‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 7 sur 158 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

tait. L'Asie entière, mon cher Sirabon, n'est-elle pais pleine du bruit des miracles tout pareils qu'on attribue à Apollonius de Tyane.

Strabon.

Il est vrai ; mais, en dépit de mes longues recherches, je n'ai jamais pu mettre la main sur un témoin oculaire.

Xénophanb.

Les prestiges de l'un valent ceux de l'autre. Jamais un miracle ne s'opérera devant un disciple de l'Académie ou du Portique.

Strabon.

Le philosophe nie là où l'historien hésite.

Xénophane.

Ne nous a-tK)n pas dit que ce thaumaturge juif se faisait passer pour une incarnation du Logos de notre Platon? Des miracles sous le règne d'un César, dans le siècle des lumières, et un Hercule, un Dionysos né d'une femme seule, trois siècles ajH-ès Epicure et Zenon, après Hipparque et Euclide ! Quelles folies t

Strabon.

Le monde ne croit plus en un Dieu vivant; mais, Homère l'a dit, les hommes ont besoin des dieux, et quand il n'y en a plus, on en invente de nouveaux. — Il arrive an sommet du mont des Oliviers. — Ha 1 Xénophane, quel magnifique spectacle s'offre à nos regards! Voilà donc cette belle, cette illustre cité de Jérusalem *, qui laisse à Alexandrie le commerce et les sciences, à Tyr ses flottes

> Pline^ Hist. nat, V, 15; Tacite, Hist. V,2.

marchandes, à Antioche sa vie de fêtes et de voluptés, et qui garde pour elle le fanatisme religieux, Tamour passionné de la liberté et l'attente d'un roi du monde. La voilà qui étale à nos pieds ses quartiers, ses rues, ses édifiœs, ses remparts hérissés de hautes tours, son château romain qui du centre la domine. Comme le temple s'offre distinct à nos regards) Quelles immenses murailles supportent sur des rochers à pic ses vastes terrasses ! De quel éclat resplendissent le marbre blanc de ses murs et l'or qui le couvre ! on dirait une colline de neige couronnée de feux éblouissants. Et quelle foule remplit ses parvis ! Elle déborde sur les places publiques qu'elle inonde, et s'écoule à cette heure tardive par toutes les portes vers les bourgades voisines. Ce sont là ces troupes innombrables de pèlerins que nous devancions sans cesse, et dont les pieux cantiques nous accompagnaient d'une aube à l'autre. Mais où trouverons-nous pour la nuit un asile? — Xénophane, vois donc ce jeune homme qui gravit la montagne, suivi d'une douzaine de serviteurs? serait-ce le thaumaturge? On le dirait perdu dans ses pensées. Il s'arrête, il se retourne vers Jérusalem, les mains jointes; il fixei sur elle des regards pleins d'une indicible tristesse ; des larmes inondent son visage. — A Eijada qui passe deyant StraboD, retournant à Béthanie : Je vous prie, dites-moi quel est ce jeune homme?

Eu AD A.

C'est Jésus de Nazareth. Ce matin, comme il descendait à Jérusalem entouré d'une foule enthousiaste, je l'ai entendu annoncer ici même que notre ville serait détruite de fond en comble, pour n'avoir point connu l'heure où la visitait le Dieu des miséricordes*.

1 Luc XIX, 41 sqq.

SGBNE PREMIERS.

Xénophanb à part.

Un dieu visitant une citél Un sage pleurant comme une femme! Quelles gens bizarres que œs Juifs !

Strabon à EIjada.

Mais pourquoi la foule, pourquoi tous les habitants de Béthanie se sont-ils pressés sur les pas de votre Jésus?

EUADA.

Jésus a ressuscité à Béthanie mon ami Lazare, et ce miracle a causé dans toute la Judée une émotion indescriptible.

Xénophanb à juirt.

Race de dupes et d'imposteurs?

Euada.

Puis le Prophète avait résolu de faire aujourd'hui son entrée solennelle à Jérusalem selon une ancienne prophétie.

Xénophanb à Eijada.

Une prophétie?

Eljada.

Il y a près de cinq cents ans, on nous a prédit que Jérusalem verrait avec des transports de joie venir à elle son Roi juste et sauveur, humble et monté sur le poulain d'une ânesse*.

Xénophanb.

Et ce faiseur de miracles, pour accomplir la prédiction, a loué une ânesse et s'est promené dans les rues de la capitale en criant: «Je suis votre roil». C'est très habile.

Euada.

Toute l'habileté d'un philosophe grec ne ferait pas que

^ Zacharie IX, 9.

la nation entière aux jeux olympiques l'acclamât comme son roi qui vient au nom de l'Eternel .

Strabon.

Jésus à la face de Pilate ose se déclarer votre roi?

EUADA.

Le roi qui vient monté sur un ânon ne songe point à renverser de leur trône les Césars. Il ne prétend régner que sur les consciences et les cœurs.

Strabon à lénophaoe.

Je marche de surprise en surprise.

Eu AD A à Strabon.

Noble étranger, vous êtes un prosélyte de la porte que la fête de Pâque attire à Jérusalem ?

Strabon..

Non, nous sommes des Hellènes qui visitons l'Orient pour en étudier les contrées et les peuples, et notre intention est de passer quelques jours dans votre capitale. On me nomme Strabon. Mon ami est le descendant d'un de nos plus illustres et anciens philosophes, Xénophane, qui le premier a protesté contre le polythéisme. — Bn montrant Syrns : Syrus d'Antioche est notre guide et notre compagnon de voyage.

Je suis Eljada,de Béthanie. — Je vous offre l'hospitalité. Acceptez-la. Jérusalem regorge de familles qui sont venues de toutes parts pour célébrer la fête.

Xénophanb à Straboo tfà l'interroge do regard. Nécessité n'a pas de loi.

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