LES NATIONS PAÏENNES
Il est assez étrange que, pour trouver une énert^ique protestation de la conscience populaire contre la guerre et ses souillures, nous devions aller jusques chez les Bassou tos. * La guerre est pour eux non un mal physique, BOTLUKA, mais un mal moral, mpe, et après chaque expédition ils multiplient les ablutions et les sacrifices propitiatoires. Le bœuf qu'ils immolent prend le nom de pekou, victime d'expiation, et tous les actes de ce rite ont leur sens symbolique. Ils expriment avec le besoin d'être nettoyés du sang versé, la joie d'avoir échappé à la mort et de commencer une vie nouvelle. Chez les Béchuanas, les guerriers mangent la victime entière, sauf l'estomac où ils font une large incision, et ils y passent la tète en disant : « Nous lavons échappé belle. » ^
4'^ De tous les rites imposés à l'homme parla conscience de sou état d'impureté, le plus extraordinaire est sans contredit la circoncision.
Elle était pratiquée par les Egyptiens longtemps avant de l'être par Abraham et ses descendants. Elle l'était depuis une date inconnue et probablement fort ancienne par les Troglodytes de l'Ethiopie (la Nubie actuelle). Elle l'est aujourd'hui hors de l' influence de l'Islam par les Coptes et les Abyssins, tout chrétiens qu'ils sont, par les Cafres, les Congues et plusieurs peuples de la Guinée, par les nègres de Madagascar.
* « Tl est bien remarquable, » fait observer M. le missionnaire Cazalis, « que des nations privées des lumières de la révélation, attachent une idée d'impureté morale à l'effusion du sang humain dans la guerre. Comment se fait-il que les peuples d'Europe, civilisés et chrétiens de profession, soient étrangers à ces remords instinctifs? » Études, etc., p. 71.
* Arbousset, Voyage, etc., p. 512, 559, sqq.
Tandis que en Océanie oertaines peuplades, nègres sans doute d'origine, mitigeaient ce rite par humanité, en Afrique, en Asie il ne suffisait pas aux instincts aveugles de rame humaine qui croit ne pouvoir assez s'imposer de souffrances pour s'assurer la faveur divine. Les montagnards de i'Assir, en Arabie, l'ont agravé d'une manière atroce, et les Troglodytes du Nil moyen opéraient, semble' t-il, une cision complète. Le monorchisme des Hottentots, moins cruel, aboutit à la mutilation des prêtres de Cybèle et à celle des Bédjas, ^ descendants des Troglodytes. C'est ainsi qu'une coutume qui, à son origine, était inspirée par une piété grave et sérieuse et qui ne portait aucune atteinte à l'intégrité du corps humain, s'est progressivement altérée au point de donner pour prêtres à certaines divinités des ombres d'hommes, et à la mutilation des sacrificateurs s'est ajoutée, dans un monde profane où sévissent les plus mauvaises passions, celle de cette multitude d'eunuques, qui est l'un des caractères les plus sinistres de la civilisation de l'Asie.
Les prêtres de Cybèle, les Galles renonçaient volontairement à transmettre à d'autres une vie souillée et misérable. Une voie moins douloureuse pour arriver au même but, c'était l'absolue chasteté à laquelle se sont condamnés les anachorètes de l'Inde, et qui est le premier devoir des prêtres et moines bouddhistes, ainsi qu'il l'a été des prêtresses de Vesta à Rome, de Diane en Arcadie, de la Terre en Achaïe, d'Apollon à Ephèse, de Praurimé chez les Slaves et du Soleil au Pérou.
* D'après Macrisi, dans K. Ritter, Erdkunde^ t. I, p. 673.