IV. — Vallombreuse. — Saint Bruno et les Chartreux
Une congrégation qui sut s'attirer les faveurs pontificales, parce qu'elle était très attachée à l'Eglise romaine et avait reçu de son saint fondateur la haine profonde des péchés du temps, surtout de la simonie, ce fut l'institut de Vallombreuse, au diocèse de Fiesole. Jean Gualbert, un disciple de saint Benoît, qui l'avait établi, et qui, pour sa miséricordieuse charité, avait
mérité de voir le crucifix incliner la tête vers lui, était mort depuis quelques années. Cependant la congrégation-mère comptait déjà de nombreuses dépendances. Ses religieux avaient été Tobjet de la persécution des simoniaques. L'un d'eux, Pierre Ignée, dont nous avons parlé, avait consenti à passer par répreuve du feu pour convaincre de simonie Tévêque de Florence *. Il était juste que le Pontife romain les prît en singulière estime et les honorât de privilèges de choix. C'est ce qu'il fit, par vénération, comme il le déclare, pour la Bienheureuse Vierge Marie à laquelle le monastère était consacré. Toutes les maisons dépendantes de la principale étaient favorisées des mêmes garanties, non seulement les communautés existantes mais même celles à venir.
Le Pape décida aussi que, outre les religieux de l'abbaye même de Vallombreuse, tous les supérieurs des autres maisons auraient droit de suffrage dans Télection de l'abbé principal et celui d'une autre maison qui, par hasard, serait appelé par l'élection à cette dernière charge, devrait passer au monastère principal où se trouvait le siège du gouvernement de la Congrégation tout entière. C'est ce qui se faisait du reste « aux jours de leur premier abbé Jean, de vénérée mémoire ». C'était le moyen de conserver la parfaite unité d'observances que le Pape leur représente comme une grâce précieuse et qu'il leur recommande instamment de sauvegarder^.
Urbain II avait pactisé avec les moines contre le fléau de la simonie. Il en poursuivait jusqu'à l'ombre, avec ces réformateurs qu'il s'était donné pour tâche de fortifier de toutes manières en présence de l'ennemi. Peu de jours après la lettre
1. Ces sortes d'épreuves, restes de superstitions païennes, étaient en usage au Moyen Age, sans qu'on se rendit toujours bien compte du désordre qu'elles renfermaient. Yves de Chartres, plusieurs fois consulté, en particulier par Hlldebert du Mans et par Tarchevôque de Reims, condamne absolument ces genres d'épreuves comme autant de tentations contre la Providence, et il démontre par des textes que ni les coutumes, ni l'autorité des saints canons n'en légitiment l'usage. (IvoN. Carn., ep. 74, 205, 252.) Les Papes Etienne V, Célestin III, Innocent III, Ilonorius III les ont également condamnées.