SCÈNE PREMIÈRE
Strabon à Eljadi.
Nous allions en effet nous trouver sans abri, et les nuits sont très froides encore. Nous ne pouvons donc qu'accepter avec reconnaissance votre offii'é aimable.
Eljada.
Je demeure dans ce village voisin que vous venez de traverser : je vais vous y ramener.
les quatre élnogen reviement sur lein f9&,
Strabon.
Quelle est cette fête qui attire à Jérusalem de telles foules?
EUADA.
C'est la plus grande de nos fêtes annuelles. De toutes les provinces de la Judée, de toutes les contrées de la terre, nos frères arrivent chaque année dans ce même temps, au nombre de deux à trois millions, pour célébrer laPâque^.
Xénophane à part.
Impossible ! jamais religion n'a été assez puissante pour produire un tel concours d'hommes t
Strabon.
Votre fête du printemps?
Les Israélites, dans le cours de l'année, célèbrent, non les saisons comme les Gentils, mais les grands événements de leur histoire, qui sont les révélations et les délivrances de leur Dieu.
^ Josèphe {Bell.jud, VI, 9) dit 2,565,000 personnes.
38 prologue.
Strabon.
Mais votre Dieu n*est-il pas la nature de Tunivers, le monde, le ciel...*?
ËuADA avec on soorire dooloareox.
Achevez donc et dites: les nuées du ciel 2.
Strabon.
Pardonnez-nous notre ignorance.
EUABA.
Notre Dieu s'est donné à lui-même un nom ineffable que nous craignons de prononcer, et auquel nous substituons celui de Seigneur, Adonaï.
Strabon.
Quoi! vous adorez Adonis, Tenfantde Finceste et Tamant infortuné de Vénus !
Syrus à Strabon.
Vous êtes, ô Hellènes, un peuple de jeunes et frivoles poètes et ne pouvez comprendre Fantique Orient. Cet Adonaï dont vous avez fait le héros d'une aventure amoureuse, est un dieu suprême comme votre Zeus, mais un Zeus qui, tel qu'Osiris, meurt et ressuscite.
Notre Adonaï, à nous, est l'Eternel qui, toujours vivant, agit sans cesse, et qui a créé de rien les cieux et la terre.
Xènophane.
De rien, rien ne peut naître.
^ Strabon XVI, 2. ~ Celse dans Origène 1, p. 18; 5, p. 534 . « Juvénal XIV, 96 sqq.
SGÈNB PREMIERS. 39
EUADA.
La toute-puissance tnfinie tire du néant toutes choses.
Strâbon.
C'est bien là ce que nous disait tout à Fheure un de vos compatriotes. Aucun de nos sages n'a conçu de Dieu une idée aussi sublime, et cette doctrine, semble-t-il, court ici les rues.
Xénophane.
Quel est celui de vos philosophes qui vous a enseigné cette théorie de l'origine des choses ?
EUADA.
Israël n'a jamais produit de philosophes. C'est à la prophétie qu'il doit toute sa science.
Strabon.
Chacune de vos paroles accroît mon désir de mieux connaître votre religion et votre histoire. Vous nous disiez que votre Pâque était la commémoration d'une grande défivrance, . .
1 EuADA.
Nos pères, en effet, étaient esclaves en Egypte...
Strabon.
Permettez... Votre nation n'est-elle pas une colonie d'Egyptiens qu'un prêtre du nom de Moïse a conduite dans ce pays? *
Xénophane.
Tu es dans l'erreur, mon cher Strabon; les Juifs, les Judéens doivent leur nom au mont Ida : ils sont originaires de Crète *,
1 Strabon XVI, 2.
» Tacite, Hiat., V, 2.
ËUADA.
De Crête sont arrivés sur nos o&tes les Philistins^ nos plus grands ennemis. Nous sommes des Chaldéens, qui sont venus de Caran dans la Terre sainte.
Xénophane.
Je me souviens en effet d'avoir lu quelque part qu*un peuple d'Assyriens, ayant abandonné ses arides pâturages, s'est emparé d'une partie de TEgypte avant de s'établir à Jérusalem.
EUADA.
Vos écrivains dénaturent à plaisir notre histoire. Et cependant elle n'est point un amas de douteuses et contradictoires traditions. Le plus ancien de nos écrivains, Moïse, vivait il y a quinze siècles.
Strabon.
Mais nous, Hellènes, nous en comptons à peine cinq depuis Hérodote et nos premiers prosateurs t
Votre Hérodote, parait-il, prenait sa plume quand nos prophètes posaient la leur. Mais laissez-moi poursuivre le récit qu'à votre demande j'avais commencé. Nos ancêtres étaient captifs en Egypte. Le fils du grand Sésostris se refusait à leur rendre la liberté. Notre Dieu intervint. Il frappa nos oppresseurs de dix plaies. La dernière fut le trépas subit en une même nuit de tous les premiers nés. Pour détourner l'ange de la mort. Moïse nous ordonna d'arroser les portes de nos demeures du sang d'un agneau. Chaque famille mangea dans cette même nuit la victime en un saint repas. Puis le peuple se leva comme un seul homme, et partit pour le pays qui avait été promis à ses pères.