‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 110 sur 356 · HiLDEBERT dc TouFS, Senwon IX, p. 608. Paris · texte numérisé non relu

HiLDEBERT dc TouFS, Senwon IX, p. 608. Paris

va se mettre en jugement avec les habitants de la terre, car hi vérité n'est plus ; il n'y a plus ni connaissance de Dieu ici-bas^ ni miséricorde. Malédictions, mensonges, rapines, adultères, homicides, ont inondé le monde et le sang a touché le sang^. » C'est pour cela qu'Honorius d'Autun écrivait : « Vous me dites : S'il ne faut choisir que les rares prêtres qui accomplissent saintement le service de Dieu, il n'y en aura guère. Écoutez : mieux vaut une colonne de marbre isolée, pour soutenir toute la charpente de la maison, que cent roseaux qui laisseraient choir toute la masse. Ainsi vaut-il bien mieux que l'édifice de l'Église repose snr un seul prêtre catholique que sur cent dévoyés qui perdraient le peuple de Dieu. Il ne faut pas se scandaliser du petit nombre des bons et de la multiplicité des méchants. Étroit et serré est le sentier qui mène à la vie et il en est peu qui le trouvent, mais large et spacieuse est la voie qui conduit à la perdition et beau^ coup vont par elle. Enfin l'Église ne cherche pas la pluralité, mais la pureté. Autrefois Abel était seul et la race de Gain multiple; le petit nombre était caché dans l'arche, tandis que tout le peuple, à cause de sa perversité, périt dans le cataclysme. La seule famille d'Abraham prospérait tandis que le reste du peuple immolait aux idoles. La seule nation des Hébreux florissait tandis que le monde était livré à l'idolâtrie. L'Église commença autre- Tois avec quelques apôtres. Elle se réjouit donc de la sincérité des justes et repousse la multitude des impies. De ceux-là il est dit : Ne crains pas, petit troupeau, parce qu'il a plu au Père de te donner un royaume; de ceux-ci au contraire : Leur nombre, comme le sable de la mer, a été réuni pour la tuerie^. »

Il ne sera pas inutile de mettre ici sous les yeux du lecteur une page intéressante de Bernold, à propos de la vente et de l'achat des églises. On y verra l'origine des défenses ecclésiastiques touchant la simonie, l'indication des motifs qui en faisaient un vice particulièrement odieux et les graves raisons qu'avait le Pape de s'en montrer l'irréductible ennemi. Cette

1. Osée, IV, 2. — HiLDEB. Cenoman., Scrm. XLVIII, p. 863. Paris, 1708.

2. Libelli Hon. August. De o/fendiculo, Mon. Germ,y De lite, III, p. 48 et 49.

question de la vente et de Tachât des églises touche à un des points les plus intéressants de la discipline ecclésiastique au Moyen Age. A cette époque, les clercs recevaient Tordination sacerdotale en vue d'une église particulière; ordre et juridiction se confondaient. Comme pour le sacrement de mariage en quelque manière, dans la réception de TOrdre, le contrat n'était point séparé du sacrement. Par le fait même de sa consécration, le prêtre contractait une union mystique avec l'église déterminée à laquelle l'évêque le fiançait, lien qui était tout à la fois la reproduction et la continuation de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise. Belle et grande idée qui faisait de l'ordination une alliance. Dès lors, la simonie par la vente des biens sacrés n'était pas seulement un sacrilège ; elle devenait un véritable divorce, et l'on comprend la note particulièrement infamante qui s'attachait à ce crime, quand la mystique alliance était rompue.

Bernold écrivait donc à son ami Paulin ^ : « Vous voulez savoir s'il y a simonie à vendre ou à acheter des églises. Voici ce que je puis vous répondre. Chez les anciens il n'en était pas comme à l'heure présente. Les prêtres avaient coutume d'être attachés aux églises, après qu'ils étaient déjà ordonnés; maintenant ils les reçoivent dans l'ordination même. Les Pères du concile de Chalcédoine jugèrent nulle l'ordination de celui qui ne serait pas ordonné pour une église déterminée. On visait principalement le lieu dont le sujet devait être consacré ministre. Ainsi l'ordination d'un clerc se fait en vue d'un lieu désigné, comme on l'observe encore partout dans la consécration des évéques et des abbés. Par l'ordination même, le prêtre était incorporé à l'Église 2. Il ne recevait pas d'un pontife l'ordre, puis d'un autre la juridiction, mais le même consécrateur lui conférait les deux à la fois. Et l'on ne regardait pas comme plénière une ordination que n'eût pas précédée la spécification d'un lieu. Aussi

1. Bemold de Saint-Biaise était un moine d'un très grand mi^ritc. Il était Tami de Gcbhard de Constance et d'Hermann de Metz. Otton d'Ostie, légat du Pape, l'ordonna prêtre et lui donna des pouvoirs très étendus pour la réconciliation des pénitents, dit Thauer. Mon, Germ,, t. II, p. 2.

2. « Cum ipsa ordinatione rainister incardinabatur ecclesiœ >,o/>. cit., p. 107.

chez les anciens Pères, on ne voit pas qu^il y ait de défense si spéciale touchant l'achat des églises, parce qu'ils regardaient celles-ci comme impliquées dans le pouvoir d'ordre lui-même et, avec lui, protégées par la loi qui en défendait l'acquisition à prix d'argent. Alors, regardant comme simoniaques les ordinations achetées, ils ne firent pas et ne pouvaient pas faire de distinction pour les églises achetées.

ce Mais quand la collation des églises commença à être séparée de la consécration, si bien que les prêtres déjà ordonnés ne recevaient leurs églises qu'après un long temps, il devint urgent de défendre par des prohibitions particulières et l'achat des églises et l'achat des ordinations et condamner l'un et l'autre comme simoniaques. Il est clair pour vous qu'il y a simonie dans ce paiement des consécrations. Il ne Test pas moins pour moi qu'il y a pareille faute dans l'achat du titre, c'est-à-dire de la charge des âmes. Simon le Magicien, lit-on dans le livre des Actes, a voulu obtenir à prix d'argent non la faveur de se faire imposer les mains par les Apôtres, mais le droit d'imposer les mains lui-même aux autres. Or, celui qui reçoit une église ou la charge des âmes, reçoit par là même le pouvoir d'imposer les mains sur les catéchumènes, les énergumènes ou les infirmes qui lui sont confiés. Qui donc niera qu'il y ait simonie d'obtenir au prix de l'or un tel pouvoir ? Que dis-je? les offices de portier, de notaire ou de défenseur, s'ils sont achetés, sont regardés comme entachés de simonie par le bienheureux Gélase au chapitre XXI Y de ses décrets ^ Et cependant, on ne les reçoit pas par l'imposition des mains et ils ne confèrent pas le droit d'imposer les mains à personne. Si donc l'acheteur d'un office ecclésiastique qui ne s'acquiert ni ne s'exerce par l'imposition des mains, est regardé comme simoniaque^, combien plus l'achat de la charge pastorale qui exige tant d'impositions de mains ^ ! »

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