‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 31 sur 158 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

au milieu d'une foule immense, il a fait son entrée à Jérusalem, monté sdon la prophétie sur le poulain d'une ânesse t Tu hésites, mon frère, et tu Tas \u, en mattre souverain du temple, chasser des parvis les marchands et les changeurs (

Je vous croyais, Jahir, de sens plus rassis que vos compatriotes ; mais le fanatisme païen qui souffle des hautes cimes du Liban sur la Galilée des Gentils, vous emporte vous aussi et vous aveugle. Un Juda de Gamala, lors du dénombrement de Gyrénius, se refuse-t-il à payer le tribut aux Romains et à reconnaître d'autre roi que l'Eternel : il trouve parmi vous trente mille partisans qui bientôt se livrent à tous les excès, pillant, tuant Juifs et Gentils, et qui périssent misérablement^. Tout récemment ne vous ètes-vous pas soulevés dans cette cité contre Pilate, parce qu'il puisait dans le trésor sacré du temple les sommes que coûtait la construction de son grand aqueduc, et ne vous a-t-il pas poursuivis jusque dans le parvis des prêtres où votre sang s'est mêlé à celui des victimes?^. A chaque fête votre présence dans le temple est un danger pour la paix du pays. Vous êtes pour les gouverneurs romains une menace perpétuelle ; les ^^^ofe^ pullulent dans votre patrie, et ces patriotes fanatiques, ces héros insensés qui épuisent vos forces en de vaines tentatives d'affranchissement que les chefs de la nation n'avaient point ordonnées, finiront par précipiter notre nation tout entière dans un abtme de maux, dans une mer de sang, dans une ruine totale. Nous qui vivons dans la ville sainte, à l'ombre du

» Act. V, 37.

• Luc XUI, 1.

94 PBBMIËIUB JOURNÉE.

temple, nous attendons de Dieu la délivrance, obéissant aux souverains sacrificateurs, restant fidèles à Moïse et rejetant des imposteurs tels que votre Jésus.

ELDAD.

Ce Jésus que tu traites d'imposteur, j'en suis certain, est le Messie; mais je ne puis partager l'opinion de Jahîr sur l'œuvre qu'il vient accomplir sur la terre.

JAHIR.

Eldad, crois-tu aux prophètes? N'ont-iis pas prédit que le Messie exercerait les jugements de Dieu sur tous ses ennemis et étendrait son empire sur la terre entière ?

£LDtAD«

Mais ils ont aussi annoncé qu'il serait conduit comme un agneau à la boucherie et chargé des péchés de tous les hommes. Ce ne peut donc être qu'après sa mort qu'il fondera son royaume, et il ne le fera certainement point par les armes. Sa force, c'est sa parole, dont il n'use que pour ramener à Dieu les âmes qui s'égarent. Hier encore, quels discours a-t^il tenus dans ce parvis aux foules suspendues à ses lèvres. Il était, semble-t-il, préoccupé d'un étrange miracle qu'il venait d'opérer en arrivant de grand matin de Béthanie. Comme il avait faim, il s'était approché d'un figuier qui, chargé de feuilles, aurait dû l'être de .fruits; mais il n'en trouva aucun. Il vit sans doute dans cet arbre une image d'une âme, d'une nation qui surabonde en ceuvres extérieures de dévotion et qui est dénuée de toute <Buvre de vraie piété. D'un mot, à l'instant même, il le frappa de mort. ^ Aussi nous a-t-il parlé pendant la journée de l'arbre sain qui ne peut produire que de bons fruits,

» Matth. XXI, 42.

SCBNB il. 98

et de celui qui n'en produit que de mauvais ; du cœur naturel d*où débordent tous les vices*, et du cœur honnête et bon qui, pratiquant la vérité, vient à la lumière, reçoit avec joie et crainte la semence divine de la parole et la fait fructifier jusqu'au centuple^; du baptême d*eau et d'esprit qui seul change notre cœur- mauvais, nous fait naître de nouveau et nous ouvre la porte du royaume ^ ; de la hache qui gît déjà à terre au pied de l'arbre mauvais^; du vrai cep dont Dieu retranche les sarments stériles pour les jeter au feu 5.

jAum.

Ces sarments-là, ce sont ceux des Juifs de Jérusalem, qui rejettent le Messie. Nous, Galiléens, qui saluons en lui notre roi, il nous fera fleurir et nous bénira. N'a-t-il pas choisi parmi nous ses apôtres, et le seul d'entre eux, je crois, ^ qui soit né dans la Judée, n'est-il pas Judas de Kérijoth sur le compte duquel circulent toute espèce de bruits plus ou moins calomnieux ?

ELDAD.

Le Messie nous bénira si nous écoutons d'un cœur docile sa parole. J'étais ici avec l'aurore 7; il n'a pas tardé à paraître, et nous venons tous de l'entendre, poursuivant ses enseignements de la veille, appeler à lui les âmes travaillées et chargées qui ont soif de pardon et de sainteté. Jahir, il nous annonçait la bonne nouvelle^ du salut le plus gratuit et non celle de la conquête du monde.

» Matth. VII, 16 sqq.; XU, 33; XV, 29.

• Luc VIÏI, 15; Jean III, 24; Matth. XIII. 21. » Jean III.

• Matth. III, 10.

» Jean XV, 6.

• Thomas, dit-on, était aussi un Juif de la Judée proprement dite. '' Luc XXI, 38.

• Id. XX,1.

96 PREMIÈRB JOURNÉE.

JAHIR.

Il affranchira le peuple fidèle du joug des Romains comme il affranchit de celui de Satan les âmes repentantes.

Eliab et Philon sortent de It foule et s'arrêtent près de Tentrée dv parvis,

à droite.

BLIAB.

Voyez donc, Philon, ce cortège qui monte de la cité et se dirige d'un pas grave et solennel vers le jeune Prophète^. C'est une députation solennelle où toutes les autorités de notre peuple sont représentées. En tète sont Anne, Caïphe, tous les principaux sacrificateurs. Ils sont suivis d'une foule de scribes; ceux-ci le sont à leur tour par les anciens et les grands de notre nation. La multitude étonnée s'ouvre devant eux. Jésus, qui s'entretenait en marchant ^ avec ses disciples, s'arrête... La lutte va s'engager !... Quel calme, quelle paix sur son front t quelle sévérité dans son regard! quelle majesté dans toute sa personne ^. Ils n'ont pas encore ouvert la bouche qu'il les a déjà réduits au silence. C'est un géant devant une armée de nains.

CAÏPHE à JéSQS.

Vous êtes entré à Jérusalem en vous faisant acclamer par les foules comme le roi d'Israël qui vient au nom de l'Eternel 3. Vous avez chassé de ces parvis pour la seconde fois les vendeurs et les changeurs et vous êtes ainsi déclaré

^ Matth. XXI, 23 sqq.; Marc XI, 15 sqq.; Luc XX, 1 sqq.

• Marc XI, 27-

• Jean XII, 13.

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