‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 108 sur 356 · La simome. — La vente et l'achat des églises · texte numérisé non relu

La simome. — La vente et l'achat des églises

L'institution de TEglise, visiblement divine parce qu^elle est humaine, avait particulièrement à souffrir, dans ces temps troublés, du fléau de la simonie, source de tous les autres. Qu'on nous permette de citer là-dessus le témoignage d'écrivains contemporains. Ils nous feront mieux apprécier la gravité du rôle que le Pape avait à remplir au milieu d'une époque si difficile.

Voici ce que le cardinal Humbert écrivait contre les simoniaques au commencement de la seconde moitié du xi* siècle. On sait que cet Humbert était l'adversaire implacable de Bérenger. C'était lui et Boniface. cardinal d^Albano, que Pierre Damien appelait les « deux yeux très fins et très perspicaces du Pape Nicolas II ».

tf L'ambition des dignités dans l'Église, dit-il, s'était fait sentir dès le temps des Apôtres. Mais elle disparut bientôt jusqu'à l'arrivée des princes chrétiens, à cause de la fureur des persécutions, pour cette raison bien simple que celui-là était désigné aux pires tourments qui apparaissait comme le premier et le plus puissant parmi les autres. Toutefois, quand la paix fut rendue au monde chrétien et que les empereurs eux-mêmes inclinaient leur auguste tête devant les prêtres du Christ et déposaient à leurs pieds les insignes de leur royauté terrestre, alors cette antique peste reparut. Ce que l'Eglise

catholique avait mérité de recevoir par la grâce de Dieu, l'ambition simoniaque chercha à Tobtenir par l'argent, et non pas pour être soumise à la divine grâce et servir dans TEglise en enfant d'adoption, mais pour primer présomptueusement et commander... De là vient que, maintenant, on voit de tous côtés, surtout en Italie, des églises, des monastères et d'autres lieux sacrés, les uns détruits de fond en comble, les autres crevassés, ici des toits effondrés et des murs pantelants, là des débris couverts de broussailles et d'orties; ailleurs, si les édifices paraissent encore debout et habités, en réalité ils sont dépouillés de toute leur beauté et de tout le décor du dedans, de leurs livres, de leurs vases sacrés^ de leurs ornements, si bien que des richesses entassées là par la piété antique, à peine reste-t-il un psautier, un vase de Samos ou un linge d'autel. De là encore, certaines églises, riches autrefois de domaines variés et nombreux, de forteresses, de redevances locales, de patrimoines de famille, n'ont plus rien de ce qu'elles possédaient, pas môme un lopin de terre, ni une masure, ni un meuble, ni un àne, ni un chevreau. Maintenant, dans le sanctuaire même et dans le cimetière des chrétiens, vous verrez un laboureur étranger qui cultive pour son compte, récolte des moissons ou cultive la vigne ^ »

Le chroniqueur ajoute, en montrant les simoniaques comme les destructeurs de la vie commune et religieuse : « Les ossements des religieux et des saints dont exhumés avec indifférence et on les laisse à nu sur la terre comme des ossements d'animaux. Je me souviens d'avoir vu, plus d'une fois, hélas! à l'intérieur môme des murailles, labourer le pavé des basiliques autrefois illustrés; on y semait le grain, ou bien on y rassemblait des troupeaux. Et ces désolations, la faute n'en est pas tant aux Vandales, aux Goths, aux Huns, aux Hongrois, aux Lombards qu'à l'ennemi simoniaque qui vend ou donne à ses proches, qui dilapide ou disperse meubles et immeubles des biens les plus inviolables, jusqu'à ne laisser à ceux qui

1. HumbetHi cardinalis adv. simon., lib. II, A/. G, //., De lite, I, p. 183-184.

viendront après lui que des larmes ! Et plaise à Dieu qu^l ne détruise que ce qu'il a reçu des ancêtres et qu'il trouve sous la main, sans dépenser ce qu'il n'a pas encore. Mais les dîmes, les oblations des vivants et des morts, tous les autres revenus que l'Église aurait eus jusqu'à la fin du monde, il les vend par des contrats diaboliques à des séculiers, ou bien il les donne, il les aliène sans fin, de toutes manières, de telle sorte que ceux qui, dans les générations à venir, voudront servir Dieu et travailler à leur salut, pour vivre une heure, pour se vêtir et pour se loger, ne trouveront rien *. »

ce Là où les religieux, dit encore plus loin le chroniqueur, ne trouvent plus de quoi subsister et mener une vie spirituelle, ils sont forcés de retourner dans le siècle et se voient condamnés à asservir leur âme pour relever leur corps... Ces simoniaques sont donc de vrais homicides en décimant chaque jour ces bataillons serrés de serviteurs de Dieu, de clercs, de moines et de saintes femmes. Mais aussi que de pauvres, de veuves et d'orphelins immolés, qui ne seront plus nourris par les moines ni par l'Église ^ ! »

Manégold, dans son livre à Gebhard, dépeint certains clercs ambitieux « complètement oublieux de l'humilité chrétienne, amateurs de chevaux bien harnachés, vaniteux dans les vêtements, d'une élégance efféminée, qui marchent le cou raide et la tête parfumée... Ce sont ceux-là dont parle saint Jérôme dans sa lettre à Eustochium, qui se préoccupent de ne pas porter de chaussures trop larges et d'avoir des frisures à leurs cheveux 3... C'est d'eux que saint Augustin dit : hier catéchumènes, aujourd'hui pontifes, hier dans l'amphithéâtre, aujourd'hui à l'Église, hier au cirque, le matin à l'autel, hier camarades d'histrions, maintenant consécrateurs de vierges. N'est-ce pas la peinture fidèle, ajoute Manégold, de ces gens qui, aujourd'hui encore, passent tout leur temps aux jeux et aux spectacles., arrivent d'un bond au faite des dignités ecclésiastiques par la

l. Humberti cardinalis adv, simon,, p. 184.

Z. Ibid.y p. 192.

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