‹ Un Page de Louis XVChapitre 4 sur 12 · XL VI II · texte numérisé non relu

XL VI II

Au camp, devant Tournai, ce 13 juin 1745.

Monsieur mon très cher oncle,

Il est arrivé hier après-midi un courrier de la part du roi de Prusse, qui a porté au roi la nouvelle d'une bataille gagnée sur les Autrichiens (1); on n'en sait pas encore le détail; il doit arriver un officier qui le portera. On sait seulement par la lettre du roi de Prusse qu'il a pris soixante-cinq drapeaux, plusieurs étendards, cinq paires de timbales, et cinq mille prisonniers; voilà un grand coup. Il faut voir ce qui se passera sur le Rhin, c'est ce qui pourra décider quelque chose pour la paix. Mon intention étoit de vous écrire cette nouvelle hier au soir; mais je fus obligé de suivre le poi qui ne rentra qu'à neuf heures et la poste part à huit heures; je

(1) En Silésie, près de Friedberg.

l'avois dit à M. le chevalier de Beauteville, qui m'a chargé de vous faire ses compliments; je crois cependant que je serai le premier à vous l'apprendre. On fit avant-hier un grand fourrage; le roi y envoya M. de Luxembourg, je l'y suivis avec trois autres pages, deux de chaque Ecurie. La gauche de la chaîne commençoit au mont de la Trinité et s'étendoit en passant par Ansureille et par plusieurs autres endroits dont je ne sais pas les noms, jusqu'à Vatripont en deçà de la Rône qui nous couvroit d'un de ses bras. Tous ces postes étoient occupés par de l'infanterie avec des housards en avant; de Vatripont qui étoit le centre, on prenoit sur la droite en suivant l'autre bras de la Rône. Le poste du lieutenant-général qui commandoit étoit à Forest à un moulin élevé, la droite revenoit de là jusqu'à Bopioelles. M. de Chiiïreville (1) maréchal de camp commandoit à la droite et M. de Marignanes à la gauche. M. du Chaila avoit un corps de cavalerie et de l'infanterie pour couvrir le fourrage au delà d'Aurain. Nous nous avançâmes avec M. de Luxembourg au delà de ce corps et au delà des Grassins, qui étoient en avant jusqu'au bois de Monstiers que les ennemis occupent, pour examiner le pays. Nous n'y restâmes pas longtemps. Si quelques housards nous étoient tombés sur le corps, nous aurions été embarrassés; il n'en parut pas un; il est vrai, j'avois été prendre de la part de M. de Luxembourg cinquante housards pour nous couvrir, mais ils arrivoient comme nous revenions. Après les avoir avertis, j'étois revenu joindre M. de Luxembourg. Le fourrage fut, comme vous voyez, fort tranquille. Je n'ai plus rien à vous mander. Voilà tout ce que j'ai remarqué à ce fourrage. Vous devez trouver tous ces endroits sur votre carte. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc..

(1) Lieutenant-général du 1er mai 1745, ainsi que MM. de Marignanes et du Chaila.

Page 1