‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 162 sur 356 · D. Bouquet., Rec, XIV · texte numérisé non relu

D. Bouquet., Rec, XIV

de plusieurs églises aux chanoines de sa cathédrale, afin de les déterminer à embrasser la règle de saint Augustin, en quoi il fut aidé par Urbain II. Celui-ci, en même temps, recevait à Rome l'archevêque de Vienne, Gui, nouvellement élu. Il venait de confirmer, le 7 décembre, ce que le pape Grégoire, son préd(*cesseur de sainte mémoire, avait fait en faveur des chanoines réguliers de Romans et les avait couverts de la « liberté romaine». Pour assurer davantage leur stabilité, il ordonna de promouvoir au canonicat celui seulement qui ferait profession de vie commune. En même temps il déclara que celui-là seul serait prévôt ou abbé qui aurait été élu par le choix commun de ses frères réguliers *. C'est à la même époque sans doute qu'il adressa un rescrit au nouvel évéque de Nantes, Benoit, et confirma les privilèges de son église, avec ceux du monastère de Quimperlé dont il était abbé.

Mais une* lettre dont l'importance n'échapperait à personne, si elle revêtait tous les caractères d'authenticité 2, était adressée, le 1*' juillet 1089, par le souverain Pontife aux grands seigneurs de la Catalogne, pour les exhorter à relever de ses ruines la ville deTarragone.

L'invasion musulmane l'avait anéantie depuis plusieurs siècles. Tarragone demeurant sans évèque et la province sans métropolitain, les églises de Catalogne étaient complètement désemparées. Elles ne pouvaient songer à se rétablir qu'en marchant derrière les rois au fur et à mesure de leurs conquêtes. D'administration ecclésiastique il ne pouvait être question, ou elle était forcément boiteuse. Quelques tentatives de relèvement avaient bien été essayées dans la seconde moitié du x* siècle. Le pape Jean XI 11, sur les instances du comte de Barcelone, avait nommé métropolitain de la Tarraconnaise l'évêque de

L GmM:DyEssaif}ist,surVabb,S. Bernard {Lyon, 1^6), Cart., p. 12.

2. Cette lettre d'Urbain II a élo publiée uniquement d'après un Cartulaire sans date de l'église de Tarragone. Le comte Riant pense qu'elle a dû être interpellée ou simplement fabriquée, peut-ôtre à une époque relativement récente, pour soutenir les prétentions historiques du siège de Tarragone contre celles de la métropole de Narbonne, rivalité qui a duré jusqu'au xviii* siècle, ou contre l'église primatiale de Tolède. — Comte Riant, Invent. criL des lettres hist, des croisades, p. 69.

Vieil ; mais cet acte avait été une formalité d^union plutôt qu'une restauration effective. Tarragone avait été reprise sur les Maures, en 1050, par Raymond-Bérenger, et Urbain II voulait restaurer cette ville pour en faire un boulevard contre les Infidèles*, et y rétablir le siège métropolitain. Bérenger, évéque de Vich, qui rêvait à son profit ce relèvement de la métropole, favorisait de tout son pouvoir les vues du Pape, et, dans cette intention, était demeuré longtemps à Rome. Urbain II le renvoie avec une lettre pour tous les évêques, vicomtes et nobles des provinces de Tarragone et de Barcelone. C'est vraisemblablement le premier document qui fasse mention des indulgences à gagner par le voyage de Terre Sainte. Il y est dit qu'on obtiendra les mêmes faveurs en contribuant à la réédification de l'antique Tarragone ^. Toutefois ce ne fut que deux ans plus tard que le siège archiépiscopal y fut rétabli. Quant à la ville ellemême, elle était encore déserte en 1108, quand les Maures y reparurent, conquérants d'un jour, et, à l'époque où elle fut rebâtie, c'est-à-dire en 1128, de grands chênes et des hêtres ^ avaient poussé dans la nef de la cathédrale.

Urbain II fit preuve d'une impartialité vraiment apostolique dans cette affaire délicate et embarrassante. Car, après l'invasion des Barbares, les évêques de la province tarçagonaise, sans l'avis préalable du Pontife romain, avaient eu recours au métropolitain de Narbonne. Il est vrai qu'ils s'étaient placés sous sa défense plutôt qu'ils n'avaient fait acte de sujétion et reconnu son autorité ; mais les archevêques de Narbonne n'en avaient pas moins, depuis quatre siècles, exercé leur juridiction sur la province de Tarragone. Aussi, quand fut publiée la lettres du Pape pour la restauration de Tarragone, l'ancienne métropole, Dalmace, archevêque de Narbonne, redoutant que cette

1. ■ Quatenuscivitas eadoin, Saracenoriim opposita popiilis, in murum ot antonjnrale christicolte populi celebretur. • Patr. lat., CLI, ^.

'L " Eis aulem qui in Jérusalem... pœnitentiae spiritu vel devotionis ituri sunt. wiademus totam illam viœ ot sumptus operam restitutioni Ecclesiii* Tarraconcnsis impendcre... quibus canidein, ex Dei niisoricordia, indulgent iarn polliceinurquam promorerentur si indictfe via? prolixitatem expieront. » Ibid.

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