Aujourd'hui Vich
d'une communauté de chanoines réguliers. « Après vous, dit-il à Tévéque, on ne maintiendra comme abbé, à la tête des chanoines, que celui qui aura été choisi dans la crainte de Dieti, d'un consentement unanime ou par la majorité, et de l'avis du comte Bernard, pour l'honneur du Siège apostoliquç, sauf pourtant la respectueuse soumission due aux évoques d'Ausonno, tant qu'ils entoureront l'abbaye de leur bienveillance ^ »
Voici également dans quelles circonstances il remplaça les moines de Saint-Antonin de Rodez par les chanoines réguliers : « Nous avons enfin exécuté, écrit-il à Ponce, évoque de Rodez, ce que nous avions résolu relativement au monastère de Saint- Antonin, lors de la venue du clerc Hugues, et sur les conseils du moine Teuzon, qui remplissait les fonctions de nonce du Saint- Siège dans vos contrées. Notre légat, l'évêque Amat, nous a affirmé que l'archevêque de Lyon avait approuvé et confirmé la chose, et Amat lui-même a déclaré qu'il était plus utile et plus digne qu'il y eût là de vrais chanoines réguliers préférablement à des moines qui, ne l'étant que de nom, consument les biens de l'Église 2. »
Le duc de Bavière et sa femme Judith avaient fait, à Raitembuch, une fondation -qui jouissait de toutes les bonnes grâces d'Urbain II, l'établissement des chanoines réguliers de Saint- Augustin. Le bref laudatif et gracieux que le Pontife adressa d'Anagni, le 1" février 1092, au prévôt Udalric, offre un intérêt assez particulier pour qu'on nous permette de le citer au moins en grande partie. Mais auparavant, il est utile de remarquer que les chanoines réguliers se multipliaient merveilleusement à cette époque. Ce fut cette année même que l'écolàtre Odon, originaire d'Orléans, après avoir enseigné pendant cinq ans, à Tournai, avec grand succès, quittant le siècle avec cinq de ses clercs, reçut do l'évoque de cette ville l'église élevée en l'honneur
1. •... Salva tamon Ausononsiuni pontificum canonica roverontia, quandiu pnifdictaiu abbatiaiu bi^nigno tractaverint. • Flokkz, Espaiia Sagrada, t. XXVIIU p. 2112.
2. Coll. Brit.^ cp. 30. Plus tard il les félicitora avoc tout son cœur d'avoir cmbrassô ce genre de vie : « nos votis veslris palerno congratulainur affectu » (Il mai 1099. MiGNE, CLl, 510).
de saint Martin*, pour y fonder des chanoines réguliers.
Ça et là, s'établissaient ces communautés de chanoines, sans former aucun ordre, c'est-à-dire une congrégation de plusieurs monastères dépendant d'un seul chef. Les chanoines de Saint- Augustin n'avaient de commun avec leurs semblables du mémo nom que leur volonté de vivre ensemble, selon les canons de l'Eglise, quoique plusieurs fissent profession de vivre selon la règle de saint Augustin, laquelle, avec le temps, fut adoptée par tous les chanoines réguliers ^.
Urbain II attendait un grand fruit de cette institution 3. Voici ce qu'il en dit à Udalric : « Nous rendons grâces au Dieu toutpuissant de ce que vous avez eu l'heureuse idée de renouveler l'admirable vie des premiers Pères de l'Église et de ressusciter, sous le souflle de TEsprit-Saint, les institutions primitives des temps apostoliques, presque disparues avec lé temps. Deux genres de vie, dès l'origine de l'Église, ont existé pour ses enfants : l'un qui a l'avantage de soutenir la débilité des faibles, l'autre qui perfectionne heureusement la vertu des forts;* l'un reste humblement dans Ségor*, l'autre s'élève jusqu'au sommet des montagnes. Les amateurs du premier usent des biens de la terre, les autres les dédaignent et les abandonnent. Parmi ceux qui méprisent ainsi les richesses, il en est de deux sortes, les chanoines et les moines. Grâce à Dieu, la vie monastique est florissante comme jamais et on peut la présenter à l'admiration du inonde entier. Mais la manière de vivre des chanoines a été délaissée peu à peu avec le refroidissement de la vie chrétienne. Le martyr et pontife Urbain l'avait inaugurée, Augustin la soumit à des règles, Jérôme, par ses lettres, lui inspira son souflle et Grégoire donna, comme mot d'ordre, à l'archevêque Augustin
1. ncrimaniif abbô de Saint-Martin do Tournai, dans son ircit de la rostauration de l'abbatiale de Saint-Martin, au t. XII du Spicilège (VAchery, Herimann vivait au milieu du xn" siècle.