‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 147 sur 158 · ISRAËL · texte numérisé non relu

ISRAËL

d'expiation, T autre positif, de consécration. Mais le premier n'est que le moyen ; c'est le second qui est le but.

Ici la victime symbolise les adorants. Elle meurt comme ils devraient mourir, et elle monte en fumée vers Dieu avec leur âme et leurs prières.

Mais elle meurt en même temps en leur Heu et place (ivrC). Son sang ou sa vie est bien réellement leur rançon. Ainsi s'explique comment gaphar signifie couvrir les péchés, les cacher aux regards de Dieu, les effacer, les annuler *, et comment copher est la rançon.

Le sang^ est non la rançon qu'une famille paie à des brigands pour racheter un père, un fils qu'ils ont enlevé ; mais la compensation, le Wehrgeld, que le coupable qui

^ Lév. XVI, 19-^. Le mot de caphar n*a pas son correspondant dans le langage relijîieux de notre Europe. Propitier, îXct<jxea6at, est fautif, car caphar se dit du péché, jamais de Dieù^ et ne peut donc signifier : se rendre Dieu propice. Parler avec nos traductions d'une propitiation des péchés est donc une expression tout à fait impropre. Expier est un terme juridique qui détermine arbitrairement le sens très général de couvrir. Racheter* serait le plus en harmonie avec l'association d'idées des Hébreux, qui de caphar ont fait copher, rançon. Mais l'usage prévaudra sur tous les scrupules des traducteurs, et le caphoreth de l'arche sera toujours, non le couvercle, mais le propitiatoire.

* Le sang l Ce mot trouble l'esprit de nos philosophes théologiens. Mais le sang c'est l'âme, c'est la vie. Il suffit pour le savoir de regarder un animal, un homme qui meurt en perdant son sang. Aussi n'avons-nous pas besoin d'étanlir à grand renfort d'érudition que si les Hébreux disaient que l'âme est dans le sang (^Gen. IX, 4 sqq.; Lév. XVII, 11), les Egyptiens, les Perses, les Livres pontificaux des Romains, tous les anciens physiologues, Pvthagore, Empédocle, Hippocrate, Gallien, tenaient exactement le même langage. Le sang est même dans les sacrifices à ce point l'essentiel que sacrifier se disait chez les Germains hlotan, chez les Grecs al(x(^aasty pwfxo'oç, chez les Latins animain, sanguinem libare. Chez les Perses le sang seul était offert aux dieux. — Philon dit fort bien: « Le sang est la libation de l'âme. » V. de Lasaulx: Sàhnopfer, p. 5; Baehr : Symbolik des mosatschen Cultes, t. II, p. 701 .

mérite la mort, paie devant le tribunal pour racheter sa propre vie.

Ce rachat, cette rédemption est d'ailleurs une pure fiction; car il n y a nulle proportion entre la vie de l'homme créé à l'image de Dieu, et la vie d'un animal qui n'a d'autre valeur que celle de son espèce. Mais le sentiment qui avait inventé ce rite symbolique était d'une insondable vérité, et cette fiction avait été sanctionnée par Jéhovah lui-même qui, acceptant l'antique et universelle tradition du sacrifice sanglant , avait dit à Israël : « Je vous ai donné le sang sur l'autel, pour qu'il fasse l'expiation de vos âmes. » L'Eternel, en tenant ce langage, regardait, d'une part, dans le cœur de l'homme, à ce besoin d'expier la coulpe par la peine, et d'autre part, dans l'avenir, au sacrifice de Golgotha, dont les holocaustes étaient le type prophétique.

La première Pâque a eu lieu avant la Loi et le sacerdoce. Elle clôt en quelque sorte l'âge patriarcal : tout Israélite est encore sacrificateup et chaque famille est une sainte famille de prêtres.

Le sacrifice de la fête de Pâque comprend, ainsi que l'holocauste, une seule victime et deux actes distincts : l'un est, non d'expiation, mais de purification ; l'autre est de communion.

L'Ange exterminateur allait frapper de mort tous les premiers nés des Egyptiens qui résistaient opiniâtrement à l'ordre de Dieu. Mais les Hébreux étaient à leur manière tout aussi coupables et souillés que leurs oppresseurs. Pour qu'ils fussent épargnés, il fallait le sang d'une victime, qui servît « de signe » à l'Ange*.

» Ex. XII, 13.

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