‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 114 sur 356 · Sap · texte numérisé non relu

Sap

de serviles courbettes , est véritablement simoniaque, puisque le principal objectif de Simon a été la seule avarice, c'est-àdire l'idolâtrie, comme dit l'Apôtre.

(c Autrement pourquoi le concile de Chalcédoine, cette imposante assemblée de six cent trente évèques, défendrait-il l'ordination à prix d'argent a un procureur ou défenseur de l'Eglise ou à tout sujet soumis à une règle? Pourquoi irait-il jusqu'à anathématiser les garants de ce crime, s'il ne les regardait comme simoniaques? Si de tels soldats de l'Église sont ainsi frappés, qui oserait nier que ceux qui ne défendent point l'Église ne soient pas beaucoup plus condamnables pour de pareilles ventes ou de tels achats?

« Notre bienheureux prédécesseur Pascal, à propos de la consécration et des bénéfices qui en proviennent, affirme qu'aliéner une partie d'un bien indivis, c'est ne rien vendre du tout. Et il admet parfaitement qu'il y a simonie à acheter ou à vendre une chose d'église. Quant au concile dont nous venons de parler, par procureur, il entend tout administrateur des biens ecclésiastiques, par exemple, le prévôt, l'économe, le vidame, par défenseur, l'avocat, le juge, et, par sujet soumis à une règle, l'archiprétre , l'archidiacre, le chanoine, le moine ou toute personne assujettie à une charge ecclésiastique. Acheter ou vendre un emploi de cette nature, c'est bien, de soi, acheter ou vendre l'Esprit-Saint. Écoutez plutôt saint Augustin dans son Commentaire sur saint Jean :

« Que d'étalages ils ont organisés! A Carthage, Primien tient une boutique, Maximien en tient une autre; Rogat en a ouvert une en Mauritanie; d'autres et d'autres encore dont l'énumération serait trop longue, ont placé les leurs en Numidie. Un homme va-t-il d'étalage en étalage pour acheter une colombe? Chaque trafiquant, assis à son comptoir, fait à ce client l'éloge de sa marchandise... etc. ^ »

« Voilà donc saint Augustin qui, en parlant de l'aliénation des charges ecclésiastiques, désigne sous le terme de colombe,

L Cf. Aug. in Joann. £v., tract. X.

comme tous ceux d'ailleurs qui ont discuté ce texte évangélique, la vente et l'achat du Saint-Esprit. Au surplus, pesez de quels châtiments sont menacés les trafiquants d'oblations déjà faites à Dieu si les acheteurs ou vendeurs d'oblations à faire ont été chassés du temple avec des fouets. S'il est écrit de ceux-ci : Vous avez fait de la maison de mon Père une maison de commerce et un antre de rapines i, que dira-t-on alors de ceux-là?

tt Et qu'on n'objecte pas que la sévérité du Seigneur avait pour raison d'être le temple même, devenu un lieu de profanation, tandis que les biens de l'Eglise s'échangent au dehors du temple. Saint Augustin, dans son texte, ne fait pas de distinction entre lieu et lieu. Il dit purement et simplement : Se présentet-on pour acheter une colombe? Chacun vante sa marchandise, et le reste. Et il n'ajoute pas si c'est dans le temple ou à côté. Voilà la vérité sur ces abominables marchands de choses sacrées. 2 »

Nous avons dit que Lucius de Saint-Jouvence avait aussi demandé au Pape s'il était permis de recourir aux sacrements administrés par des ministres indignes. Urbain II répondit, en s'appuyant sur saint Augustin : <c Nous ne défendons pas, dit-il, qu'on ait recours aux ordinations et aux sacrements conférés par des indignes, si du moins de tels ministres n'ont pas rompu avec l'Église par le schisme ou l'hérésie. Nous suivons en cela saint Augustin qui, en commentant saint Jean, a traité cette matièri^ avec autant d'abondance que de vérité. Le saint Docteur dit en effet : « Que ce soit un bon ministre ou un mauvais qui baptise, celui qui est baptisé n'a pas à en connaître. » Et un peu après : « Que la colombe ne fuie pas devant la perversité du ministre, qu'elle regarde seulement le pouvoir du Seigneur, Si le ministre est orgueilleux, on peut le compter parmi les démons, mais, en passant par lui, le sacrement du Christ n Gîit point* contaminé. Ce qui se répand, ce qui passe par ce canal est pur et limpide. » Et encore : « La vertu spiri-

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