Orderic Vital, I. XIII, c. v
ville ne fût soustraite à sa juridiction, entreprit le voyage de Rome. Urbain le reçut avec de grands égards, comme il le déclare lui-même dans la lettre qu^il remit à Tévèque avant son retour en France. Dans ce message adressé au comte Raymond, au vicomte Aysseric, au clergé et au peuple de Narbonne, il recommande à tous d'obéir à Tévêque comme au vicaire de Jésus-Christ, et il menace d'anaihème, sauf restitution, les usurpateurs des biens de cette église ^
D'un côté, le Pape ne pouvait pas ne point tenir compte des plaintes de Dalmace ; cette séparation des églises de la province de Tarragone, sur lesquelles Narbonne avait exercé une juridiction quatre fois séculaire, sans réclamation aucune, ne serait pas sans causer un grave préjudice à la métropole implicitement reconnue jusqu'alors. D'autre part, Tarragone avait pour elle l'antiquité de privilèges, et, si elle les avait perdus, la faute en était au malheur des circonstances.
Le Pape, dans sa prudence, trouva un moyen terme. Par un décret provisoire, il ordonna que, jusqu'à la restauration de Tarragone, les évêques de la province demeureraient soumis à l'archevêque de Narbonne. Et comme, peu de temps auparavant, le même Pape avait accordé à l'archevêque de Tolède le droit de primatie sur toutes les églises d'Espagne, sauf le droit des métropolitains, l'archevêque de Narbonne, dans Tespèce, ne serait point assimilé à ceux-ci, tant qu'il n'aurait pas complètement justifié de son titre. Entre temps, l'archevêque de Tolède conserverait sur les mêmes évêques son droit particulier d'obédience comme primat -. Puis le Pape nommait le cardinal Raynier son légat en Espagne et le chargeait d'examiner les difficultés soulevées ; et comme Dalmace prétendait avoir en main d'excellentes pièces pour établir ses droits, le souverain Pontife, loin d'en refuser l'examen, demanda à son légat d'y prêter une très sérieuse attention ^.