‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 151 sur 158 · LES NATIONS PAÏENNES · texte numérisé non relu

LES NATIONS PAÏENNES

Morale de Vépurement.

A la chasteté des prétresses et des prêtres correspond pour les simples fidèles la pureté morale, une vie honnête et vertueuse, Faccompiissement de la loi divine par la force de la volonté.

Les païens ont, comme les Hébreux (| 86), tenté de se sauver par les œuvres (psychiques) de la loi.

Cette purification intérieure et réelle se complique exceptionnellement en Inde chez les Yoggis de supplices volontaires, de mortifications qui aboutissent au suicide sous les roues du char de Jaggernaut. Une telle ascèse malsaine ne se retrouve ni chez les Mazdéiens, ni en Egypte, ni en Grèce et bien moins encore à Rome. Chez ces peuples, la seule vertu conduit l'homme à la béatitude divine. Aussi le Messie des Perses, Sosîosch, est non point le Sauv<îur d*une race morte dans ses péchés , mais le simple auxiliaire de rhomme pur. Les Egyptiens n'avaient pas même un Sosiosch, et Pythagore, Socrate, Platon n'auraient jamais compris que la loi morale n*a d'autre office auprès de rhomme déchu que de le convaincre de la nécessité d'un salut divin.

Le paganisme a sur cette voie abouti à la doctrine néoplatonicienne du progressif épurement de l'âme. Les philosophes alexandrins admettaient avec Platon que le corps est la prison de l'âme et que les passions sont autant de clous qui fichent l'âjne à la matière. Elle devait donc s'en affranchir par cette tempérance que Socrate avait si bien pratiquée, et par cet exercice (ascèse) de vertu que re-

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commandaient les stoïciens. S'inspirant da Phédon,*^ Plotin distingua quatre degrés de vertus : les vertus civiles ou politiques de Thomme qui vit occupé des choses de la terre et qui tempère ses passions ; les vertus purgatoires ou purificatives de Tâme qui se retire de la société, qui par le recueillement se sépare de son corps^ et qui lutte contre ses passions avec un succès de plus en plus grand ; les vertus de l'âme purifiée qui oublie ses vieilles passions, ne connaît et n'aime que Dieu, et le contemple dans Fextase; enfin les vertus exemplaires et parfaites, qui sont celles de Dieu même. Tel est le type le plus complet et le plus rationnel que l'esprit humain ait conçu de la purification sans l'aide des révélations divines.

La morale de l'épurement et du salut par les œuvres est devenue celle de l'Islam, qui prescrit à son tour des purifications physiques et morales, corporelles et spirituelles.

Dans l'Eglise chrétienne, ceu% qui qnt voulu être purs (xaôofot) par leurs propres forces, ont été des Ketzer^ des hérétiques.

Cependant les païens ont senti que l'épurement ne se pouvait opérer ici-bas que d'une manière très incomplète. Au lieu de confesser leur impuissance et de se jeter dans les bras d'un Dieu Sauveur , ils ont inventé le purgatoire (ég^'^ptien et catholique) pour les âmes des gens de bien, et pour les méchants la métempsychose, qui est ou qui fut le grand dogme des Indiens, des Druides, des Egyptiens, et qui des Egyptiens a passé à Pythagore, à Platon, à certains gnostiques, à Clément d'Alexandrie.

^ T. I, p. 243-247 de la trad. de Cousin. Comp. Ennéades de Plotin trad. par Bouillet^ t. I, p. 55.

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Sacrifices,

Les sacrifices sanglants d'Israël , qu'ils soient d'actions de grjSice, de purification, d'expiation ou d'initiation, étaient sous une forme simple, précise, transparente, les symboles de sentiments religieux si profonds, si vrais, si intimes, que les chrétiens sous toutes les zones les retrouvent dans le fond de leur cœur.

Chez les païens, ces mêmes sacrifices sont le miroir où se reflètent toutes les erreurs, les superstitions, les instincts dénaturés d'une race déchue qui ne connaît plus ni Dieu ni l'homme.

Ainsi : !<> Les repas mystiques de communion avec Dieu étaient devenus dans le culte de Dionysos Zagreus et de Sabazios des repas de cannibales. * On y mangeait la chair crue du taureau ou de l'homme qui symbolisait le Dieu. Les Mexicains, les Péruviens, célébraient des fêtes tout pareilles. C'étaient des saintes cènes où le plus grand des mystères prenait une forme infernale. Ailleurs au contraire on prétendait participer à la nature divine sans expiation et par ses propres mérites : tels les Aryas avec leur hom et leur soma; tels les Perses avec leur repas sacré de pain et de vin. On dirait l'eucharistie chrétienne, et c'en est la négation.

Les Chinois célèbrent une certaine fête où ils égorgent un animal, en enfouissent le sang, qui n'a donc pour eux

' A Chios et Ténédos, dans le culte de Dionysos Omadios {anthro* pophagej, ou coupait de la victime vivante 'les membres que Ton mangeait tout crus. Plus tard on substitua le bœuf à Thomme.

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aucune valeur, et en mangent la chair ; celui qui en re> çoit un petit morceau, a part à la grâce de Coiîfucins. C*est le culte de communion s' adressant non point à Dieu, mais à un simple homme. ^

i^ Les hécatombes, comme sacrifices d'actions de grâce,^ Tues de loin, semblent des prodiges d'une pieuse et sainte libéralité. Mais la chair de toutes ces victimes était mangée par les adorants, leurs familles, leur tribu, leur peuple tout entier. Aussi les Athéniens avaient-ils une vraie passion pour ce genre de sacrifice, et leur mois de juillet était un mois d'hécatombes, c'est-à-dire de festins somptueux.

3^ Il est une espèce de sacrifices (nous les appellerions : d'expulsion), qui offrent une singulière analogie avec le rite hébreu du bouc qu'on chasse au désert. Mais la ressemblance n'est qu'apparente : la victime emporte, ici, les iniquités d'un peuple qui aspire à la sainteté ; là, les calamités qui ' menacent un peuple uniquement préoccupé de son bien-être.

Le fatidra, à Madagascar, est un objet désigné par les devins pour être jeté ou détruit afin de détourner le mal-

^ Chez les Chinois, dont le nom ne figure qu'à ce propos dans nos paçes, la vie spiintuelle et l'esprit symbolique sont encore pour ainsi dire dans les langes. Il n'y a pour eux ni circoncision, ni lustration, ni même de sacerdoce, m purgatoire, ni métempsychose. Leur seul sacrifice solennel est celui du printemps, où l'empereur immole dans le temple de la terre une vache, symbole de la terre, tandis que dans les provinces on promène une vache colossale en argile qu'on met en pièces. Lïdée dominante de la religion est d'obtenir, aux diverses saisons, que Dieu bénisse la terre et ses productions. Ajoutez-y le culte de Confucius et celui des ancêtres. Cependant la foi des Chinois vaut mieux que leur culte. Leur Dieu est le seul vrai Dieu qui gouverne les nations avec miséricorde ; ils ont une va^^ue connaissance d'un agneau qui leur procurera leur pardon, et ils attendent un saint, fils de Dieu, qui restaurera l'univers.

» Homère, Iliade IV, 102.

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heur. Cet objet interdit ou maudit est tantôt de (argent, tantôt une pelletée de cendres ; ou un fruit ou un animal. Sur cet objet on énumère les malheurs qu'on veut conjurer, dans la pensée que la destruction ou la perte du fatidra chassera au loin les calamités redoutées. Si ce sont des cendres, on les jette au vent; si c'est de l'argent, on le jette au fond de l'eau ; * si c'est un fruit, on l'écrase sur le sol; si c'est un animal, un homme l'emporte sur ses épaules dans un endroit éloigné et désert^ en appelant les malheurs sur la tête de la victime,"^

Dans tous leurs sacrifices , les Egyptiens coupaient devant l'autel la tète du bœuf monde, la chargeaient de tous les malheurs qui pourraient leur arriver, et la jetaient dans le Niî. »

A Leucade, on précipitait d'un haut rocher dans la mer, < pour écarter tout malheur, »^ un homme auquel on attachait toute espèce de plumes et d'oiseaux pour ralentir sa chute et qui, s'il échappait à la mort, était conduit hors du pays. ^ •

Les Massaliotes, en temps de peste, engraissaient un de leurs pauvres, puis le chargeaient de tous les maux de leur cité et l'expulsaient avec mille imprécations.

C'est dans ce même esprit que chaque année les Athéniens chassaient à coups de verge des portes de leur ville un esclave en criant : « Sortez, Famine ! entrez , Richesse et Santé î » * et qu'aux Thargélies ils précipitaient d'un

ï Comp. Michée VU, 49.

* Sibrée, Madagascar et ses habiianis, Toulouse 1873, p. 408. » Hérod. II, 39.

* Lomeier dit à tort: tUpeccala eorum auferat, p. ^2.

* Strabon X, il .9.

* Plutarque, qiiœst, conviv. VI, 8.

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rocher un homme et une femme, ou les conduisaient hors de la ville, les égorgeaient et jetaient leurs cendres dans la mer.

Nous distinguons sans trop de peine des sacrifices d'expulsion ceux de lustration. Mais ces derniers confondent si complètement les rites de la mystérieuse expiation avec ceux de la simple purification, que nous renonçons, ainsi que les archéologues qui nous ont devancé, à faire le départ de ces deux éléments.

Il y avait les lustrations ordinaires et périodiques, où le prêtre en Grèce aspergeait d'eau sacrée le peuple avec une branche de laurier ou de verveine, qui correspond à Thysope du culte lévitique.

Il y avait des lustrations, soit du peuple entier après quelque peste ou quelque grande calamité, soit d'un individu coupable d'un meurtre, d'inceste, d'adulti^re.

Mais dans la foule de ces sacrifices sanglants, nous retrouvons aussi peu l'holocauste hébreu avec ses deux rites si simples et si vrais de la mort à soi-même et de la consécration à Dieu, que dans la foule des divinités païennes nous ne découvrons le vrai Dieu, l'Eternel, le C4réateur de toutes choses, le Sauveur de l'humanité déchue.

Il nous parait que le besoin d'expiation et de propitiation se retrouve le plus puissant et distinct chez le peuple le plus décrié de l'antiquité, les Phéniciens. La conscience de leur corruption semble les avoir maintenus dans une crainte habituelle de la justice divine et dans un habituel sentiment de contrition, tandis que les nobles Âryas de l'Iran, fiers de leur pureté, les Egyptiens avec leur mé-

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tempsychofie, Pythagore, Socrate, Platon avec leur morale de répurement, ignoraient ou condamnaient tout sacrifice expiatoire.

Cependant les Phéniciens avaient vivement senti que la vie d'un bœuf ou d*un agneau ne pouvait être l'équivalent de la leur propre, et que leur coulpe ne pouvait être réellement expiée en leur lieu et place que par un de leurs égaux, par un homme pur, par un enfant^ par leur propre enfant qui leur était si cher que son sacrifice leur causerait autant de douleur que leur aurait fait le leur propre. *

Aussi, d'après leurs traditions, l'immolation des fils par leurs pères aurait pris naissance chez eux en même temps que la circoncision, sous l'action de l'épouvante dont le déluge aurait rempli tous les cœurs. ^ Au moins est-il certain que le culte infanticide de Bahal-Moloc est le trait caractéristique de la religion phénicienne, et tout nous paraît indiquer que ce sont les Sémites du Liban qui ont introduit les sacrifices humains en Egypte, en Crête, en Grèce, en Thrace, en Italie. ^

Les sacrifices humains sont comme le dernier mot des cultes idolâtres. S'ils se relient aux sacrifices des Hébreux par leur besoin commun d'expiation, ils n'en créent pas

' D'après Eusèbe, les Phéniciens immolaient chaque année leurs plus chers enfants, leurs enfants uniques.

• Peuple primitifs t. III, p. 441 sqq. — Voyez encore pour le caractère spécial que le déluge a impnmé aux religions païennes, t. U, p. 191, 394, 442; t. Ilf, p. 38, &, 90 sqq.

' Voyez sur ces sacrifices : Sepp, Dos Heidenthum und dessen Bedeutung fur dos Christenthum, 1. 11, p. 95 sqq.

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moins une 6pfk)sition absolue entre le jpenp\e Elu pour lequel ils étaient un vrai crime, et le monde païen où ils abondent.

Chez les Arabes, chaque septième jour, des prêtres vêtus de noir immolaient sur la pierre sacrée de la Gaaba, à Hobal, des petits enfants à la mamelle et des jeunes filles, évidemment pour se rendre le Dieu propice.

Ces sacrifices étaient très fréquents chez les Celtes. En danger de mort (d'après J. -César), ils vouaient à la mort des vies humaines, parce que des vies étrangères , pensaient-ils, pouvaient seules racheter la leur. Leur culte barbare était pour Cicéron un sujet d'étonnement et d*horreur. On les vit, avant une bataille dont les entrailles des victimes annonçaient l'issue funeste, saisis de fureur, massacrer leurs femmes et leurs enfants.

Ces mêmes sacrifices étaient moins nombreux chez les Germains, très rares chez les Scandinaves. Les Suédois célébraient tous les neuf ans une grande fête de lustration où pendant neuf jours on immolait 9x1 hommes, et 9x8 animaux de toute espèce. A Lédérun, les Danois sacrifiaient pareillement tous les neuf ans, 99 hommes, 99 chevaux, 99 chiens, 99 coqs, 99 éperviers. — Les Goths étaient convertis au christianisme qu'ils immolaient encore des victimes humaines avant la bataille.

Les Mexicains ne concevaient pas qu'un sacrifice fût efficace si un homme ne mourait pas pour le salut des autres. Mais ce n'était certainement pas dans ce sentiment là qu'ils immolaient à leur dieu de la guerre leurs prisonniers par milliers, avec une férocité qui vous saisit d'étonnement et d'épouvante.

Les nègres du Congo sacrifient pendant plusieurs jours

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