‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 159 sur 356 · Jaffé, RegesL, 5300. CoU, BriL, Urb. ep · texte numérisé non relu

Jaffé, RegesL, 5300. CoU, BriL, Urb. ep

l'antipape Guibert, parce que, dans le cours du récit, il nomme Urbain « le Pontife Romain », appellation qu'il n'aurait pas manqué de réserver à Clément III s'il eût été le fauteur de celuici. Les schismatiques d'ailleurs n'avaient que peu ou point de partisans en Espagne.

Il est à croire plutôt, d'après l'étude du texte, que l'auteur est un clerc, peut-être un chanoine régulier, familiarisé avec les paroles de la Sainte Ecriture, avec les antiennes, les leçons et les répons de l'Office divin, qu'il s'amuse à profaner en les mêlant à son gros sel, et qui, marquetant son burlesque récit, font l'effet de Margarilas ante porcos. Dans la peinture fantaisiste qu'il fait des prétendus excès de la cour pontificale, on dirait qu'il décrit une sorte de liturgie de chœur à l'usage des ivrognes, liturgie au sein de laquelle le Pape boit à toutes les grandes intentions de l'Eglise. Faut-il ajouter qu'il ne reproche à ceux qu'il veut couvrir de mépris, aucune faute contre les mœurs. Peut-être un laïque n'eût-il pas eu ces scrupules.

Il s'agit donc d'un mécontent, ennemi personnel ou complaisant secrétaire d'un ennemi personnel de l'archevêque de Tolède, lequel eut plus d'un démêlé avec le clergé soumis à sa juridiction.

L'importance de Tolède, au point de vue de la population, de la prospérité et des traditions historiques, avait fait à Bernard une situation exceptionnelle qui dut susciter bien des jalousies. L'archevêque, ancien moine de Gluny, avait remplacé les ecclésiastiques de son église métropolitaine par des moines de Sahagun. D'autre part, il avait revendiqué et obtenu d'Urbain II les antiques privilèges que possédait son siège avant la domination des Maures. Enfin, fort de l'appui du roi, il avait pris diverses mesures pour réorganiser son église désolée au milieu de ces temps difficiles. Or le bien se fait-il sans provoquer des mécontentements ?

Enfin il est à croire que ce clerc ou ce chanoine appartenait à l'église de Tolède. Car il ne dit rien qui puisse infirmeries droits de cette église, droits qui étaient alors vivement disputés pai' des rivales, Narbonne et Tarragone.

Quant à Tépoque de la composition de ce pamphlet, il est probable qu'il faut la fixer entre le concile de Clermont et la mort d'Urbain II*.

Il ressort en effet du texte qu'Urbain II était alors maître de Rome et jouissait d'un calme relatif. Et ce fut sans doute à la suite du voyage de Bernard à la Ville Eternelle que le satirique se livra à ses injurieuses invectives.

Ce n'était pas une histoire nouvelle. Grégoire VII n'avait-il pas eu à souffrir des odieux mensonges de Benzo et de Benon ? Les « Annales Augustani » ne calomnient-ils pas impudemment Victor III 2?

Urbain II lui-même ne connaissait-il pas les épigrammes de Guibert^ ?

Msûs l'auteur a mal dissimulé son intention de diffamer ses ennemis, il se met en scène malgré lui , on le voit rire derrière ses personnages ; son langage bouffon et sa parodie des Saintes Écritures font que l'on s'amuse, non de ses victimes qu'il essaie de discréditer, mais de lui-même.

De quoi s'agit-il donc ?

Il s'agit d'un certain Grimoard (c'est ainsi que l'auteur surnomme l'archevêque de Tolède) qui convoite le titre de légat du Saint-Siège et qui se rend à Rome pour acheter à prix d'or cette dignité du Pape Urbain II. « C'était au temps où le très avide Pontife de l'Église romaine, Urbain, transférait à Rome les restes des bienheureux martyrs Albin et Rufin, c'est-à-dire l'argent (Albin, de albus, blanc) et l'or (Rufin, de rufus^ roux) recueillis dans les différentes églises des Gaules et qu'il ensevelissait très solennellement de ses propres mains, comme un homme extrêmement religieux, dans le reliquaire doré de sa cassette.* »

Grimoard pour s'attirer les bonnes grâces du souverain Pontife, en se rendant à Rome, apporte aussi quelques reliques précieuses des mêmes vénérés martyrs. Il est accompagné d'un

1. Pflugk-H. donne la date de 1099 sans en préciser les raisons (Iter itaiicum, 11" Abth., p. 439).

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