PrtuoK-H., Iter itat., p
226 LE CONTINUATEUR DE GREGOIRE Vil.
certain Garsias, Thomme de coulisse de la pièce, le valet de comédie, assez semblable à ceux que Ton trouve dans Térence ou dans les satires d^Horace. Après sa prière dans Tégliso du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, Grimoard se rend auprès du Pape. Quand il a sonné à la porte, le concierge crie : Personne n'entre ici qu'il ne soit introduit par Albin ! Sur quoi le bouffon Garsias de dire : « On aurait dû marquer cela sur la porte pour Tinstruction des étrangers ! »
Au sein de la cour pontificale, Grimoard trouve les cardinaux réunis autour du Pape et occupés soit à célébrer les louanges de Bacchus, soit à faire Tapologie des deux immortels martyrs Albin et Rufin. Alors Grégoire de Pavie, agenouillé aux pieds du suprême Pontife, tient entre les mains un livre que le pamphlétaire appelle « le livre anticanonique d'extermination ». Il lit dans ce livre un discours dont l'objet est la glorification des deux illustres saints : désormais, ont droit à l'absolution et aux bénédictions du Pape, pourvu qu'ils apportent leur offrande sur l'autel d'Albin et de Rufin, les simoniaques, les dissipateurs de biens d'églises, les adultères, les homicides, les impudiques, les envieux, les parjures, les ivrognes, les voleurs, les avares, les traîtres, les diffamateurs, les menteurs, les impies! Quoi encore! Les saintes reliques tant prônées ont une puissance étonnante à laquelle rien ne résiste, ni les rois, ni les empereurs, ni les tétrarques, ni aucune force de ce monde, ni les Henri, ni les Guibert ! Le suprême pouvoir pontifical ne repose-t-il pas sur la vertu de For et de l'argent? Urbain à son tour parle pour renchérir et les assistants vident leurs coupes de Falerne.
C'est alors que l'archevêque de Tolède s'avance pour faire l'offrande des reliques qu'il a lui-même apportées, et le Pape, les recevant, range ces précieux trésors dans le propitiatoire de sainte Rapace, la sœur des deux saints. Le Pape continue de parler au milieu des acclamations tandis que le comique Garsias joue ses aparté^ condamnant tout bas, approuvant en face.
Finalement l'archevêque de Tolède s'essaie à bien boire, et c'est là-dessus qu'il est jugé digne d'être élevé au sublime honneur de la légation en Espagne. Il est inutile de faire observer
que Bernard était légat depuis plusieurs années déjà. !Mais il n^y a pas d'anachronisme en comédie ^
Exposer cette satire, c'est la juger. N'insistons pas.
La fermeté de langage que portait le Pape devant le roi de Castille, il la fit également paraître devant Guillaume, roi d'Angleterre. Celui-ci, sans juste cause, et contrairement aux règles canoniques, avait chassé de son siège et dépouillé de ses biens l'évêque de Diu-ham, même il l'avait empêché de toute façon d'en appeler à la cour de Rome : (c Nous demandons à votre dilection, lui écrit le Pape, nous lui enjoignons même avec notre autorité pontificale de rétablir l'évêque de Durham dans ses droits, et après, de le laisser paraître en audience papale avec ses accusateurs légitimes, s'il y en a 2. »
Mais en même temps nous trouvons dans un pontife si ferme une grande modération. Le cardinal Richard, privé, comme nous l'avons vu, de sa légation en Espagne, y était rentré. Et on ne peut trop admirer la largeur des vues du Pontife qui entourait des marques de sa bonté paternelle celui-là même qui, la veille, avait été la victime exigée de la fermeté de son gouvernement. Richard, en même temps que Hugues de Lyon, s'était séparé de l'obédience de Victor III. Tous deux, dans la suite, demeurèrent très attachés au Pontife actuel.