PU^TE
Mais enfin que veuiril ? Prétend-il fonder une religion nouvelle?
SÉVÈRE
Il ne paraît pas; car il fréquente assidûment les synagogues, et on ne le voit point célébrer avec ses disciples un culte de sa façon.
PILATE
C'est donc un simple rabbin comme Hillel et tant d'autres ?
SÉVÈRE
Cependant, authentiques ou non, ses miracles font de lui un homme extraordinaire. Cette résurrection de Lazare en particulier est un fait qui...
PILATE
Un fait? Tu ne prends pas au sérieux de telles fables.
SEVERE
Des centaines de Juifs en ont été témoins et parmi eux des ennemis déclarés du thaumaturge. Le bruit de ce miracle, vous le savez , Pilate , s'est propagé partout, et a produit une impression immense, ainsi que Font suffisamment prouvé les foules innombrables qui se pressaient r autre jour sur ses pas lors de son entrée à Jérusalem. Aussi les prêtres Sont-ils hors d'eux de peur et de colère.
SGÈNB V. 163
PILÀTE.
Je dois convenir qu*à cette heure nul gouverneur romain ne se trouve en présence d'événements aussi extraordinaires... Il me suffit, au reste, d'être persuadé que cet homme-là ne projette pas un soulèvement populaire. Je le laisserai faire tous les miracles possibles et tenir aux foules tous les discours qu il lui plaira. Mais je crois vraiment, Sévère, que, si tu étais de sang juif, ce Jésus t'aurait compté parmi ses fervents disciples.
SÉVÈRE
Je serais certainement très heureux d'arriver enfin à une pleine certitude sur les grands problèmes de la philosophie, et la morale de Jésus ne me paraît pas différer beaucoup de la nôtre. Mais cette foi qu'il réclame, m'assure-t-on, pour ses enseignements, pour sa mission, pour sa personne, me répugne excessivement. Citoyen romain, je ne pourrais jamais être le disciple d'un de ces Juifs que le monde entier réprouve. Puis, il parle sans cesse de repentance, de pardon, de salut ; or le stoïcien, qui ne vit que pour la vertu, ne peut être un coupable qui ait à demander de Dieu sa grâce. Je ne sais si, à tout prendre, il y a dans mon cœur plus de r^ulsion ou plus d'attrait pour ce docteur, que je ne connais d'ailleurs que par des récits plus ou moins inexacts.
PILATE
Sévère, je suis plus philosophe que toi : tout ce qu'il enseigne ou n'enseigne pas, m'est parfaitement indifférent. (Hermann estre.) Quel rapport m'apportes-tu de la journée?
HERMANN
La foule a été très agitée. Elle attendait d'heure en
heure avec une impatience croissante le prophète de Nazareth. Il n*est pas venu, elle en a été très surprise et même très irritée. La ville à cette heure avancée de la nuit est d'ailleurs tranquille; mais je crains que la multitude ne s'associe aux prêtres pour faire mourir Jésus.
Dis-moi, Arminius, n*est-il pas à craindre que ce roi des Juifs, comme on l'appelle depuis quatre jours, ne soulève toute la nation contre nous?
HERMANN
Il ne le fera jamais.
PILATE
Prends un siège ; j'ai confiance en ta fidélité et en ton jugement. Tu n'es qu'un humble centenier, mais on m'assure que tu es fils de prince.
HERMANN s'asscyaDt.
On ne vous a pas trompé, Pilate. Dans les forêts de ma patrie, j'avais entendu parler de votre empereur qui régnait sur le monde presque entier. Je voulais, selon nos mœurs germaines, servir librement un roi. Je suis venu à Rome offrir mes serviœs au roi le plus puissant de tous, et me voici centenier jusques au jour où il me plaira de retourner dans mon pays.
PILATE
La noblesse de tes sentiments répond, Arminius, à celle de ta naissance, et quoique ton nom soit pour nous de mauvais augure, je te tiens pour autant dévoué à la gloire de Rome qu'aucun de nos autres officiers. Aussi je désire m'entretenir avec toi des graves événements qui se préparent ici. Pourquoi crains-tu l'union de la foule et des prêtres î