos juges, à vos rois, à vos prophètes ; il a inspiré vos psalmistes, vos sages et ces voyants dont j'étudiais avec un saisissement de surprise et de douleur les menaces à l'adresse de nos Pharaons. Mais ce qui me surprit plus que je ne puis dire et qui me fut longtemps comme un scandale, ce furent vos holocaustes, vos sacrifices pour le péché et vos fêtes de propitiation, où l'un des boucs purifie de son sang votre temple, tandis que l'autre, chargé de vos iniquités^ est livré à votre Azazel dans le désert.

Philon.

C'est en effet la partie la plus obscure de notre religion.

Sérapion à PkikNi.

Souffrez que je vous le dise : vos entretiens et vos écrits ne m'ont été sur ce point-là que de peu de secours.

Eliab.

Les Egyptiens ne prétendent-ils pas mériter le ciel par leurs bonnes œuvres sans riiitermédiaire d'un Sauveur?

Sârapion.

Vous ne vous trompez point, vénérable Eliab. Nous

^ La vraie traduction est : Je serai celui qui serai, Jéhovah est le Diea du progrès.

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nous efforçons d'acquérir réternelle félicité par la fidèle observatioa des lois dinnes et humaines, et les justes achèvent après leur mort, dans le séjour des âmes, leur pudlîcation en passant par une longue série d'épreuves plus ou moins douloureuses. Les méchants doivent renaître sur cette terre dans des corps d'animaux jusqu'à leur complet amendement.

Eliab.

Votre peuple n'a compris ni l'indéfinie souillure du péché, ni la sainteté infinie de l'Eternel.

Sérapion.

Yous résumez en deux mots, Eliab, le résultat de mes longues méditations. Je compris enfin que Jéhovah exigeait de ses adorateurs une sainteté égale à la sienne. Alors se dévoilèrent à mes regards l'impossibilité où sont les hommes d'accomplir une telle condition, la puissance immense du péché sur leur âme et l'absolue nécessité du pardon. J'entrevis en même temps le caractère distinctif de votre culte. Nos dieux du Nil prennent plaisir aux * pleurs et aux lamentations, oomme ceux des Hellènes aux danses et ceux des Barbares aux cymbales et aux flûtes ^ La commémoration annuelle de la mort d'Osiris et du deuil d'Isis, la tçrreur que Typhon nous inspire, le sentiment de notre responsabilité morale, la redoutable perspective de la pesée des âmes, tout concourt à remplir nos cœurs de crainte et de tristesse. Votre culte, à vous, est tout à la fois d'une effrayante sainteté et d'une incomparable miséricorde. En proposant aux hommes pour but de leurs efforts la perfection même, elle les presse et les ai-

' Apulée, du Dieu de Socrate.

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guillonne sans relâche sur la voie du ciel. Mais en même temps elle leur annonce la venue d'un divin Sauveur qui par son sang les purifiera de leurs souillures, et cet espoir remplit les cœurs d'une espérance, d'une joie, d'une force inouïes. Lorsque, enfin, je crus avoir saisi dans leur essence la loi et la prophétie d'Israël, habitué que j'étais à adorer dans le silence notre Dieu suprême, je passai un mois entier dans la solitude, le jeûne et la prière, jour et nuit prosterné devant Jéhovah ou 'lisant et relisant vos Saints Livres. Puis je déposai avec ma charge mes vêtements sacerdotaux, et je suis parti pour Jérusalem en prosélyte de la porte.

Philon.

Mais vous avez déjà sur vous le sceau de notre élection^ : pourquoi vous arrêter à la porte et ne pas pénétrer jusqu'au temple?

Sérapion.

J'étais fait au rude joug des cérémonies qui enchaînent l'existence entière, et je n'aurais pas reculé devant les sévères prescriptions de votre loi Lévitique. Mais votre religion est incomplète.

Philon.

Incomplète ?

Sérapion.

Oui, mon cher Philon. Notre Âmenthès aboutit vers la hauteur à la région de la divine lumière : votre Schéol est une ténébreuse prison où les ombres, même celles des justes, mènent une vie misérable. Vous ne tenez d'elles aucun compte; car < la terre des vivants» est pour vous ce monde-ci'.

^ Les prêtres d'Egypte étaient circoncis. • Ps. XXVII, 13; CXVI, 9; CXLU, 6.

56 prologub.

Philon.

Vous n'ignorez pas, Sérapion, que nos vues sur le monde avenir se sont dans ces derniers siècles transformées par les méditations de nos docteurs sur les Saints Livres et par la connaissance que nous avons faite de Platon. Nous vous avons même emprunté les prièresjK)ur les morts. Au reste, ce jeune sage de la Galilée, dont je me suis fait l'auditeur açsîdu, me paraît mettre en évidence l'immortalité de l'âme mieux que ne l'avaient fait et nos prophètes et les philosophes grecs. Dans toutes ces paraboles il annonce aux gens de bien de célestes récompenses, d'éternels châtiments aux méchants. Seulement il met à ces récompenses des conditions telles que ses disciples, renonçant entièrement au monde, formeront sans doute une société austère et farouche de prêtres tonsurés, toute pareille à votre sacerdoce égyptien.

Sérapion.

Si vos prévisions sont fondées, ce docteur n'est certainement pas votre Messie ; car l'Oint de Jéhovah, d'après Esaïe, doit ouvrir à tous les hommes une ère de pardon, de délivrance et de bonheur.

Philon.

Je crains que vous ayez mal compris le sens de nos oracles. Le vrai Messie, c'est la piété, la justice, la vertu, qui seule peut faire régner l'ordre et le bien-être sur la terre entière.

Sérapion.

0 Philon ! Philon ! ne renversez pas ma foi en votre Dieu. Jéhovah n'a-t-il pas promis à Abraham qu'en sa pos* térité seraient bénies toutes les nations ? Les sacrifices de la Loi ne préfigurent-ils pas une victime expiant les pé-

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chés de tous les hommes? Esaïe ne Ta-t*!! pas vue se chargeant de toutes nos iniquités? Laissez-moi donc attendre arec une pleine et.naïye confiance notre grand Rédemp* teur?

SérafioB m tait, les bubs jointes, les regards fiiés sar le sol^teat absorbé ilaiis ses pensées.

Eliab après nn long silence.

Mon cher Mnésithée^ vous venez d'entendre comment un des grands prêtres du Nil, par un long et pénible travail de l'esprit et de la conscience, a été comme forcé, vers la fin de sa carrière, de déserter les autels de ses faux dieux pour celui de rEternel. C'est maintenant à vous à nous raconter votre rapide voyage à travers les philosophies de votre nation.

Mnésithéb

Oh mon maître! j'hésite à prendre la parole devant de tels auditeurs. Les cheveux blancs de l'un, le grand renom de l'autre intimident ma jeunesse...

Eliab.

Vous êtes et vous serez toujours jeune, Mnésithée. Le Créateur a doté la vie des Hellènes d'une indestructible jeunesse. Sans vous la terre serait trop grave et sérieuse, comme aussi elle serait trop frivole avec vous seuls et sans nous.

Mnésithée.

Mais, en écoutant ce vénérable prêtre, je rougissais de me sentir si incapable d'une muette et craintive adoration, si peu préoccupé du péché et de la sainteté, si avide de joies immédiates, de liberté, de gloire^...

» i Cor. IV,8sqq.

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