SCÈNE PREMIÈHE
juste envers nous. Et cependant n'avez-vous pas vu de vos yeux l'état florissant de nos contrées, que rehausse la misère croissante de la Grèce qui se dépeuple? La Galilée, que nous venons de traverser, ne compte- t*elle pas quatre cents villes et bourgades dont la plus petite a cinq mille habitants ^ ? Depuis le grand Zenon qui était de Chypre, vos philosophes ne sont-ils pas originaires de Tarse, de Tyr, d'Ascalonâ? Puis, nous avons des besoins religieux que vous ne comprenez pas.
Xénophane.
En effet, nos dieux n'exigent pas de leurs adorateurs ou de leurs prêtres qu'on leur offre des sacrifices humains, qu'on se mutile, qu'on se prostitue !
Syrus.
Mais sous ces pratiques qui vous révoltent, il y a un. sentiment profond de l'infinie justice de Dieu et de ses redoutables vengeances, de la coulpe infinie de l'homme et de la nécessité d'une expiation 3.
Xénophane.
D'une expiation? Ce mot n'a pas de sens pour un philosophe.
Syrus.
Ce qui est folie pour les uns, est sagesse pour les autres.
Xénophane.
Poursuivons notre route et hâtons le pas.
' Josèphe B. jud. III, 3.
« Strabon XIV, 2, 29.
• Peuple primitif , t. II, p. 2&1, 433; t. ÏII, p. 90.
30 prologue.
Strabon.
Les longues heures qui se sont écoulées depuis notre départ de Jéricho, le climat ardent de cette cité, ses palmiers et ses arbres à baume, la saison hâtive de ses récoltes, tout me fait supposer que la vallée de la mer Morte est de beaucoup plus basse que le niveau de la Méditerranée.
Xénophane.
Ce serait un phénomène unique*au monde.
Strabon, à ud Juif venant de Jérnsalem.
Mon ami, puis-je vous parler en grec ?
Le Juif.
Je <K>nnais assez cette langue pour vous comprendre.
Strabon.
Quel est le nom de ce beau village qui est comme enseveli sous sa forêt d'oliviers?
Le Juif.
Béthanie.
Strabon.
On le dirait Inhabité.
Le Juif.
Honimes et femmes, enfants et vieillards, tous ont suivi ce matin le prophète de Nazareth qui est entré dans Jérusalem, monté sur le poulain d'une ânesse.
Strabon.
Mais quelle est sur la hauteur cette maison qu'on dirait celle du prince de l'endroit? *
' Jean XI, 1.
SGÈNB PRBMIBRE. 31
Le Juif.
Cest.la demeure de Lazare le ressuscité.
Xénophane.
Le ressuscité! Ce mot-là n'exprime certainement pas votre pensée?
Le Juif.
Lazare était mort, emporté en peu de jours par une maladie violente, et le Prophète de Nazareth Ta d'un mot rappelé à la vie.
XÉiNOPHANE.
Toute léthargie aboutit à une apparente résurrection.
Le Juif.
Le mort était depuis quatre jours dans la grotte où nous l'avions déposé, et déjà il sentait mauvais quand le Prophète est arrivé de la Pérée.
Xénophane.
Et par quels prestiges ce magicien-là vous a-t-il fasciné les yeux?
Le Juif.
A son ordre nous avons ôté la pierre qui fermait le sépulcre; il a dit à très haute voix: « Lazare, sors! » et Lazare est sorti en présence de cent témoins. C'est moi qui ai délié les bandes qui lui entouraient les pieds et les. mains, et enlevé le linge qui lui couvrait le visage.
Xénophane.
Il y a là quelque supercherie combinée entre le malade et le sorcier.
Le Juif.
Si vous connaissiez l'un et l'autre, vous rougiriez d'un
tel soupçon, et les ennemis mortels du Prophète qui étaient témoins du miracle auraient bien découvert la fraude.
Xénophane.
Mais, les lois de la nature étant immuables, tout miracle est impossible.-
Le Juif.
Vous croyez à la nature : les enfants d'Israël croient en un Dieu tout puissant qui d'un mot a tiré l'univers du néant et qui peut d'un mot l'y faire rentrer.
Xénophane.
La foi n'a rien de commun avec la philosophie.
Le Juif.
Si pour être philosophe je dois nier ce que j'ai vu, que l'Eternel me préserve de jamais le devenir!
H s'en va.
Strabon à Xénophane.
Ce récit-là est fort étrange.
Xénophane.
C'est une fable à ajouter à celle du grand médecin Esculape, qui, lui aussi, a rendu la vie à Hippolyte 1
Strabon.
Mais ces fables-là se passent de notre temps et comme sous nos yeux.
Pénestb.
A Génézareth, on nous a raconté comment le Prophète a rendu à une pauvre veuve son fils unique, une fille au chef d'une synagogue. Hier, àJérico, deux aveugles...
Xénophane.
Péneste, l'esclave écoute, comprend ce qu'il peut et se