‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 148 sur 158 · ISRAËL · texte numérisé non relu

ISRAËL

Ce sang expie-t-il les péchés d'Israël? est-il sa rançon? Non; car on en asperge avec l'hysope les portes des maisons et non les habitants, et ce rite de l'aspersion spécifie les sacrifices de purification.

L'agneau pascal est donc le type d'une victime pure qui lavera par son sang les soiiillures de la terre. Aussi sa chair, qui prophétiquement est d'une infinie sainteté et d'une vertu divine, sert-elle, dans un repas mystique, de nourriture à chaque famille du peuple Elu.

Dans l'holocauste, l'âme monte de la terre vers son Dieu Sauveur. Dans la vraie Pâque, le Sauveur descendu du ciel lui communiquera de sa nature divine.

Nous retrouvons le rite de l'aspersion et le repas sacré dans les sacrifices par lesquels Moïse a solennisé l'alliance de Jéhovah avec Israël ^ .

Les sacrifices pour le péché et pour le délit n'ont ni des antécédents dans l'histoire sainte^ ni des analogues dans le monde païen. Ils sont une création de Jéhovah au s^mai.

Ils se composent, eux aussi, d'un premier acte négatif et d'un repas sacré, avec une seule et même victime.

A ce banquet, qui se célébrait dans le tabernacle, s'asseyaient les seuls sacrificateurs. Ils sont ici, au milieu du peuple saint, les hommes saints par excellence, le vrai Israël, le type de l'Eglise du Christ.

Le rite négatif, sous une forme en apparence fort simple,

» Ex. XXIV.

est complexe. Il est tout à la fois rite d'expiation et rite de purification. La double idée qull recèle nous échapperait, si elle ne s'épanouissait pas à nos yeux dans les deux bouc& de la fête du septième mois, comme nous le dirons tout à l'heure.

La victime pour le péché, comme celle de l'holocauste, celle des Schelamim, est chargée, par l'acte solennel de l'imposition des mains, des fautes et de la coulpe de ceux qui l'offrent en sacriOce à l'Eternel . Mais elle est la seule dont le texte dit qu' < elle a été donnée pour porter l'iniquité de l'assemblée» *. Or, pour porter il faut être fort, et pour porter le péché de tout un peuple, il faut une force surhumaine. Celui que cette victime préGgure, ne sera donc point le représentant, Tégal des pécheurs ; il doit bien au contraire leur être infiniment supérieur. Puis, pour se faire, ou plutôt pour être fait péché en lieu et place d' autrui, il faut ne pas être soi-même pécheur, et pour laver un peuple de ses souillures, il ne faut pas être souillé soimême. La victime pour le péché restait donc pure malgré l'iniquité d'Israël dont elle était chargée, ^ et le Messie qui portera l'iniquité du genre humain, n'en sera pas moins saint de la sainteté la plus immaculée.

Où la victime porte- t-elle les péchés du peuple? Le texte ne nous le dit qu'à la page où Moïse institue le sacrifice du bouc d'Âzazel.

Cependant, cette même victime est immolée, et l'aspersion que fait de son sang le sacrificateur, nous prouve que ce sang-là purifie. D'après le rite du sacrifice de l'alliance^

» Lév. X, 17.

• C'est pour avoir supposé que la victime était souillée par les iniquités qu'elle portait, que les théologiens ne peuvent rendre compte des rites du sacrifice pour le péché.

ISRABL. 431

nous devrions nous attendre à voir le prêtre en asperger le peuple et le tabernacle. Mais non t il asperge le tabernacle seul. Cela est fort étrange, et il faut admettre ou que le peuple est purifié par le transport de ses iniquités sur la tète de la victime, ou qu'il devait rester personnellement souillé jusques au grand sacrifice de Golgotha.

Nous venons de voir que, dans le sacrifice pour le péché, la même victime est à la fois vivante et morte : vivante, elle souffre la peine du péché, elle expie ; morte, elle purifie par son sang les lieux saints de leurs souillures.

Bans la grande fête des propitiations, * où se révèle en plein le sens des sacrifices, s'offrent à nous deux boucs identiques sur lesquels on jette le sort.

L'un est égorgé, et son sang, d'une parfaite pureté, lave le temple de toutes les impuretés spirituelles qui dans le cours de l'année se sont propagées du peuple sur les lieux tiiaints.

L'autre est chargé de tous le*s péchés du peuple, qu'il porte, qu'il rapporte à Satan, leur auteur, dans le désert, où il souffre et meurt misérablement pour avoir délivré les Israélites de toute leur coulpe.

Ce n'est donc pas sans raison que nous avons distingué en Dieu sainteté et justice, dans l'homme souillure et coulpe, et dans l'œuvre de la rédemption purification et expiation.

Ajoutons que le bouc de Jéhovah peut être le type d'un Sauveur qui se dévouerait spontanément pour la purification du monde, tandis que le bouc d'Àzazel préfigure

' Lévit. XVI.

un Sauveur passif subissant le fardeau des péchés qu'un plus puissant que lui pose sur sa tète.

La Loi.

La Loi du Sinaï, en ordonnant des sacrifices de purification et d'expiation, de consécration et de communion, éveillait, alimentait, développait dans les cœurs des Israélites encore psychiques, la vie spirituelle, la foi en un Dieu saint et juste, miséricordieux et sauveur.

En même temps elle faisait appel à leurs forces mor raies en leur imposant des devoirs qui se résumaient en un mot : la sainteté. « Soyez saints, car l'Eternel est saint. *»

Cette sainteté absolue consistait à aimer son prochain comme soi-même et Dieu de toutes les puissances de son âme.

Or l'homme déchu est égoïste et il lui est si difficile d'aimer Dieu qu'il sait à peine croire en lui, l'adorer et le craindre.

n se sent donc incapable d'accomplir la loi avec sa nature tout imprégnée du venin du péché, et avec son esprit qui, s'il est prompt à vouloir le bien, est d'une déplorable faiblesse à le pratiquer^.

Mais, qui transgresse la loi, en attire sur lui le châtiment, et qui est châtié pour ses actes, ne peut être une personne pure ayant droit à s'approcher de Dieu.

Les Israélites devaient donc constamment recourir à leurs sacrifices propitiatoires.

^ Lévit. XI, 44.

» Matth. XXVI, 41.

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Maïs ces sacrifices, n'étant que des types et des ombres, ne pouvaient apaiser la conscience et bien moins encore donner la force d'accomplir la loi.

Israël devait donc soupirer après la venue du Messie, qui effacerait tous ses péchés et lui donnerait l'Esprit de sainteté.

La jorojihétie,

La prophétie a, comme la loi, fait une double œuvre en Israël.

Elle a montré dans l'avenir Golgotha et la Pentecôte.

Golgotha, c'est-à-dire l'intervention objective de Dieu réconciliant avec soi le monde par son Verbe incarné qui dans sa miséricorde purifiera la terre de ses souillures, à la manière du bouc de Jéhovah, et qui sera fait péché en Gethsémané pour le genre humain à la manière du bouc d'Âzazel.

La Pentecôte, ou l'intervention subjective de Dieu par son Esprit qui initiera l'homme psychique à la vie spirituelle et lui communiquera la sainte et pure sève de Jésus- Christ, le cep divin.

Esaïe cherche le type du Messie dans le bouc d'Âzazel plutôt que dans celui de Jéhovah, parce que l'expiation des péchés d'Israël était d'une bien autre valeur que la purification du tabernacle.

Quand Jésus-Christ dit qu'il donne sa vie en rançon àvrl Tco^^Gv, il a en vue ce bouc d'Azazel chargé des péchés de tous les Israélites, par opposition aux victimes des holocaustes qui n'étaient, chacune, que la rançon d'une seule âme.

Il n'entre point dans notre plan de suivre le développement prophétique de l'idée du Messie depuis les temps de Samuel à ceux de Malachie et à ceux de Jean-Baptiste. Il nous suffit de rappeler que le dernier et « le plus grand des prophètes »* a dit à ses disciples en leur montrant Jésus-Christ' « Voici F Agneau de Dieu qui porte* le péché du monde »3. l'Agneau de la Pâque qui purifie par son sang les demeures des hommes, mais qui, surtout, comme la victime pour le péclié et comme le bouc d'Azazel, est chargé d'iniquité.

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