ColL Bnl., Vi'h. ep
5. Saint Mellon est regardé comme le premier évô(iue de Rouen.
cloches pour leurs offices. La lettre qu'Urbain II écrivit à ce sujet à Guillaume, archevêque de Rouen, réclame pour le monastère pleine et entière liberté et flétrit la a conduite irré» ligieuse et inhumaine des opposants ^ ».
Le même Guillaume venait de jeter l'interdit sur toute la Normandie à cause du comte Robert qui s'était emparé de la ville de Gisors, dépendante de l'église de Rouen. Pour avoir usé de leur droit de ne relever que du Pontife romain et de continuer leurs offices, malgré la censure qui ne les atteignait pas, les religieux de Fécamp furent excommuniés par l'archevêque. Comme la cause des moines était celle de la justice, Urbain II, prié d'intervenir, défendit à Guillaume l'usage du pallium, faveur qui ne lui fut rendue que plus tard, après bien des démarches, et les privilèges de l'abbaye furent confirmés par un nouveau bref 2.
Le !•' juillet encore, Frotard, abbé de Saint-Pons-de-Thomières, dans la Gaule narbonnaise, recevait du Pape, pour son monastère, le privilège de l'exemption absolue ^.
Une autre confirmation de privilèges qui n'offre aucun intérêt particulier est adressée, le 4 juillet, au monastère des saints Aignan et Laurent au diocèse de Narbonne*.
Mais il est à remarquer que cette lettre est la dernière qui porte la souscription habituelle : « donné par la main de Jean, cardinal de la sainte Église romaine et prosignatoris domni papse Urbani IL » Celles qui suivent sont signées du même Jean, mais chancelier. Ce fut certainement à cette époque que Jean de Gaëte, alors simple secrétaire, fut mis à la tête de la chancellerie de l'Église romaine, pour rétablir, dans la rédaction des documents pontificaux, l'antique élégance du
1. - ... irreligiosum osse ot inhumaniini. • Pair, i«f.,CLI, 374. — Jaffé {liegest,^ 11. 5502) indique cette lettre entre lOlX» et MVX.
2. On ignore la date exacte de ces deux dernières confirmations de privilèges. La lettre adressée aux moines du Bec est datée du 3 des calendes d'août, d'au delà du Tibre, ce qui porte à croire qu'elle est de l'année 1089.
3. Analect. jur. pont., X, 516. Saint-Pons-de-Thomières est une ville du Languedoc.
4. Pflugk-IL, Acta. n. 177. Cette lettre est d'après une copie du xv* siècle aux archives secrètes du Vîitican.
style léonin. Nous avons là-dessus le témoignage explicite d'un contemporain, Pandolfe d'Alatri. D'après lui, comme nous l'avons vu, le Pape, alors qu'il demeurait entre les deux ponts du Tibre, nomma Jean de Gaête son chancelier : a Grand ami des lettres et formé dans Fart de bien dire S Urbain II, dit le chroniqueur, appréciant la sagesse et l'habileté du frère Jean, l'ordonna, l'approcha de sa personne, et, après mûre réflexion, rétablit son chancelier. Ainsi, par ses talents naturels, avec l'aide du secours divin et l'assistance du Saint-Esprit, Jean réussit à faire refleurir au sein de la chancellerie romaine les traditions d'élégance et de grâce à peu près disparues et à faire revivre le style rapide et clair de saint Léon. »
La question est assez importante et suffisamment à l'honneur d'Urbain II pour que nous nous y arrêtions un instant.
Le a cursus » ou cadence rythmique de phrases, est une particularité de style qui se remarque dans un grand nombre de bulles pontificales. Les grammairiens du moyen âge comprenaient par ce mot, non pas la marche accélérée du discours, comme les anciens l'entendaient et comme on en trouve des exemples dans Quintilien et Cicéron, mais l'absence de dissonances, la succession harmonieuse des phrases, le nombre enfin, donnant au style une allure plus accélérée, d'où le mot currerCy cursus^.
Comme l'épithète l'indique, ce cursus leoninus était le style de saint Léon le Grand, qui servit de modèle et de type aux différents manuels de chancellerie. Le style de ia chancellerie était toujours supérieur aux écrits du même temps et conserva jusqu'aux temps de décadence la même noblesse antique. Dom Pitra qui fait cette remarque, dit justement qu'on le doit surtout à saint Grégoire le Grand qu'il appelle « le préteur disert et mesuré, l'apocrisiaire sententieux». « L'habitude de lire ses homé-
1. • Papa littpratissimiisot facundus •. Cf. Liber Pont. (Gélase II), abbé Ducuesne, t. II, p. 311.
2. Cf. Noël Valois, Étude sur le rythme des buUes pontificales, (Extrait de la Bibl, de VÉcol. des Charles, t. XLII,1881.) V. une étude intéressante sur les principaux types de cui*sus, planus, tardus, velox, dans Ch. Bellet, S, Martial et Nouv. Élude fturlecurgus, p. 38 sqq. Paris, 1898.
lies familières, prêchées à son peuple, ajoute le cardinal Piira, induirait à croire que nul art ne se cache sous cette simplicité. On peut dire élégamment avec lui de sa parole limpide et profonde « que l'agneau peut s'y promener et l'éléphant y nager * ».
Le cursus fut en usage depuis le commencement du v* siècle jusqu'au milieu du vu* siècle ^. Mais la langue de la chancellerie ne réussit pas à se soustraire à l'influence de la barbarie. Au ix*" siècle, un mieux se fait sentir et c'est surtout au milieu du XI* siècle, à l'arrivée de Pierre Diacre à la chancellerie, sous Benoît IX, que la réforme commence à s'opérer. Mais l'on doit à Urbain II le retour du cursus leoninus, quand il appelle à la chancellerie le moine du Mont-Cassin, Jean de Gaëte, et il est à remarquer que ce fut dès les débuts de son Pontificat, puisque la présence de Jean, comme chancelier, est mentionnée dans une bulle du 23 août 1088. C'est donc bien lui, dit M. l'abbé Duchesne, « qui a conçu l'idée de cette renaissance littéraire de la chancellerie romaine, et c'est Jean Caetani qui a été choisi par lui comme le plus capable de la mener à bonne fin*^ ».
Grégoire VIII, de chancelier devenu Pape en 1178, dans sa Forma dictandi et son disciple Transmond, dans son Dicta^ meiiy en formulèrent les règles.
Ce style qu'Urbain II voulait rétablir, il faut bien l'entendre de la (( prose métrique fondée sur la considération de la quantité », dit Giry ^. Il faudrait dire plutôt : fondée sur la considération de l'accent, car on tenait compte plus du rythme que du mètre.
Depuis Urbain II jusqu'au xv* siècle, le cursus est exclusivement rythmique , se bornant aux trois cadences les plus communes. Le rythme urbanien affectait surtout la fin des phrases, d'après les règles que Grégoire VIII traça dans la suite. Mais au xiii* siècle, dans les lettres pontificales du temps, on voit
1. Moral, praîf. ad Leandnim. {Analecta noviss., t. ï, p. 73.)