III. — Intervention du Pape dans les élections épisco
PALES. — ElNE. — TaRRAGONE ET NaRBONNE. — LeS
ÉGLISES d'Espagne.
A cette époque, pendant que le Pape était à Rome et parvenait à s'y maintenir pendant quelques mois au milieu de mille difficultés, un évêque de la province de Narbonne vînt le trouver pour recevoir de ses mains la consécration épiscopale. Artauld,
1. Cf. Pfluok-H., op. cit., elMon, Get^m, Ilist., Do Lito, t, II, p. 425 sqq. (Iiicipit tractatus Garsio Tholctane Ecclcsiaj... etc., cdiditT. Sackur. Boiiin, 1891.) i. EpisioL P. H.Lœwenfeldy p. 63, n. 129. {Coll. Brit., Urb. cp. 40.)
évéque d^Elne ^ était re^i^ardé comme un simoniaque par son métropolitain Dalmace, qui refusait de le sacrer. Le jugement du Pape sur cette question a été inséré dans le décret de Gratien-. En voici la teneur : « Artauld, évéque d'Arles (lire Elne) suffragant de Narbonne, vint à Rome pour demander au seigneur Pape Urbain II, la consécration que lui refusait son archevêque, parce qu'après son élection, il avait promis par serment aux chanoines de conserver les biens de leur église. Il reçut donc l'onction épiscopale du seigneur pape Urbain, après avoir, pour sa justification, juré comme il suit : Quant au serment que j'ai prêté aux chanoines de notre église après mon élection, je déclare que je n'avais pris aucun engagement préalable en vue d'être élu. Je ne sache pas que l'archevêque de Narbonne ait d'autre motif pour me refuser la consécration épiscopale, et je ne me sens coupable d'aucun crime qui me rende indigne de recevoir l'onction sainte. »
Nous avons déjà vu et nous verrons encore le souverain Pontife intervenir dans le gouvernement des églises parti- .culières et sacrer de sa main des évêques, contrairement à la coutume ancienne. Il ne faut pas s'en étonner. Dans les bulles comme dans les actes d'Urbain II, on découvre partout l'intention soutenue de poursuivre le grand dessein de Grégoire VII, le développement progressif et l'affermissement du pouvoir du Pape sur les églises particulières. M. Imbart de la Tour .résume ainsi cette orientation nouvelle dans le gouvernement de l'Eglise : « La réforme grégorienne qui avait eu pour premier résultat l'affranchissement partiel de l'Église du pouvoir politique, eut une autre conséquence. Les soixante-cinq années qui séparent la mort de Grégoire VII de la publication du Decretum de Gratien sont marquées également par Taffaiblissemeut du pouvoir métropolitain. Cette transformation s'est
1. Elne c^t actuellement une petite ville du canton de Perpignan. Constantin, qui la fit rebâtir, lui donna le nom de sa mère Hélène, d*où celui d*Helne ou Elne.
• 2. Décret. Gralian.y I, 8, 1. 111, c. n. Le décret appelle à tort Artauld évéque d'Arles. Baluze (Concord. du Sacerd, et de VEmp.y suppl.) a suffisamment établi qu'il s'agit de l'évêque d'Elne. (Cf. ColLBrit., ep. 42.)
faite leritement et sans bruit : aucune mesure générale, aucune décision canonique n'ont enlevé aux archevêques leurs attributions premières ; aucun changement ofliciel ne s'est fait dans Tancien droit. Il n'y a pas dans le recueil de Gratien, comme plus tard dans les Décrétâtes^ un nouveau code électoral. Cependant, privés peu à peu du privilège exclusif d'apprécier les irrégularités, de contrôler et de juger les élections, de confirmer et de sacrer leurs suffragants, les chefs de provinces vont voir leurs attributions passer au Saint-Siège ; un grand pas se fait vers la centralisation pontificale du xiii" siècle, vers la suppression des anciennes libertés ^ »
Voici comment le souverain Pontife ramenait ce même clergé d'Elne à l'obéissance envers son évêque: « Nous avons appris, écrivait-il au métropolitain Dalmace, archevêque de Narbonne, que les clercs de l'église d'Elne, au mépris des canons disciplinaires, se servent d'armes et veulent jouir des bénéfices ecclésiastiques par voie de succession héréditaire sans le consentement de leur évêque : nous vous demandons donc d'employer tout votre zèle à les retirer de cette funeste voie et de les obliger d'obéir à leur évoque ^. »
Il écrivait d'autre part au clergé d'Elne : « aux clercs qui parmi vous portent les armes contre la discipline des canons et retiennent des biens ou des dignités ecclésiastiques sans le consentement de leur évêque, nous ordonnons, au nom de N.-S. Jésus, de cesser cette façon d'agir et d'obéir à leur pasteur ^ » .
Le 14 décembre 1088, le Pape confirmait Tévêque Godefroy dans la possession de l'église de Maguelonne qui, avec le comté de Substantion, fut établie sous la dépendance immédiate des Pontifes romains*. C'est ce Godefroy qui, plus tard, fit abandon
1. Imbart DELA Tour, I^s élections éjnscopales dans V Église de France du ix* au xii" siècle, lib. 111, c. vir, p. 476. Nous renvoyons du reste le lecteur à cet ouvrage, sur la question du rôle de la Papauté au moyen âge dans les élections i'*piscopalcs.